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Pas de carnet de voyage "in vivo" en ce moment,
puisque nous sommes en France !

Mais vous pouvez retrouver ici l’intégrale des textes
que nous avons rédigés depuis mai 2004.

Des rencontres, des découvertes, du rire ou des larmes :
les émotions et les réflexions de notre vie de nomades…


mercredi 30 juin 2004

Projection à Guayaquil

Nous quittons Playas ce mercredi matin pour présenter notre film au MAAC : Musée d’Anthropologie et d’Art Contemporain. Rien que ça. Ce centre est une réalisation du Banco Central del Ecuador, institution financière bien sûr mais aussi grand mécène culturel du pays. Le MAAC, doté de salles d’exposition, de salles de conférences, de bibliothèques, etc. est une imposante bâtisse posée au bout du Malecón flambant neuf, ce boulevard de plusieurs kilomètres qui longe le fleuve. Guayaquil et son port gigantesque se sont construits au bord du Guayas, devenant au fil des siècles la première ville du pays dans laquelle grouillent plus de 2 millions d’habitants. Pas trop de quiétude ici. On y fait des affaires et l’activité y est trépidante, beaucoup plus qu’à Quito. On y vit intensément et les deux villes se concurrencent perpétuellement. Avec un sourire très fier, un écrivain d’ici nous confie «Si tu es un artiste, tu vis à Quito ; si tu es un homme, tu vis à Guayaquil !». Cela dit, les choses changent. Depuis des années, la municipalité travaille d’arrache-pied à corriger l’épouvantable image (justifiée) de la ville : des travaux et réhabilitations gigantesques, comme ce nouveau Malecón inauguré en 2000, transforment Guayaquil où sortir le soir ressemble de moins en moins à une promenade dans un coupe-gorge.


19 h 30 : il n’y a qu’une trentaine de personnes dans la salle… Nous sommes un peu déçus de ce chiffre dû à une promotion quasi inexistante. Mais nous retrouvons la même ambiance que lors de la projection du festival 2003 : de nombreux échanges avec le public sur l’histoire des ancêtres et maintenant sur notre expédition. Itinérance séduit.

lundi 28 juin 2004

Écran total

Nous prenons donc nos quartiers à la Hostelería El Delfín de Playas pour quatre jours. Cette petite station balnéaire s’est construite le long d’une très belle anse. À l’origine, c’était un village de pêcheurs qui a grandi pour compter aujourd’hui une vingtaine de milliers d’habitants. Nous ne croisons aucun touriste et ne savons pas bien quelle allure prennent les lieux en haute saison. Les quelques hôtels sont plutôt petits et sans grand luxe. Des restaurants de poissons et crustacés sont installés dans des paillotes tout au long de la plage de sable blond, les rues sont taillées au cordeau et emplies de commerces actifs, la circulation modérée ne perturbe guère la nonchalance des habitants, les moustiques se font plutôt délicats et les seuls bruits nocturnes sont les rouleaux du Pacifique qui bercent nos nuits. Toutefois, des tours résidentielles commencent à faire leur apparition au bout de la baie, plutôt du genre haut de gamme d’ailleurs. Que va-t-il en advenir de la tranquillité du lieu ?



Mais décidemment, nous jouons de malchance. Le temps est gris et la température plutôt fraîche. Aucun désir de nous baigner, nous ne mouillerons pas nos maillots cette fois-ci encore. Cela dit, nous avons de quoi nous occuper, car nous devons projeter notre film jeudi soir : la première avec notre matériel ! Nous allons donc tester et régler le projecteur, la sono et les branchements divers avec le matériel acquis tout récemment à Quito : un transformateur (110/220 v) et un régulateur (le courant a quelques sautes d’humeur très fâcheuses pour l’électronique et la lampe du projecteur), tout cela dans une atmosphère on ne peut plus humide dont nous redoutons les effets.
Et puis surtout, nous devons "fabriquer" notre écran. Nous sommes partis de France avec une toile de store blanche de 1,40 m sur 2 m et devons encore la monter. Eduardo nous apporte avec belle humeur son sens du bricolage et ses réflexions afin de trouver la formule qui paraît idéale : deux montants latéraux en bois léger et des œillets de tapissier aux angles pour fixer et tendre l’écran au mur. Nous courrons les magasins, faisons des essais et avec mille précautions pour ne pas tâcher ou rayer la toile, nous réussissons les perforations et les collages. Nous sommes ravis, tout devrait être bon pour jeudi soir…
Parallèlement, Esthela et Eduardo assurent la promotion de la projection. Nous avons imprimé une affichette et ils vont déposer des copies auprès de la municipalité, des écoles et de quelques magasins. Nous comprenons que leur réel désir est moins la promotion de l’hôtel que l’animation de la ville où, disent-ils, il ne se passe rien. Ils ont eu, quelques mois auparavant, l’opportunité de faire venir un orchestre de musique classique de Cuenca (!) qui a joué gratuitement sur une des places, le long de la mer. Ils avaient installé une vingtaine de chaises. Eduardo, dans un éclat de rire et très fier de leur coup, nous raconte comment, au bout d’un moment, ils se sont retrouvés avec plus de cinq cents personnes écoutant du Beethoven dans un silence religieux. Ils ont déjà renouvelé l’expérience deux fois.

dimanche 27 juin 2004

Flash-back sur le 4 mai 2003

Lors du festival de cinéma équatorien "Encuentros del otro cine 2003", notre film avait été projeté en notre présence à Guayaquil. Nous nous étions offert une escapade d’une demi-journée à Playas, à une centaine de kilomètres de là, histoire de piquer une tête dans le Pacifique. Nous y avions découvert la Hostelería El Delfín, charmante petite auberge tenue par la maman d’un des organisateurs du festival. Le moment avait été idyllique. Et nous n’avons pas oublié la conversation que nous avions eue avec Esthela : elle avait envie de projeter "Les héritiers de l’Amazonie" dans son hôtel, comme une animation qu’elle pourrait offrir à ses clients et aux habitants du village.
Le soir même, après la projection à Guayaquil, en dînant avec quelques amis, nous leur racontions cette proposition ; et aussi l’idée de nous offrir un tour de monde, juste pendant quelques mois, en projetant notre film d’Alliances françaises en Alliances françaises. Manolo, notre régisseur et complice pendant le tournage, lâchait alors cette phrase : «Vous devriez faire mieux que cela : lancez-vous dans un tour du monde de cinéma itinérant…».
Le 4 mai 2003, l’idée d’Itinérance venait de voir le jour.

En arrivant ce dimanche soir à l’Hostelería, les abrazos avec Esthela et Eduardo, son compagnon, sont très chaleureux. Un peu plus d’un an s’est écoulé depuis notre première rencontre, et nous sommes très heureux de nous retrouver. Le projet nous séduit autant les uns que les autres. Quand nous l’avons appelée, il y a une quinzaine de jours, Esthela s’est parfaitement souvenue de sa proposition et a réagi avec plein d’enthousiasme. Nous offrons la projection et sommes invités à l’hôtel pendant le temps que l’on veut !

samedi 26 juin 2004

Deux jours intenses à Quito

C’est le temps dont nous disposons pour quelques rendez-vous et achats, et surtout vérifier tout le matériel fraîchement débarqué.
À notre grande surprise, à Guayaquil, la douane a inspecté le véhicule, mais pas son contenu. Se trouvent dans le Patrol des vêtements (en particulier pour les grands froids de l’altitude), un peu de pharmacie, des accessoires divers (comme un matelas ou des moustiquaires), un stock de pièces détachées indispensables (filtres, courroies, fusibles, etc.) et surtout un projecteur, une sono, une imprimante et un scanner. Le tout est chargé et protégé par des plaques de mousse dans trois cantines arrimées entre les deux roues de secours. D’où notre décision d’être présents pour l’inspection ; et notre soulagement à ce que l’inspecteur des douanes ne nous ait pas demandé de déballer tout cela dans le port ! (Oui, oui, on sait, cela pourra se produire à chaque passage de frontière…).
Revenus à l’appartement, nous passons donc tout cela en revue. Tout est ok et rien n’a souffert de la traversée. Le temps d’améliorer le rangement pour rendre tout le matériel en même temps bien protégé et le plus accessible possible, et nous sommes prêts à repartir demain matin. Nous sommes attendus sur la côte pour deux projections dans les jours qui viennent.

jeudi 24 juin 2004

L’équipe est au complet

Nous remontons à Quito dès ce matin : 10 heures d’une route que nous connaissons bien pour l’avoir empruntée quelques fois, lors des repérages et tournages… d’une beauté et d’une diversité que nous n’avons pas oubliées. Cela débute par un long ruban d’asphalte au milieu de gigantesques bananeraies et haciendas, puis attaque la cordillère pour passer à plus de 3.500 m d’altitude. La route en lacets est jalonnée de croix ou de petits oratoires, souvent fleuris, qui marquent l’emplacement d’accidents mortels. En longeant quelques précipices vertigineux, nous traversons la végétation luxuriante puis des décors plus secs. Par-ci, par-là, des hameaux. En une heure, la température chute de 30 à 8°.

Enfin, on se laisse rouler jusqu’à Quito, sur le plateau andin, tempéré et cultivé, bordé par les volcans majestueux de la cordillère. De quoi oublier nos émotions d’hier.

mercredi 23 juin 2004

À 8 h, nous pénétrons dans le port

Pendant 10 heures, d’inspections en contrôles, de services en services, l’attente se fait très longue. Lorsqu’enfin, notre cher 4x4 et tout son chargement, intacts, nous sont remis. Le Patrol a la bonne idée de démarrer au quart de tour !
Nous nous demandons encore comment l’affaire s’est résolue. Noël Schaeffer aussi d’ailleurs. Quelle intervention a fait sauter le verrou douanier ? Nous ne le saurons jamais. Il nous reste juste une note un peu salée.

mardi 22 juin 2004

Soudain changement de programme

Une très mauvaise nouvelle nous est tombée dessus il y a 10 jours. Le transitaire, au départ de France, a totalement négligé deux démarches administratives obligatoires (nous vous passons les détails techniques et le nom du transitaire !). La douane équatorienne demande donc… le retour du véhicule à son point de départ, et à nos frais !
Frais est bien le mot : la nouvelle a glacé l’ambiance. Pourtant, nous nous accrochons depuis à l’idée qu’ici tout est possible. Nous nous rappelons que voici trois ans, pour le tournage du film, l’entrée au Pérou par la rivière cartographiée par l’arrière-grand-père nous était interdite pour cause de zone non encore démilitarisée. Et nous nous sommes pourtant retrouvés les premiers occidentaux autorisés à pénétrer le pays par là. Nous espérons donc avoir toujours notre bonne étoile. Nous imaginons que ce n'est pas la dernière fois que cela va nous arriver : ça va faire partie de l’aventure…
Deux rencontres se sont avérées déterminantes. Le Consulat de France nous a recommandé les conseils d’un transitaire français, Noël Schaeffer, installé depuis plus de 15 ans en Equateur et par surcroît Président de la Chambre de Commerce franco-équatorienne. Et puis, nous avons rencontré l’importateur Nissan Equateur qui nous aide avec son service importation. Il exploitera ensuite l’image d’Itinérance pour un bon coup de pub.
Ils pensent que ça va passer, mais à quel prix ? La première solution consistait à transporter le conteneur toujours plombé sur un camion, avec le Patrol dedans, jusqu’à la frontière colombienne (un peu trouble, en ce moment…) pour y réaliser les démarches manquantes, puis faire revenir le Patrol en Equateur. Nous ne sentons pas vraiment bien cette idée. Nous venons donc d’annuler toutes nos interviews et rendez-vous, et nous sommes lancés dans un parcours du combattant pour multiplier les contacts et dénouer la situation. Cela passe par l’ambassade de France, le ministère équatorien des Relations extérieures et… le cabinet de la Présidence de la République. Nous voulions de l’aventure, nous voilà servis. Même si nous ne pensions pas tellement à ce genre-là.
Et puis ce soir, nous venons d’apprendre que la douane va inspecter le Patrol et tout notre chargement demain matin. Ce serait mieux que l’on soit sur place. Nous filons donc par un bus de nuit jusqu’à Guayaquil.

samedi 19 juin 2004

Rencontre avec «Condorman»

Nous retrouvons Rodrigo Donoso, un de nos vieux amis équatoriens, guide de haute montagne. Personnage attachant, plein d’énergie, de sensibilité et de bonheur de vivre, il est le propriétaire d’Urbina, la plus haute gare de la ligne Quito - Guayaquil. La voie ferrée est désaffectée, mais Rodrigo a transformé le lieu en une auberge toute simple et pleine de charme. Nous y avons passé quelques heures et nuits lors de nos différentes balades par là. Rodrigo nous organise avec les autorités de Riobamba, la ville voisine, une projection des Héritiers de l’Amazonie pour la fin juillet.
Ce soir, autour d’un verre, à Quito, il nous raconte qu’en Equateur, il y a mieux que Superman et Batman. Une association a créé Condorman ! Le personnage va parcourir le pays, du nord au sud (20 km de course chaque jour), avec animation dans les villes et villages et relais dans les médias. Déguisé en condor, l’emblème de la cordillère, il va haranguer les foules et surtout mobiliser les enfants sur le thème de la préservation de la nature. Et la mission est confiée à Rodrigo, très impliqué par ce sujet. Elle se déroulera à partir de fin août. Nous regrettons déjà de ne plus être en Equateur pour assister à cela !

mercredi 16 juin 2004

Première projection

Elle a lieu à Quito et dans la version française du film. Quatre-vingt élèves, professeurs et directeurs sont réunis dans un amphi du lycée français de La Condamine. C’est la première fois que nous projetons en public "Itinérance". L’humour et les clins d’œil de ce film d’introduction de 5 minutes qui présente notre expédition sont bien appréciés. Puis vient la projection des "Héritiers de l’Amazonie". Et pour le débat qui suit, la direction du lycée a invité Juan Cueva, l’ancien ambassadeur d’Equateur en France, anthropologue, interviewé dans notre film. Les étudiants posent de nombreuses questions sur notre expédition, l’histoire des ancêtres et l’histoire du pays. Cette "première" de la tournée se déroule à merveille. Nous sommes très heureux.

lundi 14 juin 2004

Retour à Quito

Dès ce lundi matin, nous commençons à enchaîner les interviews. Cinememoria, les organisateurs du festival de cinéma qui a sélectionné "Les héritiers de l’Amazonie" l’an passé, puis le service de presse de l’Alliance française, ont abreuvé les médias de nos dossiers de presse. Itinérance séduit beaucoup : 2 radios et 2 journaux en deux jours.

samedi 12 juin 2004

Mompiche, Cabañas Iruña

Arturo, un basque d'Espagne, a cédé son hôtel-restaurant de Pampelune, voilà 10 ans, pour venir s’installer ici avec sa compagne équatorienne Teresa. Au milieu d’une baie d’une dizaine de kilomètres, ils ont construit une maison et quatre cabanes en bois, ornées d’une petite cocoteraie colorée d’hibiscus : le premier voisin est à un kilomètre, le premier hameau deux fois plus loin. L'électricité est installée depuis un an, pas encore le téléphone. Il n'y a rien autour que de l'eau, du sable et de la végétation. Au dîner et au déjeuner, les poissons pêchés en face, cuisinés avec bonheur. Au petit-déjeuner, les confitures et jus de fruits du verger planté par les propriétaires : manguiers, goyaviers, bananiers, papayers…


Seul bruit, le vent dans le feuillage des arbres et le chant d’oiseaux que nous n’avions encore jamais observés par chez nous. Le lendemain de notre arrivée, nous nous rendons par la plage (le seul accès) au village de Mompiche. Par endroits, des charognards se nourrissent du cadavre des tortues échouées sur le sable pour avoir été prisonnières des filets des pêcheurs. À l’approche du village, quelques hommes débarquent le poisson. Pélicans et frégates se délectent subrepticement du produit de la pêche. Plusieurs embarcations de bois trônent sur le sable dans l’attente de la prochaine marée. Des pêcheurs s’affairent à la réparation des filets. Aucune femme à l’horizon ; nous en rencontrerons dans le village qui tiennent les quelques épiceries. Des hommes sont réunis autour des billards, une bière ou une aguardiente à la main. Un autre monde, une autre relation au temps. À notre approche, nos salutations ou interrogations éclairent leur visage. Nous sommes les seuls gringos du coin.
Sur cette côte nord-est, c’est la communauté noire qui domine. Ce sont, aime-t-on à raconter ici, les descendants d’un groupe d’esclaves dont le bateau s’est échoué, mettant un terme à leur servitude. Bien nombreux tout de même pour être descendants des rescapés d’un seul bateau ! D’autres nous diront qu’ils sont les enfants d’esclaves venus cultiver les premiers champs de cannes à sucre de la région.
Nous nous reposons ces deux jours. Nous adoptons cette formule, sinon vous allez imaginer que nous sommes déjà en train de nous prélasser sur une plage de sable gris clair. C’est pas des vacances ! Le temps reste couvert, mais le week-end se déroule délicieusement, y compris pour les moustiques. Ils nous ont en effet trouvés délicieux… et se sont régalés.
Pour projeter notre film, nous irons souvent de villes en villages. Et bien sûr, nous espérons en découvrir beaucoup d’autres, des lieux comme celui-ci, afin de ponctuer notre périple de ces havres de douceur de vivre. Alors, nous savourons le premier d’entre eux…
Qui a écrit : «Plus on est loin de tout, plus on est près de la vie» ?

vendredi 11 juin 2004

La descente au paradis

Philippe, un ami français installé en Equateur depuis sept ans, nous emmène dans son repaire pour y faire ses adieux, à 15 jours de son retour en France.
C’est à 300 km de Quito. Nous allons mettre 7 heures à parcourir la distance. Cela débute par une route serpentant à travers la cordillère vers le nord-ouest, pour ensuite plonger sur la plaine. Au fur et à mesure des kilomètres, la température et l’humidité grimpent sérieusement pour se figer dans cette moiteur tropicale que nous aimons tant. Puis s’alignent les kilomètres vers la côte Pacifique et Esmeraldas (Takaavoirunecarte). Encore une heure et demie à longer quelques rares stations balnéaires, certaines déjà un peu trop bétonnées et au bout d’une piste franchissant des marécages, un morceau de paradis.