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Pas de carnet de voyage "in vivo" en ce moment,
puisque nous sommes en France !

Mais vous pouvez retrouver ici l’intégrale des textes
que nous avons rédigés depuis mai 2004.

Des rencontres, des découvertes, du rire ou des larmes :
les émotions et les réflexions de notre vie de nomades…


samedi 31 juillet 2004

"Muskuy" à Saraguro

Il y a 3 jours, nous ne connaissions même pas l’existence de Saraguro. Patricio Montaleza, entre autres organisateur d’un festival de cinéma à Cuenca, nous a parlé de ce village de quelques milliers d’habitants (15.000 en comptant les hameaux voisins), situé à 150 km plus au sud de Cuenca, en direction du Pérou, au bord de la route "panaméricaine".
Une petite fondation y œuvre au développement (éducation, culture, agriculture, etc.) de la population indigène locale. Contact pris, la fondation Kawsay («vie» en quechua, la langue la plus répandue des Indiens de la cordillère) confirmait être intéressée par une projection de notre film en nous offrant l’hébergement en échange.
Nous voilà donc à Saraguro, accueillis par Polivio Minga, directeur de la fondation. Le premier contact est très chaleureux et il nous conduit à son bureau pour y préparer la projection du soir. Nous y rencontrons sa femme Rosa, au visage empli de douceur et orné d’un grand sourire. Nous rédigeons et tirons quelques affichettes annonçant le film et Polivio passe une poignée de coups de fil.
Puis nous filons repérer la salle et installer notre matériel de projection. Et après une interview sur "Frontera Sur", la radio locale, nous parcourons le village, distribuant les affiches auprès des commerçants et habitants. C’est l’occasion de rencontres et d’échanges.
Nous apprenons que les Indiens Saraguros seraient originaires du plateau péruano-bolivien. Leurs vêtements, coutumes, rites et caractéristiques ethniques seraient issus de Cuzco. Ils ont jadis émigré ici, victimes de la répression des Incas, qui n’étaient guère plus tendres, semble-t-il, que les conquistadors espagnols.
Saraguro est un peu à l’abandon, surtout depuis que le maire en a été expulsé par la population pour détournement de fonds ! Les parcs sont en désolation, les travaux communautaires délaissés, mais la vie continue…
Ce samedi soir, malgré notre campagne de promotion, cette projection organisée au dernier moment ne mobilise que 8 spectateurs (les villageois n’ont manifestement pas vu le magazine Día a día !) (takalire"dimanchesoiràlatélé"). Un peu déçus au début, nous allons ensuite nous régaler avec le public. Les échanges, chaleureux, complices, vont se prolonger tard dans la soirée. Nous parlons de colonisation, de rêves que l’on a envie de vivre, de l’histoire à transmettre. Un Catalan de Gérone, vivant ici depuis quelques années avec son épouse équatorienne et attiré par le sous-titre de notre film (!), entraîne la discussion vers le thème des cultures minoritaires. Un échange étonnant s’en suit sur la façon dont Europe et Amérique du Sud s’y prennent. En Equateur, les villages indigènes sont constitués en "communautés" autonomes, les terres réparties entre les familles indiennes. Ils administrent eux-mêmes la justice selon leurs propres lois, sous réserve qu’elles ne soient pas en opposition avec la loi équatorienne, etc. Un processus (apparemment encore rare sur le continent) qui n’en est qu’à son début.
Et les participants de la soirée s’accordent sur la sans doute nécessité de langues communes d’échanges mais avec une autre évidente nécessité de préserver les cultures minoritaires. Plutôt sympa, la mondialisation vue comme ça.
Nous retenons que "rêve" en quechua se dit "Muskuy"…

mardi 27 juillet 2004

La projection galère

Ça commence par une première tuile : le matin de la projection, le Directeur Culturel nous fait dire que la mairie ne versera que 300 $, alors que, depuis un mois, que nous sommes en contact, il était convenu que ce serait 500 : une sombre histoire de subventions qui leur auraient été sucrées. Nous faisons semblant de menacer d’annuler, mais bon, nous commençons à comprendre que le pays fonctionne toujours comme à l’époque de l’arrière-grand-père… hé, hé, hé !! Bon, va pour 300 !
C’est au "Salón de la Ciudad", salle de la mairie de plus de 200 places où se déroulent les conseils municipaux ou réunions publiques, avec drapeaux et tout, qu’est organisée ce soir la seconde projection à Cuenca. Et pas à 19 h comme prévu, parce que le seul journal local, après nous avoir interviewés, a publié le matin même "20 h". «C’est trop tard, nous dit Pablo, de la Direction Culturelle de la mairie, les habitants de Cuenca ne sortent plus à cette heure-là». Mais tant pis, va pour 20 h ! Et il est très étonné de voir plus de 70 personnes s’installer dans la salle à l’heure dite… plus la marge équatorienne.
Mais nous ne démarrons pas vraiment à l’heure, car la galère technique va être de taille. Nous avons testé le matériel ce matin (comme des pros !) : ce sera notre projecteur, avec l’écran et la sono de la salle. Nous revenons à 19 h pour tout brancher et tester à nouveau (de vrais pros, on vous dit). Et à «20 h y picos…» (takaavoirunguidedelespagnolcourant), le son démarre (superbe musique de Jean-Alexis Auffret sur le film d’introduction. Il faudra que l’on vous en recause…), mais pas d’image. Toussotements gênés. Nous retentons : idem… Nous vous le racontons en accéléré, car cela va durer 40 minutes ! Branchements et rebranchements entre appareils, annonces humoristiques, stress, invitation à la patience. Des spectateurs viennent nous aider… c’est-à-dire branchent, débranchent et rebranchent. Rien à faire, la musique passe, magnifique, sur la sono de la salle (on ne s’en lasse pas et le public apprécie), mais le vidéo-projecteur se refuse à reconnaître le signal lancé par notre lecteur mini-DV. Jusqu’à ce qu’un spectateur, qui nous donne des conseils l’air très avisé depuis le début, nous suggère une dernière solution : débrancher le vidéo-projecteur et le rebrancher en tournant la prise, pour inverser dit-il, les phases plus et moins. Au point où nous en sommes, nous n’avons pas le temps, ni l’humour, de lui dire de regagner sa place au lieu de nous suggérer une bêtise de plus (!) et faisons comme il dit.
Il est 21 h, et l’image apparaît à l’écran. (S’il y a un électricien en chef parmi nos lecteurs, merci à lui de nous dire en quoi cela a pu changer le cours de l’histoire !). Nous avons perdu moins d’une quinzaine de spectateurs. Pablo nous avait dit le matin dans la conversation : «Nous, Équatoriens, n’avons pas vraiment la notion de l’importance du temps…». Nous connaissons d’autres latitudes où la salle se serait totalement vidée.
Et nous sommes tombés sur la cinquantaine de couche-tard de la ville, car une demi-heure après la fin de la projection, debout dans les travées de la salle, ils nous bombardent encore de questions et de félicitations.

lundi 26 juillet 2004

Une halte confortable et une première projection à Cuenca

Après ces dix jours de bourlingue, entre la froideur d’Urbina, la mission salésienne de Macas et leurs deux épisodes routiers, nous nous offrons avec délectation un bon coup de confort. Enfin, plus exactement, c’est Eric Houot, le directeur de l’hôtel Mercure El Dorado de Cuenca qui nous les offre. Nous disposons d’un courrier de soutien de la direction des Partenariats d’Accor en France, invitant les hôtels du Groupe à nous offrir le meilleur accueil et les meilleures conditions, voire à organiser une projection du film s’ils sont équipés pour cela. Nous l’avons appelé et il nous a carrément invités à loger dans son hôtel. Oui, ça n’est pas très conforme à notre prétendu statut d’aventuriers… Mais bon, autant le dire franchement, nous y avons pris un très grand plaisir !! Un grand merci à Eric Houot pour son accueil dans son hôtel très confortable ! Et enfonçons le clou, au risque de décevoir ceux qui voudraient nous voir en baver, nous espérons bien renouveler l’expérience…
Le "Museo de los metales" est tout en bois, ancienne maison de famille coloniale. Lucia Astudilio en a fait l’acquisition pour y présenter des expositions de bijoux, d’objets artisanaux, de peintures ou autres. Le contact via Nelly Peña, la directrice culturelle de l’Université de Cuenca a donné l’idée de cette projection "privée" dans une des salles de la maison, et ainsi d’une très belle rencontre et d’un beau moment de partage avec une vingtaine d’universitaires, sidérés par cette histoire de tentative de colonisation équatorienne de l’Amazonie, page de l’histoire du pays qu’ils nous confirment inconnue. Et la soirée se termine autour d’une dorénavant traditionnelle Canelosa.

Dimanche soir à la télé

Deux magazines d’une heure d’informations générales se taillent des croupières à l’audimat équatorien : l’un à 19 h 30 (le plus ancien, "La TV", une institution dont le présentateur vedette s’est même présenté deux fois aux élections présidentielles), l’autre à 20 h, "Día a día", sur une chaîne concurrente, et qui maintenant dépasse le maître en notoriété et audience. C’est cette dernière qui nous a interviewés et filmés, entre autres à Urbina. Le sujet de 6 minutes (avec le Patrol sous diverses coutures et des extraits du film) est passé hier soir. Le résultat ne se fait pas attendre. Depuis ce matin, salutations de sympathie et coups de klaxon festifs. Non, non, nous n’avons pas pris la grosse tête !

samedi 24 juillet 2004

De Macas à Cuenca

250 km et quelque huit heures de conduite : revoilà le Patrol à l’épreuve ! Entre les deux villes, nous gardions le souvenir d’un trajet dantesque et éprouvant. Cette fois, on nous a promis un nouveau parcours, en cours de construction. Le tuyau s’avère bon… sur une cinquantaine de kilomètres ! Le reste est encore plus défoncé que ce que nous avions connu : des trous de 10 à 20 cm de profondeur partout et en prime, la piste s’offre des glissements de terrains dont on se demande s’ils sont dus à de mauvaises fondations ou à des tremblements de terre. Mais tout ça ne nous gâche pas le spectacle : quel décor ! En traversant la cordillère, s’enchaînent ravins et gorges vertigineuses au pied desquels serpente le río Paute. Par-ci, par-là, quelques très rares hameaux.
Et quelle ambiance aussi ! Tout au long du parcours, nous répondons aux saluts systématiques de la cinquantaine de véhicules, essentiellement des camions, que nous rencontrons.

vendredi 23 juillet 2004

L’Esmeralda orientale

Nous ne saurons pas non plus qui a trouvé ce surnom à Macas, qui reste toujours une ville oubliée. Le petit aérodrome ne compense pas l’accès invraisemblable par la route : il faut encore de six à huit heures pour parcourir les quelque 350 km jusqu’à Quito, si l’un des ponts que franchit la piste n’est pas déglingué par des pluies diluviennes comme ce fut le cas voilà trois ans.
Alors, Macas, un brin indolente, cultive dans la moiteur ses commerces et son ambiance de Far-est, à la porte de l’Amazonie. On y chuchote des histoires de trafics ou celle de la femme qui a assassiné son mari pour hériter de la maison. Et nous-mêmes, voilà trois ans, devions nous lancer dans la première partie de notre parcours amazonien avec un pilote de bateau dont nous avons appris, peu après l’avoir rencontré, qu’il sortait de prison pour avoir abandonné deux touristes allemands sur les berges d’une rivière, non sans avoir conservé le prix de l’excursion qu’il leur avait vendu.
Avec l’aide des missionnaires salésiens (nous sommes hébergés dans leur mission), en particulier l’évêque interviewé dans notre film, nous rencontrons la directrice de la Maison de la Culture et le Préfet de la Province. Ils sont d’accord et nous organisons en deux jours une projection sous leurs auspices (ça veut dire que c’est eux qui payent !) (enfin, le Préfet ne le fera jamais - NDLR ajoutée quelques semaines plus tard) : quatre interviews en direct (il y a cinq radios pour les quelque 20.000 habitants), des affichettes apposées ici et là, une promotion au mégaphone dans les rues du centre de la ville, des réponses furtives à un journaliste d’un mystérieux hebdomadaire qui nous demande entre autres si l’on croit en Dieu et ce que l’on pense des extra-terrestres.
Il ne se passe rien à Macas ? Voilà peut-être pourquoi, malgré la concurrence d’un match de basket au "Coliseum" tout proche, nous projetons le film devant… 110 personnes : notre plus forte fréquentation depuis le début ! Et avec un beau succès auprès du public. Bien sûr parce qu’il est question de Macas dans le film, mais surtout parce qu’ici en particulier, on apprécie cette histoire d’aventurier qui a osé partir coloniser ces terres si proches et encore quasiment vierges aujourd’hui. Les territoires de l'ancêtre débutaient ici…

mercredi 21 juillet 2004

Une vieille amie

Après des adieux très émouvants, nous quittons Urbina.
Nous allons retrouver une vieille connaissance : la piste défoncée qui mène à Macas. Sur sa première partie, déception : nous ne la reconnaissons plus. Asphaltée de neuf, depuis notre passage en 2001 lors du tournage, elle en fait oublier à Geo que sur un de ses premiers virages, en 1984, (20 ans déjà, son premier voyage en Equateur !!), il avait bien failli basculer dans le ravin, d’une très grande beauté tellement il est vertigineux !
Et nous arrivons en douceur à Baños. La paisible petite cité balnéaire aux eaux réputées, protégée par la miraculeuse vierge de la cascade et que fréquentait le grand-père, est devenue, allez donc savoir pourquoi, un refuge pour routards et "Baba cools" de la planète. Ils doivent y être plus nombreux que les habitants ! Les petits hôtels, les loueurs de quads et les cybercafés y pullulent. On offre même aux touristes des sauts à l’élastique…
Au-delà, villes et villages devront attendre encore un peu (ou beaucoup) avant de voir arriver la manne touristique… ou simplement une vie économique plus facile. Pour Puyo, l’un des accès à l’Amazonie, c’est bientôt fait. Nous apprendrons plus tard que nous passons la veille de l’inauguration par le Président de la République. Sur une cinquantaine de kilomètres, des portions sont asphaltées, d’autres encore totalement défoncées. Et nous découvrons quelques tunnels creusés dans la montagne. Mais leur accès est pour aujourd’hui interdit par des militaires. Ce sont ces ouvrages que le président viendra inaugurer demain en hélicoptère. Alors nous contournons ces merveilles, en empruntant jusqu’à Macas cette bonne vieille piste !


Quel bonheur ! Elle est toujours aussi pourrie, cassante, piégeuse, par endroits trop étroite pour croiser… et nous la retrouvons sous la pluie. Après des semaines de routes tristement asphaltées sur tous les grands axes du pays, enfin de l’aventure ! En 2001, nous avions franchi tout cela avec un "tout-terrain" de location qui ne devait pas trop grever le budget de production (!) et dont nous tairons la marque : il est vendu en France, genre 4x4 des villes et se mettait en travers de la piste à chaque caillou. La piste n’est faite que de cailloux… Voilà donc l’occasion d’éprouver les réactions de notre cher Patrol, qui se comporte à merveille. Bien posé, accrochant sûrement au sol, nous progressons confortablement. Et avec la clim (ben tiens !), car au fur et à mesure que nous avançons, l’ambiance devient amazonienne : l’humidité avoisine les 100 % et la température grimpe vers les 30°.

lundi 19 juillet 2004

La projection magique

Aujourd’hui, il en va tout autrement. Nous préparons intensément ce projet cher à Rodrigo (et à nous !) : offrir une projection aux communautés indigènes voisines. Urbina n’est pas qu’une simple auberge, Rodrigo en a fait un centre d’animation et de récréation. Les matchs de foot dominicaux opposant les Indiens aux touristes en sont un exemple. Mais notre séance de cinéma est une première.
Une équipe de télévision nationale, séduite par Itinérance, et après une première interview à l’Alliance française de Quito, a accepté notre proposition de venir jusqu’ici filmer la projection.
C’est donc devant les caméras que nous installons l’écran et tout le matériel ! La salle de séjour, d’à peine 50 m2, est débarrassée de ces tables, remplacées par des chaises. L’ancienne gare abandonnée, balayée par les vents et devenue auberge, est ce soir transformée en salle de cinéma, vaguement réchauffée par la cheminée un peu poussive. L’arrière-grand-père, qui a dû forcément s’arrêter ici plusieurs fois, n’imaginait pas qu’on y projetterait un jour l’histoire de sa vie !
L’équipe de l’auberge a préparé la canelosa, la même décoction de cannelle qu’à Playas, complétée cette fois d’Aguardiente, un alcool de canne à sucre local. Et nous attendons 19 h avec excitation… et une immense déception, lorsque, à l’heure dite, nous ne comptons que trois spectateurs dans la salle.
Mais l’ambiance change en quelques minutes. Nous ne sommes pas encore habitués à "l’heure équatorienne". Une demi-heure plus tard, ils sont plus de 70, certains devant rester debout. La salle est comble, emplie en grande majorité d’Indiens, mais aussi de quelques spectateurs venus de Riobamba, dont la propriétaire du quotidien local. La poignée de touristes andinistes logeant à l’auberge reste pour assister à cette soirée inattendue.


Plus personne ne se préoccupe du fonctionnement de la cheminée. Il règne dans la salle une vraie chaleur, et l’attention avec laquelle ce public hétéroclite partage les péripéties de la vie de l’ancêtre nous envahit d’émotion. Le silence est impressionnant, personne ne bouge, les enfants ont le regard fixé à l’écran.
À l’issue de la projection, les questions et réactions fusent sur le film, le sort des Indiens, la ténacité de l’arrière-grand-père ou notre Itinérance. Rodrigo paraît très heureux. Sec, débordant d’énergie, toujours souriant derrière sa barbe poivre et sel, il anime maintenant la suite de la soirée. Il enchaîne avec l’intervention d’un groupe de musiciens andins entraînant le public dans une danse virevoltante, puis un spectacle de marionnettes racontant "Condorman" aux enfants présents. L’équipe de télévision se régale de tourner. Et la fête continue bien au-delà de la Canelosa… Lorsque tout le monde finit par se retirer, trois Indiens viennent en délégation nous remercier de cette soirée.
Dans nos rêves les plus fous, en préparant notre expédition, nous n’imaginions pas une expérience pareille.

dimanche 18 juillet 2004

À nous les petites anglaises

Nous "remontons" à Urbina. L’expression est appropriée : en 20 km, l’altitude grimpe de 900 m… mais le thermomètre, lui, chute de 10 à 15°. Autant dire que pendant ces quelques jours à Urbina, nous pelons de froid !
Rodrigo nous a prêté sa chambre car l’auberge, y compris son annexe construite tout récemment, est totalement occupée par un groupe d’adolescentes britanniques. Elles sont ici pour trois jours sous le patronage d’une fondation. Mission : offrir des livres et cahiers à un village indien tout proche dont l’école est en construction et planter quelque 400 arbres dans le pourtour d’Urbina. À leur demande, nous projetons ce soir "Les Héritiers de l’Amazonie" en version française. Résultat : une séance régulièrement interrompue pour des traductions en anglais, sous le regard dubitatif de leurs guides équatoriens auxquels nous tentons de donner aussi quelques explications en espagnol. Les échanges qui ont suivi nous ont pourtant laissé l’impression que les jeunes, leurs professeurs et leurs guides avaient à peu près tout compris et avaient apprécié l’histoire.
À tout hasard, nous envisageons de mettre au programme des prochaines semaines la réalisation d’une version du film doublée en anglais et sous-titrée en espagnol (ou l’inverse ?).

vendredi 16 juillet 2004

La Sultane des Andes

Nous ne saurons pas qui a osé attribuer ce surnom à Riobamba !
Il est vrai que le centre de la ville a de l’allure avec ses vestiges de la colonisation espagnole : la cathédrale, l’hôtel de ville, un collège, quelques places… mais aussi nombre de maisons particulières aux façades décorées de balcons et céramiques. Et d’anciennes bâtisses et haciendas transformées en hôtels. Et pourtant, la fréquentation touristique est limitée : le train de la cordillère (que nous avions filmé voici trois ans) est actuellement immobilisé, faute d’entretien de la voie ferrée.


La quiétude règne dans les rues… et dans les bureaux ! Une série de rendez-vous avec les services culturels de la mairie, la chambre de commerce, l’office de tourisme ne donneront rien, malgré les efforts de Rodrigo et Jannet, son associée. Trop de démarches administratives à déclencher ? trop de nonchalance ? C’est le Préfet de la Province qui acceptera pourtant d’organiser une projection, à la condition que la subvention soit versée, non pas à nous, mais aux journaux locaux pour la promotion de l’événement sponsorisé par lui. Nous supposons que son nom sera écrit plus gros que le titre du film ! Quelque chose comme un détournement du budget de la culture au profit de sa campagne électorale imminente. On se croirait en France. (Oh pardon !)
Les habitants de Riobamba, un des lieux-clefs de l’histoire du film, ne verront pas Les héritiers de l’Amazonie.

Urbina, l’ancienne gare devenue auberge

Magie de ce pays où nous voilà sur une autre planète, à 200 km de Quito et à peine 3 heures de route. La petite bâtisse blanche et rouge est posée au beau milieu du plateau andin, à 3.600 m d’altitude, longée par la vieille voie ferrée désaffectée, au pied du Chimborazo, majestueux volcan au sommet enneigé qui culmine à plus de 6.000 m.
Alentour, quelques rares villages indiens, des prés et cultures forment un patchwork. L’auberge est sans grand confort : une pièce de séjour, des tables en bois et sa cheminée, quelques pièces aménagées en chambres, les murs décorés de photos de montagnes et d’objets d’artisanat local.


C’est notre quatrième passage ici et nous sommes à nouveau sous le charme. Cette fois, Rodrigo, "Condorman", l’ami guide de haute montagne retrouvé voici quelques jours à Quito (takalireau19juin), nous a invité à séjourner quatre jours. En échange, nous allons offrir une projection destinée aux villageois environnants.
Nous filons dans un premier temps à Riobamba, la ville voisine, pour rencontrer les autorités prévenues par Rodrigo et tenter d’y organiser une projection dans les jours qui viennent…

lundi 12 juillet 2004

Derniers jours à Quito

Nous revoilà ensemble…
Notre départ est prévu pour dans quatre jours. Malgré les contacts multiples en cours et les sollicitations médiatiques, nous prenons le temps de nous retrouver et essayons de goûter ces derniers jours à Quito.


La ville s’affiche de plus en plus séduisante et sa transformation au cours de ces dernières années nous sidère.
Certes, il reste des rues défoncées, ici ou là un trottoir piégeux sur lequel manque une plaque d’égouts ou surgit un trou béant laissé par des travaux inachevés ; subsistent encore des maisons lépreuses ou des immeubles dont la construction est manifestement interrompue depuis longtemps ; et des quartiers entiers restent à réhabiliter, surtout en périphérie. La ville, enserrée à 2.800 m d’altitude entre montagnes et volcans de la cordillère, s’étend sur plus de 30 kilomètres.
Mais les autorités s’affairent à l’embellir. Parce qu’elle a été nommée "capitale Ibéro-américaine de la culture 2004" ? Des mauvaises langues prétendent que c’est plutôt dû à l’élection de Miss Univers ! Et d’autres mettent ça sur le compte de l’approche des élections municipales de novembre prochain. La dérision et le persiflage, en particulier sur les hommes politiques, sont une activité très prisée ici.
La partie "historique" de Quito, avec ses 400 églises et couvents et ses somptueuses bâtisses laissées par la période coloniale espagnole, était déjà depuis longtemps déclarée Patrimoine de l’humanité. Splendide, elle pâtissait pourtant d’un réel manque d’entretien. Là, comme dans les quartiers modernes qui l’entourent, on a réhabilité, on a repeint, on a goudronné les rues. Et apparemment, ça n’est pas fini…

mercredi 7 juillet 2004

Immense chagrin

Nous voilà depuis cinq jours revenus à la capitale où nous préparons la projection de demain au cinéma "Ocho y Medio" (Huit et demi, en français), ainsi que le programme vers les provinces du Sud.
Quand, ce matin, nous apprenons le décès subit du papa de Geo. Sa santé très déclinante nous y préparait depuis longtemps, mais la nouvelle nous cause une profonde tristesse, quatre mois après le décès de la maman de Babeth. Et si loin de tous…
Notre décision est très vite prise : Geo va partir pour la France assister à l’enterrement auprès de la famille et Babeth reste à Quito pour assurer la projection de demain déjà annoncée dans la presse «en présence des réalisateurs». Pour la première fois depuis le départ, nous allons être séparés, mais évidemment proches et complices dans l’intensité de ce que nous vivons.
Nous hésitions à raconter cet épisode ici : nous le faisons parce qu’il va rester tellement présent dans notre Itinérance. Nous avons décidé de parcourir le monde en racontant la vie de l’arrière-grand-père et du grand-père. Et bien souvent, à l’issue des projections, on nous pose la question : «Et votre papa, n’a-t-il pas été tenté par l’aventure en Equateur, comme son père et son grand-père ? Et à chaque fois, ma réponse est la même : «Peut-être a-t-il été tenté, je ne sais pas. Mais, ce que je sais, c’est qu’il a choisi une autre aventure, celle de créer un foyer et d’élever cinq enfants…». Et il nous quitte là, au début de notre voyage. Le film que j’avais réalisé sur sa vie et celle de maman à l’occasion de leur cinquante ans de mariage est resté un film de famille. Mais si "Les héritiers de l’Amazonie" et "Itinérance" existent, c’est beaucoup par ce que j’ai hérité de lui…

jeudi 1 juillet 2004

Projection à l’Hostelería El Delfín

Et nous revoilà ce matin de retour à Playas. Nous nous apprêtons à parcourir la bourgade avec le 4x4 pour annoncer l’événement, munis d’un porte-voix acheté hier à Guayaquil. Esthela et Eduardo nous en dissuadent : ils redoutent de ne pas avoir assez de places, des élèves de plusieurs classes devant venir assister à la projection.
Sans pouvoir goûter à la plage sous son ciel toujours aussi désespérément gris, nous allons passer l’essentiel de la journée à transformer la terrasse de l’hôtel en salle de cinéma de 70 sièges. La touche finale sera la fixation de notre écran tout neuf sur l’ossature en bois d’un des murs. Nous l’avons préservé de l’humidité jusqu’au dernier moment.
Dès 19 h 30 : les premiers spectateurs arrivent, semble-t-il quelque peu intrigués de ce qu’ils sont venus voir. Quelques échanges, certains s’assoient directement, d’autres vont voir la décoration de notre Patrol garé en retrait. Eduardo distribue les pop-corn et sert la "canelosa", un cocktail de rhum et d'une décoction de cannelle préparé par ses soins.
20 h 30 : après qu’un professeur soit arrivé en excusant les élèves encore en examen : 3, 2, 1, 0, silence…
Nous vivons une soirée magnifique, avec cette quarantaine de spectateurs venus assister à notre "spectacle en plein air", sous la lueur blanchâtre de la pleine lune, pendant que la brise du large caresse les lieux et fait tout légèrement onduler l’écran ! Le matériel fonctionne parfaitement et les échanges qui suivent la projection se prolongent dans une ambiance très complice, avant des adieux chaleureux et des vœux encourageants de réussite pour notre projet.
Après le départ des uns et des autres, nous restons un long moment à discuter avec Esthela et Eduardo, heureux de cette soirée, de l’animation qu’elle a créée et de ces quelques jours que nous avons partagés. «Que tenaz ! Que tenaz !» (takaavoirundico) répète-t-il, radieux, en parlant de l’arrière-grand-père.


Ce sont deux amis que nous laissons derrière nous.
Tiens, demain matin, il est prévu un temps radieux… Dommage, nous prenons la route de Quito !