retour a l'accueil

Pas de carnet de voyage "in vivo" en ce moment,
puisque nous sommes en France !

Mais vous pouvez retrouver ici l’intégrale des textes
que nous avons rédigés depuis mai 2004.

Des rencontres, des découvertes, du rire ou des larmes :
les émotions et les réflexions de notre vie de nomades…


jeudi 26 août 2004

Et puis tout s’emballe

Ce matin, à la Une d’un journal, nous découvrons la photo d’une voiture retournée et flambée : le conducteur avait tenté hier de forcer un barrage… Le bloqueo dure toujours.
María était notre premier contact ici. Tout comme Elena et Hugo à Lima, nous tenons ses coordonnées de Séverine, une amie de Paris productrice de cinéma spécialisée sur l’Amérique du Sud, et que nous voulons remercier vivement ici : une mine de contacts précieux pour nous. María travaille à la cafeteria de l’hôtel, nous a chaleureusement accueilli hier soir et nous a donné quelques bons tuyaux sur La Paz.

Tout à l’heure, nous devons retrouver Gustavo (encore un contact de Séverine !). Nous achetons un plan de la ville et partons tranquillement à pied jusque là… Tranquillement pour goûter La Paz, mais aussi parce que la ville est très accidentée, les rues aux pentes douloureuses pour nos organismes à 3.800 m d’altitude !
Le centre historique devrait être aussi magnifique que celui de Quito, mais ici, à part quelques édifices de l’Etat ou d’autres devenus musées ou hôtels, l’essentiel n’est pas entretenu, encore moins rénové. De nombreuses vielles bâtisses ont disparues, remplacées par des bâtiments modernes qui se sont glissés là pour accueillir des bureaux. Celles qui restent semblent à l’abandon. En levant la tête, ce n’est qu’enchevêtrements de fils électriques ou téléphoniques partant dans tous les sens, pénétrant dans les immeubles y compris par les fenêtres. Nous observions hier au soir depuis notre chambre de belles étincelles qu’ils produisaient entre eux. Les rez-de-chaussée sont squattés par les commerces et le logement dans les étages plutôt incertain. Les descendants des colons ont déserté ses quartiers. Le centre est devenu un gigantesque bazar, tonitruant et délirant, où les voitures klaxonnent à tout va et se fraient un chemin au milieu de la foule débordante des trottoirs…


Après la belle avenue du Prado, nous traversons Sopocachi, un quartier plus récent, plus calme, plus bohème aussi, et qui de suite nous séduit : des rues un peu plus larges, de belles places avec square, des bars et des restaurants, un marché, des commerces à profusion, un cinéma… En marchant, ce sont échanges de sourires, invitations à acheter ou simples bonjours.
C’est là que se trouve l’une des deux adresses d’appartements à louer à la semaine que nous a envoyé par mail Simón (l’un des fils de Juan Cueva, l’ex-ambassadeur d’Equateur en France interviewé dans notre film) et qui habite La Paz depuis quelques mois. Nous y faisons un saut et trouvons un petit deux pièces disponible. C’est minuscule, mais plus pratique et plus économique qu’un hôtel. Pour 50 € la semaine, tope-là, nous le prendrons dès demain… (Tiens, on vous a fait une photo : c’est dans l’immeuble blanc derrière l’arbre aux fleurs jaunes. Sympa, comme ça, la vie d’aventuriers, non ?).


Et nous rencontrons Gustavo. La trentaine, il dirige une jeune école de cinéma et d’audiovisuel. Séduit par notre projet, il décide de nous aider, saisit son téléphone et en moins d’une heure, nous organise quelques premiers rendez-vous avec des acteurs de la culture et du cinéma de La Paz.
Nous sortons de son bureau requinqués après les mésaventures péruviennes : ce premier contact bolivien nous ravit.

mercredi 25 août 2004

Ça commence très fort

Après avoir longé le lac Titicaca, où nous espérons revenir bientôt depuis La Paz, nous voilà à la frontière bolivienne.
Tout se passe tranquillement : des coups de tampons pour quitter le Pérou, d’autres pour entrer en Bolivie et un imprimé pour le Chano, le tout en moins d’une heure…

Le décor continue de nous fasciner. Nous prenons le temps d’un rapide pique-nique, posés sur un promontoire dominant l’Altiplano : à l’horizon, des sommets enneigés, sur le plateau, des hameaux et villages dont bon nombre semblent abandonnés. Il faut dire que tout est si aride et froid. Autour de nous, juste quelques chiens errants…


Vers 14 h, nous approchons de La Paz. Mais depuis quelques kilomètres, nous n’avons guère croisé de voitures et des piétons nous font maintenant de grands gestes en criant «Bloqueo, bloqueo !». Nous comprenons vite, notre vocabulaire espagnol s’est enrichi : "bloqueo", ça veut dire que la route est coupée par une manifestation. Et renseignements pris, celle-là est de taille : c’est une grève massive des transports urbains qui bloquent totalement la ville. Bien sûr, la grève est illimitée !
Et nous sommes prévenus : «Si vous tentez d’avancer, ils vont vous lancer des pierres, crever vos pneus ou incendier votre voiture». (Nous imaginons la tête de notre cher sponsor Nissan !!! Remarquez, si on filme, les images feront peut-être la une des journaux !). Nous n’insistons pas, d’autant que nous savons déjà que la Bolivie est un pays où les conflits sociaux sont très durs (souvenirs d’informations sur des luttes sanglantes de l’année dernière dans le pays). Et là, nous sommes à El Alto, la banlieue populaire de la Paz…
Nous rebroussons donc chemin de quelques centaines de mètres. Inventaire de la situation : nous avons un contact dans un hôtel, mais sans le numéro de téléphone et sans réservation (et nous ne voyons aucun hôtel dans le coin), pas de plan de la ville, plus rien à manger ou à boire et pas un centime de monnaie du pays. Nous avions prévu, en arrivant tôt, d’organiser tranquillement tout cela dans l’après-midi !
Nous changeons notre reste de monnaie péruvienne dans une boutique (à un taux raisonnable !), achetons de l’eau et décidons de prendre notre mal en patience. La file des véhicules immobilisés s’allonge et les avis sont partagés sur l’ouverture ou non à la circulation pour la nuit. En clair, personne ne sait rien !
Mais notre bonne étoile semble toujours briller. Au bout de trois heures, des touristes, attirés par notre Patrol pas vraiment discret, viennent papoter avec nous. Ils nous apprennent que le chauffeur de leur bus est en liaison radio avec son bureau du centre-ville : ils sont en train de repérer les rues non bloquées permettant de contourner les barrages. Peu après, le bus se lance ; alors nous décidons (très vite !) de lui emboîter le pas. S’en suit une demi-heure d’un trajet virevoltant de rues en ruelles, d’hésitations en demi-tours pour trouver le judicieux passage, nous camouflés dans le nuage de fumée noire que dégage le bus ! (Où a-t-il acheté son diesel ?) Soudain, nous pénétrons sur une autoroute déserte : dix kilomètres de descente vertigineuse nous emmènent vers le centre. Nous profiterons du spectacle une autre fois, il fait déjà nuit. A l’entrée de La Paz, le chauffeur du bus nous fait signe de continuer tout droit ! Arrivé en plein cœur du quartier historique, nous découvrons des rues envahies d’une foule dense. Nous trouvons rapidement notre hôtel. Par chance, il y reste une chambre libre.

mardi 24 août 2004

Perú

Nous ne faisons qu’un passage rapide au Pérou, qui aurait bien sûr mérité une plus longue visite. Mais nous ne pouvons pas projeter "Les héritiers de l'Amazonie" ! Et puis nous sommes touchés par un nouveau deuil familial. Alors nous prenons la décision de poursuivre notre Itinérance, direction la Bolivie…

En cliquant sur "août 2004" dans la colonne de gauche, vous trouverez les 10 billets que nous avons rédigés durant les deux semaines et demie passées dans le pays. Attention, ils sont archivés en ordre inversement chronologique…

Si vous ne trouvez pas le temps de tout lire, nous vous recommandons particulièrement "La guerre de l’eau" (posté le 10 août), un épisode "chaud" et rocambolesque de notre périple.

República del Perú
- Capitale : Lima
- Superficie : 1 285 000 km2 (plus de 2 fois la France)
- Population : près de 30 millions d’habitants
- Langues officielles : espagnol et langues régionales, principalement quechua et aymara
- Monnaie : nuevo sol


(Source : Division Géographique de la Direction des Archives du Ministère des Affaires Etrangères)

Un très grand merci à tous

Suite aux derniers évènements, nous nous sommes posés la question de la poursuite de notre périple. Notre moral en a pris un sacré coup, d’autant qu’il ne nous a pas été possible d’organiser un aller-retour en France pour l’enterrement du frère de Geo.
Chers amis et lecteurs de ce blog. Vous nous lisez et nous suivez depuis le départ. Mais vous nous écrivez aussi, en commentaires ici ou par mails, en particulier ces derniers jours pour nous encourager à continuer. Nous avons envie de partager quelques uns de vos messages…

A vous la plume :
«On a décidé de décorer la poussette façon 4x4 en pensant à vous !» «Nous sommes très heureux de vous savoir dans votre rêve et vous remercions de nous le faire partager» «Bonne chance dans votre nouvelle aventure et à bientôt» «Votre belle aventure fait toujours rêver dans les chaumières parisiennes» «Votre aventure est un peu celle des ancêtres, ils la continuent à travers vous, c’est sûr» «Ne lâchez pas votre rêve et continuez de nous faire rêver à travers vos messages» «Nous vous souhaitons courage et énergie pour poursuivre votre rêve» «Votre rêve est bien évidemment aussi le nôtre, et il est hors de question que vous nous le repreniez en interrompant votre périple» «Pídele a Dios fuerzas y ánimo para seguir adelante» (Demandez à Dieu forces et courage pour continuer de l’avant) «Ne laissez pas tomber : je comprends votre désarroi mais Itinérance doit continuer» «No abandonen su sueño de gitanos documentalistas» (N’abandonnez pas votre rêve de bohémiens documentaristes) «Continuez… S’il vous plaît, continuez !» «J’espère que la bonne chance sera maintenant au rendez-vous» «Continuez votre rêve qui est maintenant réalité. Ne reculez pas» «Qu’els deus siguin amb vosaltres» (Que les dieux vous accompagnent) «A deux, on est plus fort. Et surtout quand on sait pourquoi on est ensemble, les montagnes se franchissent mille fois plus facilement» «Garderem lou moral !» «Ayez du courage pour récupérer l’optimisme que vous dégagez tous les deux» «Tous vos "fans" seraient déçus à l’idée que vous ne vous battiez plus pour le réaliser» «Continuez, continuez votre voyage, pour eux, pour nous qui vous suivons dans votre périple» «Nous sommes de tous coeur avec vous et vous souhaitons un bon courage et une grande lumière pour la suite de votre chemin sacré» «Continuons à vivre, continuez votre rêve» «Si vous flanchez, on est fichus. Allez, allez, vous nous avez sur les épaules, on est avec vous, on respire avec vous, on rêve avec vous. On compte sur vous» «Mucho ánimo y les deseo suerte para que todo les salga muy bien» (Bon courage et bonne chance pour que tout se passe au mieux) «J’espère seulement que cela vous rendra plus fort que jamais dans vos envies» «Les coups durs dans la vie rapprochent ou éloignent, et je suis heureuse de voir que vous avez choisi la 1ère voie» «J’espère que ce pays si étrange, si lointain et si peu exploré vous apportera l’oxygène dont vous devez avoir grandement besoin» «Puisque la vie doit continuer, racontez-nous votre périple» «Nous sommes heureux d’apprendre que vous continuez. Bien sûr, qu’il le faut, puisque c’est ce que vous avez toujours souhaité» «Prenez le temps dont vous avez besoin, nous serons fidèlement là pour vous retrouver le moment venu» «Sempre endavant !» ("Toujours de l’avant", la devise catalane) «Et, comme dirait quelqu’un que je connais, "en route pour de nouvelles aventures"»…

Comment vouliez-vous que l’on abandonne ! C’est donc aussi grâce à vous, avec toute cette énergie que nous avons décidé de continuer… avec ce désir irrationnel de vouloir dédicacer notre Itinérance à nos deux parents disparus et à Jean-Marie, leur dédicacer ce choix de vie que nous avons fait en héritant des deux premiers et sous les encouragements du troisième… Mais nous savons aussi que les jours vont être très longs à nous remettre de cette douleur…
Du fond du cœur, un grand merci à tous.

En route vers de nouvelles aventures !

Dernière étape péruvienne

Nous avons sorti des vêtements plus chauds, car nous passons à plus de 4.800 m, sur l’Altiplano. Nous n’avons jamais été aussi près du ciel…
Le Patrol souffre un peu, mais assure ! La route serpente dans un décor aride entre cimes enneigées, cañons, falaises : une splendeur dans laquelle ne semblent vivre que des lamas et quelques vigognes.
Ce soir, Puno, notre dernière ville-étape péruvienne, nous gratifie d’un ciel noir, de la pluie et d’un froid de canard !

Adios, Perú ! Reviendrons-nous un jour ?

Notre étape au Pérou en quelques chiffres :
- projections : 0 !
- nos différentes adresses : 7
- parcourus : 3.105 km
- crevaison : encore zéro !

lundi 23 août 2004

Arequipa, "la ville blanche"

En quittant Camana, la route attaque doucement, en ligne droite, la Cordillère, tandis qu’apparaissent les premiers sommets. A 2.300 m d’altitude, nous faisons une pause d’une demi-journée pour souffler un peu en déambulant dans les rues de la belle Arequipa.
Nous prenons le temps de faire quelques prises, pour vous offrir deux photos…

dimanche 22 août 2004

Direction la Bolivie

Nous avons consacré cette poignée de jours à prévenir nos contacts boliviens de notre arrivée imminente et à nous préparer (ainsi que le Patrol) à franchir les 1.500 km pour rejoindre La Paz.
Il va nous rester de Lima un bien triste souvenir. Le ciel est demeuré désespérément gris et la ville ne nous a pas du tout séduits : trop grande, trop bruyante, peut-être a-t-elle des charmes que nous n’avons pas su trouver ?
Seuls rayons de soleil : Elena et Hugo, un couple péruvien, rencontré grâce à une amie française commune, nous ont invités jeudi soir à un dîner-spectacle. Nous y avons découvert toute sorte de danses folkloriques, souvent très joyeuses. Et entre chaque groupe, nous étions entraînés par nos deux amis sur la piste pour danser : toute l’assistance s’y ruait et nous avons rencontré un public péruvien doté d’un sens de la fête très spontané et communicatif.
Elena et Hugo nous ont emmené le lendemain à Pachacámac, les vestiges d’une cité inca, puis dans le centre colonial de la ville, sa cathédrale, ses palais et ses balcons de bois : les seuls lieux "touristiques" que nous aurons visités au Pérou…


Nous ne connaîtrons pas cette fois-ci Cuzco, le Machu Pichu ou le cañon de Colca…

Nous repartons de Lima sous le crachin, tandis que la route longe la côte. Puis, le temps se dégage en quittant l’océan vers l’est. Nous nous offrons juste une courte halte pour apercevoir, du haut d’une tour métallique au bord de la Panaméricaine, deux de ces très fameuses "lignes de Nazca", ces dessins géométriques précolombiens de plusieurs dizaines de mètres carrés.


Nous enfilons 850 km dans la journée ! Nuit à Camana, poulet frites et hôtel Turistas, dans lequel il n’y a pas un seul touriste…

lundi 16 août 2004

"Les héritiers de l’Amazonie" ne sera pas projeté au Pérou

Ce matin, après que des membres péruviens de son comité d’administration aient vu notre documentaire et confirmé la même position, le directeur de l’Alliance française (structure de droit péruvien) nous reçoit pour nous annoncer qu’il préfère renoncer à patronner une tournée qui pourrait froisser le Pérou. Et l’ambassadeur de France confirme à son tour !
Nous tentons de le prendre avec humour : «Nous ne voudrions pas que les aventures du siècle dernier de mon ancêtre déclenche un incident diplomatique entre la France et le Pérou».

Hélas, nous n’avons que très peu de contacts ici et, sans l’aide des services culturels français, nous devrions risquer plusieurs semaines à chercher d’hypothétiques lieux de projections (surtout si le sujet est réellement trop sensible), trouver les bons médias pour promouvoir la tournée, etc. : un investissement financier déraisonnable.
Nous décidons donc de quitter le Pérou.

vendredi 13 août 2004

"Les héritiers de l’Amazonie" pose problème

Hier matin, nous avons continué notre trajet comme prévu plein sud vers Lima. Une longue journée de route : nous relayant au volant, nous traversions toujours ce magnifique décor de désert, que nous regardions défiler quasiment sans un mot…
Arrivés à Lima en fin de journée, nous sommes passés à l’Alliance française, le temps de laisser une copie VHS de notre film et de prendre les coordonnées d’un hôtel pas trop cher.
Et ce matin, coup de grisou : l’administratrice culturelle, péruvienne, de l’Alliance a visionné "Les héritiers de l’Amazonie" et il lui semble maladroit que l’institution projette un film au sujet aussi sensible pour le pays : ses frontières avec l’Equateur. Nous balbutions que les faits racontés dans le film remontent à 1910, que la paix entre les deux pays est signée depuis cinq ans, que tous les territoires de l’arrière-grand-père sont aujourd’hui péruviens… mais sans résultat. Ce n’est pas notre récit qui pose problème, semble-t-il, mais quelques phrases de l’ancien ambassadeur d’Equateur en France interviewé dans le film.
L’administratrice culturelle souhaite l’avis du comité d’administration…

mercredi 11 août 2004

Notre Itinérance à nouveau en deuil

Et là, le ciel nous tombe sur la tête. Nous découvrons un mail que nous relisons plusieurs fois sans arriver à le croire : Jean-Marie, le frère de Geo, vient de décéder subitement à Perpignan. Nous restons là, devant cet écran, tous les deux en larmes…
Un mois après le Papa de Geo, cinq mois après la Maman de Babeth, nous recevons ce coup comme un choc de trop, une malédiction qui nous poursuit. Nous finissons par sortir du cybercafé et nous engouffrons dans la pizzeria…
Nous sommes étouffés par la tristesse. Trois disparitions si proches en si peu de temps… Si nos Maman et Papa étaient d'âges qui nous ont rendus leurs départs plus "acceptables", celui de Jean-Marie, à 57 ans, nous laisse abasourdis. Plus sage que Geo (!), il était expert-comptable, mais avait lui aussi hérité de l’âme aventureuse des ancêtres et passait l’essentiel de sa vie en Afrique. Son port d’attache en France était depuis peu notre appartement de Perpignan, qu’il a repris à notre départ voici deux mois et demi.
Jean-Marie était bluffé par notre décision et ne savait que faire pour nous encourager, nous aider à réaliser ce rêve un peu fou qu’il partageait ainsi.
Ce soir, sans savoir pourquoi, continuer le périple nous paraît ne plus avoir de sens. Et l’arrêter pas davantage. On a envie de faire parler ses morts, sans doute pour leur faire dire ce que l’on a envie d’entendre. Et bien sûr, Jean-Marie nous pousserait farouchement à continuer cette aventure qui est désormais notre vie, nous traiterait de fous de vouloir renoncer. En sortant du restaurant, nous tombons en arrêt sur l’enseigne à laquelle nous n’avions pas porté attention en entrant : le restaurant s’appelle la "Pizza Roma", le même nom que celui de Perpignan où nous avons partagé notre dernier repas avec Jean-Marie et nos cousins, pour fêter notre départ…

Premiers contacts prometteurs

Hier soir, arrivés bien plus tard que prévu à Piura, nous avons pris le temps de rencontrer la directrice de l’Alliance française, qui s’est dite enchantée de notre intention de projeter notre film et prête à nous aider. Nous avons passé la nuit dans une auberge de la ville et avons repris la route ce matin.
Depuis, en deux cents kilomètres, nous avons dû négocier trois virages ! (ou du moins trois courbes !), traversant toujours ces paysages secs qui continuent de nous surprendre et de nous émerveiller. Ici et là, des villages tout en longueur, le long de la route, avec leurs maisons de briques, de bois et de roseaux, couvertes de toits incertains en tôle ondulée ou en feuilles de palme, une cour d’école avec tous les enfants en uniforme…

A Chiclayo, au passage, nous rencontrons le même accueil chaleureux à l’Alliance.

Et à Trujillo, le vice-président nous promet aussi son appui pour l’organisation de projections. Dans les trois villes, nous pourrons donc présenter notre film, à chaque fois en collaboration avec des institutions culturelles municipales et/ou des universités. Nous sommes ravis et reviendrons avec plaisir, car ce que nous avons aperçu de ces trois villes de province nous a séduit…
L’hôtel où nous sommes installés, lui, est calamiteux, nous tacherons de trouver mieux la prochaine fois. Nous partons donc découvrir la place d’Armes et le centre de la ville. La vie y est nonchalante, si ce n’est, comme dans les deux villes précédentes, cette obsession des taxis de klaxonner à tout bout de champ : minuscules véhicules japonais à quatre places, ils se manifestent auprès de tous les clients potentiels : en clair, à chaque passant ! Le centre ville est plutôt séduisant et vivant, les rues alentour emplies de commerces et les restaurants multiples. D’ailleurs, un italien nous aborde et nous invite à venir dîner dans sa pizzeria. La proposition nous fait rire, peu enclins que nous sommes à fréquenter les restaurants européens… Mais, bon, il y a un cybercafé juste en face, nous allons d’abord jeter un coup d’œil à nos mails…

mardi 10 août 2004

«La guerre de l’eau»

Tôt ce matin, nous reprenons la route, dans le même paysage qu’hier. Mais sans l’océan, dont la Panaméricaine s’est écartée. Ici ou là, des pompes à bascules, dans leur lent balancement, extraient du pétrole qui, de pipe-line en pipe-line, rejoint les cuves de stockage. Le vol de quelques rapaces complète le tableau…
La première impression que nous ressentons de la population est en contraste avec le décor ! Les péruviens ont l’accueil plutôt chaleureux et sympathique, loin du harcèlement aux voyageurs que l’on nous avait prédit comme une plaie endémique du pays. Il est vrai que pour l’instant, nous ne sommes pas vraiment dans une zone touristique…! D’ailleurs, depuis hier, nous croisons peu de voitures ou camions.


Aussi, la file d’une cinquantaine de véhicules en stationnement que nous doublons à l’entrée d’un village nous surprend-t-elle.
Les premiers mots que nous adressent les piétons avec de grands signes nous inquiètent : «La route est coupée !». Et l’attroupement, installé en travers de la chaussée et vers lequel nous avançons lentement, nous le confirme…
Nous nous arrêtons à une cinquantaine de mètres et Geo part aux nouvelles. C’est une manifestation de colère des agriculteurs ! L’eau manque, depuis des mois qu’il n’a pas plu. Apparemment, ils réclament aux autorités une amélioration du système d’irrigation et la levée de l’interdiction qui leur est faite de cultiver le riz, les rizières demandant trop d’eau. Or c’est leur seul moyen de subsistance…
La grève est illimitée. Geo tente de parlementer avec un des "délégués" du mouvement pour qu’il nous autorise le passage… et il nous conseille de nous rendre au poste de police du village pour obtenir une autorisation écrite de passage (?!). Nous y allons, accueillis aimablement par un policier. Instruit de notre démarche, il s’enquiert auprès de son supérieur hiérarchique, dans le bureau voisin, de la faisabilité de cette "autorisation". Ce dernier, les yeux rivés sur un document, ne lui accorde même pas un regard, ni à nous, et répond d’un grognement qui ressemble à un oui.
Un quart d’heure plus tard, nous retournons vers les manifestants, à la recherche de l’homme qui nous avait préconisé cette démarche. Introuvable ! Les délégués sont tous partis en réunion. Et maintenant, les avis sont partagés sur le fait de nous laisser passer. Dans le même temps, un véhicule s’annonçant "Presse", mais qui en fait s’avère n’être qu’un transporteur de journaux, est repoussé par la foule. Le ton monte même sérieusement… Nous jugeons plus sage de rebrousser chemin de quelques dizaines de mètres…
Il est 11 heures. Certains des véhicules sont bloqués depuis minuit, quand a débuté le mouvement. Le soleil s’en donne maintenant à cœur joie : rien dans le village pour se désaltérer ou s’alimenter, et encore moins pour passer la nuit. Nous n’avons guère envie d’y rester plus de temps dans l’attente d’une hypothétique levée du barrage. Mais sans carte routière détaillée, inutile de nous risquer à chercher un chemin pour contourner l’obstacle. En nous renseignant, nous rencontrons un villageois qui se propose de nous accompagner moyennant 10 soles (3 €).
Et nous voilà partis sur des chemins de terre serpentant entre eucalyptus, épineux et ce qui devrait être des vergers, le long de canaux d’irrigation désespérément vides. Tout est sec… Notre guide Rodrigo s’est lancé dans un monologue de versets de la Bible, mêlés de paroles d’encouragement pour notre projet et notre vie... Revenus sur la Panaméricaine, 5 km plus au sud, il nous annonce qu’il y a d’autres barrages plus loin, mais il affirme que nous allons passer car Dieu est avec nous. Il refuse nos 10 soles, nous remercie du plaisir de ces instants partagés et repart à pied vers son village…
Nous croisons ou doublons bon nombre de locaux chargés de bagages qui, habitués à ce genre d’évènements, quittent les bus ou camions qui les acheminaient et marchent résignés. Car Rodrigo avait raison, la route est coupée en bien d’autres endroits. Les trois premiers groupes de manifestants, au vue de notre lettre de la police, nous laissent passer. Mais cette progression s’avère brève, car un nouveau barrage, plus important, nous attend. Là, ils sont quelques milliers, surpris de voir une voiture arriver jusqu’ici…
Geo part à la recherche d’un leader et Babeth attend seule dans le Chano. En fait, tous les délégués sont là, debout sur un pick-up et communiquant par téléphone portable avec les autorités. Un porte-voix retransmet les termes de la négociation, sous les hourras ou les sifflets de la foule.
Personne ne remarque la présence de Geo qui préfère attendre la fin de la négociation, mais du côté de Babeth, vingt mètres en retrait, les choses sont différentes. Le Patrol a attiré l’attention des protestataires venant grossir les rangs du mouvement. Ils sont plusieurs dizaines agglutinés autour de la voiture… Babeth a laissé sa portière ouverte, maintenant obstruée par des enfants qui tendent la main, sous l’impulsion d’une matrone à la voix éraillée… Une autre femme conseille de fermer la porte et tire vers elle les enfants. Elle demande à Babeth où se trouve son «compañero» et un homme, en réponse et avec un grand sourire, mime un égorgement. Babeth, appréciant son humour (!), lui répond d’un sourire et continue d’échanger sur la situation de la région et les motifs du blocus…
Geo préfère revenir, d’autant que les "délégués" sont devenus inaccessibles. Débute alors une chaude discussion entre manifestants : les plus nombreux souhaitent laisser passer ces deux touristes qui n’ont rien à voir dans tout ça, mais les plus véhéments veulent le maintien du barrage pour tous. Les voix s’élèvent et plus que toutes, c’est celle d’une femme qui se fait entendre : «Non, pas plus aux touristes qu’aux autres !»
Nous renonçons à l’idée d’organiser un vote (!) et pensons plus prudent de ne pas insister, nous avons pris assez de risques pour aujourd’hui…
Dernière tentative : l’air très dépité, nous disons à l’adresse des plus modérés, notre déception de voir le Pérou accueillir ainsi des touristes ! Et nous rebroussons chemin de 200 m pour nous mettre à l’ombre de quelques arbres.
Cette dernière tirade aura eu son effet : moins de 10 minutes plus tard, quelques jeunes nous rejoignent et nous proposent, pour quelques soles tout de même, de contourner le barrage par des chemins de traverse. Nous nous mettons en route avec deux d’entre eux, mais cette fois, la piste que nous empruntons est aussi barrée par un petit groupe. Nos deux jeunes sont penauds face à leurs compatriotes. Alors que de nouvelles tractations et pourparlers traînent en longueur, Babeth descend de la voiture et simule (avec un talent indéniable) une crise d’hypoglycémie accompagnée de quelques larmes… qui fait basculer la négociation ! Pour nous permettre de rejoindre l’hôpital le plus proche (!), le barrage se lève… immédiatement refermé devant deux véhicules qui nous suivaient et voulaient profiter de l’aubaine.
Après avoir déblayé un dernier obstacle d’arbres coupés, nous retrouvons enfin la Panaméricaine. Nous aurons mis 5 heures à parcourir 20 km… Rodrigo avait raison, Dieu devait être avec nous !
(Nous apprendrons par la suite que ce blocus auquel nous venons d’échapper va durer 4 jours, piégeant des milliers de véhicules…)

lundi 9 août 2004

Changement de pays, changement de décor

Notre intention est de parcourir en trois jours les 1.300 km qui nous séparent de Lima, où nous organiserons notre tournée au Pérou. En passant à Piura, Chiclayo et Trujillo, nous allons prendre un premier contact avec les Alliances françaises de ces trois villes, dans lesquelles nous reviendrons projeter le film plus tard…
A l’échelle du continent, ce qui se passe sous nos yeux, en moins de cinquante kilomètres, est tout à fait insolite. Nous traversons un surprenant paysage de vergers et surtout de rizières gorgées d’eau, avec quelques fermes dispersées…
Quand soudain, tout s’assèche. La végétation laisse la place au sable et nous nous retrouvons en plein désert. Finies les gigantesques bananeraies équatoriennes… Le Pérou nous offre un panorama où plus rien ne pousse, sinon de petits taillis secs et des résineux maigrelets. A perte de vue, ce ne sont plus que dunes et collines rocheuses, parsemées de quelques oasis et de leurs palmiers, tandis que les vagues de l’océan Pacifique lèchent la côte.
Ici ou là, une anse a permis à une poignée de familles de s’installer pour vivre de la pêche. (Pas le fruit : il ne pousse, dans la région, que des abris côtiers…) (Oh, pardon !) Nous apercevons même deux hôtels, avec bungalows et piscines, plutôt luxueux (ça veut dire trop chers pour notre budget) et d’ailleurs quasiment vides.
Longeant l’océan, l’asphalte taille sa route à l’infini. Au bord de cette Panaméricaine, de ci, de là, de rares baraques, bâties de blocs de terre ou de planches, paraissent abandonnées, ou du moins paressent, abandonnées… Tout comme les 4x4 de la police omniprésente et souriante.
Quelques briques empilées, surmontées d’un toit de tôle et enjolivées d’un coup de peinture (et d’un panneau Coca-cola) proposent, dans la poussière, des boissons vaguement rafraîchissantes et des paquets de biscuits…
A notre étonnement, la température ne monte pas une seule fois au dessus de 18 degrés. Il fait plus chaud dans la voiture qu’à l’extérieur !
Au bout de deux cents kilomètres à ce régime, en toute fin de journée, Mancora surgit de nulle part, petite station balnéaire née de quelques vagues. Ce port de pêche, plutôt charmant d’ailleurs, accueille une colonie internationale de jeunes surfers : des petits hôtels, des restaurants et… des cybercafés. Nous y trouvons une chambre minuscule au confort sommaire, notre Patrol garé dans la cour au milieu des planches de surf…

Ecuador

Nous débutons symboliquement notre tour du monde en Equateur, le pays où vécut l’ancêtre et retrouvons avec bonheur le théâtre de notre tournage 2001. Après la rocambolesque arrivée du 4x4 à Guayaquil, place aux premières projections, découvertes et rencontres. Nous commençons à goûter notre nouvelle vie.

En cliquant sur les dates de la colonne de gauche, vous trouverez les 38 billets que nous avons rédigés durant les deux mois et demi de notre périple ici. Attention, ils sont archivés, pour chaque mois, en ordre inversement chronologique…

Si vous ne trouvez pas le temps de tout lire, nous vous recommandons particulièrement :
- "Flash-back sur le 4 mai 2003" (posté le 27 juin) : comment est né notre projet Itinérance
- "La projection magique" (posté le 19 juillet) : une première séance de cinéma pour une communauté indienne de la cordillère
- "Muskuy à Saraguro" et "Un dimanche au village" (postés les 31 juillet et 1er août) : un séjour plein de complicité dans un village indien

República del Ecuador
- Capitale : Quito (plus grande ville : Guayaquil)
- Superficie : 270 000 km2 (environ la moitié de la France)
- Population : environ 12 millions d’habitants
- Langue officielle : espagnol
- Monnaie : dollar US


(Source : Division Géographique de la Direction des Archives du Ministère des Affaires Etrangères)

Images, anecdotes et impressions furtives sur l’Equateur

A 3.000 m d’altitude : le village précédent était à quelques kilomètres, le suivant encore plus loin. Surgis dont nous ne savons où, ayant sans doute longtemps marché, des enfants, des femmes ou des hommes nous faisaient signe, ici où là, pour nous vendre quelques fruits et légumes…

«El pueblo unido jamas será vencido ! » Ce chant, devenu symbole de toutes les luttes sud-américaines, accompagnait chacun des (nombreux !) défilés que nous avons croisés. Que ce soit ici pour demander des allègements des taxes sur l’essence, là pour pourfendre la privatisation du service d’eau potable communal, ailleurs (partout) pour réclamer une augmentation des pensions de retraites… Il faut dire que sur ce point, la disparition de l’argent du fond de retraite ressemble à une belle affaire de corruption… La contestation dans la rue demeure en Equateur un parfait mode de résistance à la classe politique… Et ça "marche" : les deux derniers présidents n’ont pas fini leur mandat sous la pression de la rue…

«Dans notre pays, il n’y a plus d’ânes ; ils sont tous au volant des bus…». Pourtant, la conduite semble se calmer un peu depuis notre dernier passage (ou bien nous nous sommes habitués !). La priorité n’est plus seulement au premier qui klaxonne (ou au deuxième s’il est plus gros) et de plus en plus de chauffeurs s’arrêtent au feu rouge… Mais cela reste encore un sacré folklore qui offre de belles sueurs froides, en particulier en ville…

L’Equateur (la moitié de la superficie de la France pour une douzaine de millions d’habitants), producteur de pétrole et parmi les premiers producteurs au monde de fleurs (ils en exportent paraît-il en Hollande !), de bananes ou de crevettes, doté de splendides décors d’une variété rare qui devrait attirer des multitudes de touristes, l’Equateur est le premier pays sud-américain à avoir abandonné sa monnaie au profit du dollar…

Le Che reste omniprésent en portraits sur les murs et tee-shirts ! Nous avons déjeuné à Riobamba dans un restaurant appelé "El Delirio" (sic), ancienne demeure coloniale, un temps refuge de Simon Bolivar lors de sa campagne de libération de la région. Il est aujourd’hui un des restaurants les plus chers de la ville… La révolution se vend bien !

«Ah ben oui, c’est parce que c’est la saison des pluies qui commence». Ou qui finit, nous dit un autre le lendemain… ! «Mais c’est parce que nous sommes à 200 km plus au nord que Guayaquil, alors c’est différent». Bref, après trois séjours en Equateur (six pour Geo) à des moments différents de l’année, nous n’avons toujours rien compris au climat de ce pays. Tout cela pour dire que c’est un sujet de conversation comme chez nous, que les prévisions marchent aussi mal que chez nous, mais qu’en plus, cela varie considérablement entre la côte, la cordillère et l’Amazonie. Bref, vous pouvez aller à n’importe quel moment de l’année en Equateur, c’est un pays toujours magnifique et délicieux à découvrir…

Adios, Ecuador ! Nous avons commencé notre tour du monde ici et n’avons, une fois de plus, pas été déçus. Merci pour la beauté des paysages et la grande gentillesse de ton accueil.

Notre étape en Equateur en quelques chiffres :
- projections : 10
- spectateurs : 480
- interviews radio : 11
- interviews presse écrite : 8
- émission de télé : 1
- nos différentes adresses : 17
- parcourus : 4.400 km
- crevaison : zéro
- perdus : une carte de crédit et Geo 10 kg

Il suffit de passer le pont ?

Nous avions mis dix heures pour rentrer le Patrol dans le pays, nous en mettons cinq pour l’en sortir !
Nous voilà à 10h du matin garés devant le bureau de la douane où nous retrouvons Patricio, l’agent en douane de Nissan qui nous avait déjà accompagnés pour les démarches dans le port de Guayaquil… Lui, il doit nous porter la mouise !
La ville frontière de Huaquillas, c’est, en gros, une rue centrale transformée en un invraisemblable bazar, débordant sur trottoirs et chaussée de boutiques en tous genres et étals de produits plus au moins détaxés. Tout cela fleure bon la contrebande… Une foule dense court, achète, franchit la frontière à pied, en vélo, revient, retraverse, au milieu des camions, bus et voitures qui tentent de se frayer un chemin…
Tout le monde passe… et nous restons plantés là, à portée de vue du panneau de bienvenue du Pérou, nous demandant comment se déroulera ensuite l’entrée dans ce pays… Nous vous épargnons le détail des démarches nouvelles, des documents dont il manque la photocopie «en 4 exemplaires s’il vous plait» (mais que peuvent-ils bien en faire ? il y en a déjà au moins autant à Guayaquil et quelques unes à Quito), l’aller-retour à trois kilomètres pour un tampon manquant ou la pause déjeuner du seul signataire… A croire qu’ils ne veulent plus que l’on parte !


Enfin, à 15h, nous pouvons franchir le pont de 50 mètres qui sépare les deux pays, accompagnés d’un douanier équatorien, chef mais souriant, pour rencontrer un douanier (apparemment seulement sous-chef) péruvien et souriant aussi, qui va prendre moins de 15 minutes pour remplir les documents du Patrol et nous souhaiter la bienvenue…
L’équatorien balance alors en quittant le bureau «Ouf ! les voilà sortis», accompagné d’un geste de bon débarras … Pour qui ? Pour quoi ? Nous ne prenons pas la peine de le rappeler pour le lui demander ! Nous ne saurons jamais ce qui a bien pu se tramer autour du passage de notre cher Patrol dans ce pays.
Nous voilà au Pérou…

jeudi 5 août 2004

Jamais deux sans trois

La malchance nous poursuit… Nous voici à Cariamanga, petit bourg à l’extrême sud du pays, pour notre dernière projection équatorienne. Manolo, notre régisseur et complice pendant le tournage en 2001, originaire de là, a pris contact avec sa cousine, épouse du maire de la ville. L’idée a bien plu à ce dernier et il nous attend.
C’est sa femme que nous rencontrons dans un premier temps, après trois heures d’attente, nous dit-on parce qu’elle court les écoles et universités de la ville afin de mobiliser les élèves et étudiants pour le lendemain comme prévu… ou du moins comme pas du tout prévu. Car, lorsque nous la voyons, elle nous annonce tristement que c’est la dernière semaine de cours et que cette soirée de vendredi est largement occupée par les festivités, avec compétitions sportives et nominations de miss…
Le maire et son épouse s’en trouvent désolés (et nous donc !) et nous offrent l’hébergement pour deux nuits dans un "residencial" de la ville. Ils mettent aussi à notre disposition un bureau à la mairie dont nous profitons pour quelques travaux d’écriture (et de comptabilité !) avant de quitter l’Equateur…
Il ne nous reste que deux jours dans le pays, que nous allons passer près de la côte, à préparer le matériel, le Patrol et nous-mêmes (!) pour ce premier passage routier de frontière… L’épisode de la douane à Guayaquil nous a laissé comme un goût d’inquiétude…

mercredi 4 août 2004

Vieux jeunes ou jeunes vieux ?

Nous goûtons notre séjour dans cette Vilcabamba nonchalante aux allures de ville du far-west, avec ses maisons aux terrasses en bois. Nous y cherchons en vain des centenaires et ne trouvons que des anciens auxquels nous attribuons 60 ans, mais peut-être sont-ils justement des centenaires bien conservés ? Nous rencontrons surtout des Européens, néo-zélandais et autres, qui apparemment laissent filer le temps depuis quelques années ici. Nous leur attribuons aussi 60 ans, mais nous nous demandons s’ils n’en ont pas, eux, 10 de moins, car bon nombre occupent leur oisiveté dans les bars de la ville. Ils ont dû lire ailleurs que c’est l’alcool qui conserve.
Nous repartons reposés et ravis, et en nous demandant si, en trois jours, nous aurons pu gagner quelques années de longévité supplémentaires…

lundi 2 août 2004

Pas de projection chez les centenaires

Et nous continuons sur Vilcabamba, un petit peu plus au sud. Un article publié en 1955 dans le Reader’s Digest (si eux le disent) vantait les mérites de cette bourgade et ses alentours, refuge d’immunité contre les maladies du cœur. Depuis, les scientifiques se sont succédés pour étudier le secret de cette "vallée des centenaires" : altitude, nourriture, eau minérale naturelle, pureté de l’air. Il y aurait trois sites ainsi sur notre planète, les deux autres se situant en Asie. (Attendez, on arrive…)
Patricio Montaleza, dont nous parlions plus bas, nous a mis en relation avec un petit hôtel de la ville. Le propriétaire guayaquilien nous a invités à y rester 3 jours en échange d’une projection gratuite de notre film. Bien sûr, l’idée nous a séduits.
L’hôtel est niché à flan de colline, les pentes y sont raides pour monter les bagages par l’escalier serpentant jusqu’à notre petit bungalow. Mais la récompense est à la hauteur (!) : un décor somptueux pour ce havre de paix bâti tout de pierres et principes écolos. Une demi-heure plus tard, nous descendons déjeuner et passer un peu plus de temps avec le maître des lieux. Et là, surprise : il nous annonce que finalement, ça n’est pas trois nuits qu’il nous offre, mais une seule !? Imaginait-il que, parce que nous avions tout monté, nous allions accepter ? Nous parlementons vaguement, mais comprenons qu’entre temps, il a dû remplir son hôtel et ne plus avoir de place à partir de demain. Nous le saluons poliment et repartons. Moralité : on peut être écolo et ne pas avoir de parole… Il est bien aimable, il a changé d’avis avant que nous ayons transporté tout le matériel de projection ! (Nous sommes mesquins, tout de même, on vous donne même pas le nom de l’endroit pour éviter de lui faire de la pub)
Nous filons donc en ville et trouvons un charmant endroit à l’accueil adorable, "El Jardín escondido" (le jardin caché), où nous décidons de passer trois jours à nous détendre dans son petit coin de verdure.

Pas de projection à Loja

Halte rapide dans cette ville qui était un point de passage de la ligne de chemin de fer, de l’Amazonie vers la côte Pacifique, tracée par l’arrière-grand-père. Elle reste un moment fort de notre tournage 2001. Nous avons glissé quelques places et façades de cette très belle ville dans "Les héritiers de l’Amazonie" (tavékaacheterlaK7). Mais la semaine dernière, la Casa de la Cultura a finalement renoncé à soutenir une projection et le récent directeur de l’Alliance française (petite structure dans cette ville) nous dit ce matin ne pas pouvoir financer seul. Nous reprenons la route…

dimanche 1 août 2004

Un dimanche au village

Le canton de Saraguro est catholique à 95%. Sur le parvis de l’église, très tôt, des femmes s’affairent à la confection, débutée hier après-midi, de grandes couronnes de fleurs à la gloire de San Pedro, le patron du village. Les hommes, spectateurs, discutent entre eux. C’est le rituel dominical. Une jeune Indienne, Toa («fleur noire» en quechua), nous explique que ce sont principalement les métis qui assistent à la première messe célébrée à 7 heures.


Les Indiens venant de toutes les communautés environnantes déferlent dans la grande église pour celle de 11 heures, durant laquelle sont exposées les couronnes de fleurs. Les femmes, parées de leurs plus beaux bijoux, sont vêtues de noir : jupe longue de laine et châle maintenu par le «topo» (broche en argent en forme de soleil, décorée d’une pierre de couleur, attachée à une longue chaîne autour du cou). Les hommes portent le "pantacourt" et le poncho. Et les uns et les autres sont couverts d’un chapeau de feutre.


La ville fourmille. Ils sont là pour la journée et font leurs achats de la semaine. Les marchés sont bigarrés des épices, fruits et légumes. Le fumet des restos ambulants embaume l’ambiance (enfin, pas tous !) et l’atmosphère est à la nonchalance. On s’arrête, on discute, on prend le temps. C’est aujourd’hui dimanche, nous n’irons pas aux champs.


Polivio nous emmène déguster dans une communauté voisine le Guajango, un alcool à base du jus d’une variété de cactus et fermenté naturellement : alcoolisé comme de la bière et très rafraîchissant ! Avant d’aller nous installer dans un petit restaurant, Las Cabañas (de petites cabanes en bois et toit de feuilles de palmes lovées dans une minuscule cour intérieure), avec Polivio, Rosa, Toa, sa sœur Cleotilde et son fiancé. Nous y savourons le plat favori et festif des Saraguros, le "cuy" braisé : un régal. Le temps passe doucement : un vrai bonheur !
(Ah oui, "cuy", en français, ça se dit cochon d’inde…)