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Pas de carnet de voyage "in vivo" en ce moment,
puisque nous sommes en France !

Mais vous pouvez retrouver ici l’intégrale des textes
que nous avons rédigés depuis mai 2004.

Des rencontres, des découvertes, du rire ou des larmes :
les émotions et les réflexions de notre vie de nomades…


lundi 25 octobre 2004

Santa Cruz de la Sierra, capitale économique

Hier matin, nous n’avons pas eu droit au bain dans la piscine, mais à la douche ! Des trombes d’eau nous sont tombées dessus pendant trois heures, pour devenir une petite pluie fine sans discontinuer durant les 100 km qui nous ont mené à Santa Cruz. La route longeait des haciendas de belle allure, de grandes propriétés, des élevages de plusieurs centaines de bêtes, puis à l’approche de la ville, des usines (agro-alimentaires entre autres).
Tout ceci confirme le statut de "capitale économique" dont se targue le million d’habitants. On est dans une autre Bolivie. Débordant d’activité (et d’argent, en comparaison avec ce que nous voyons depuis deux mois), ils semblent considérer avec un certain mépris le reste du pays, qui le leur rend bien en les taxant d’arrogance. D’autant que des velléités autonomistes se font entendre, avec bloqueos à l’appui. Et en ce moment, on est en pleine campagne électorale municipale…
Fondée en 1561, la ville ne manque pas de charme, avec, elle aussi, ces vestiges de la colonisation. On y étouffe de chaleur, mais ça bouge, ça vit, on y fait du business et on y cultive son apparence. Hélas pour nous, les salles de body-building font plus d’entrées que la culture !
Nous venons de rencontrer Alejandro, de la Fundav (fondation audiovisuelle privée). Nous sommes donc sidérés (mais ravis) qu’il nous propose de programmer trois projections…

samedi 23 octobre 2004

Buenavista Kaffe Pub

La route est repartie en altitude pour passer quelques cols, le temps de retrouver l’aridité de l’Altiplano. A 70 km de Cochabamba, la température a replongé à 12°.
Puis nous redescendons et très vite, la végétation est luxuriante, la chaleur revient. Vite, même… nous prenons 10° en moins de 20 km. Mais en échange, nous avons droit à un ciel gris : des champs, une usine hydroélectrique, nous revoici aux tropiques ! La route serpente à flan de montagnes, des précipices sur le côté, quelques tunnels non éclairés.
Halte repas à l’El Dorado (sic), une bâtisse perdue en pleine forêt servant d’excellentes côtes de mouton accompagnées de riz pour 1,7 € à deux…
Et nous retrouvons une piste légèrement caillouteuse, peu cassante. Des panneaux nous annoncent "zone géologiquement instable". Il fait maintenant plus de 30°. Des champs, de l’élevage, du riz, des bananiers, la forêt tout autour, des graines à sécher sur le bord de la route : un décor qui nous rappelle bien des souvenirs. Nous revoilà en Amazonie.

Sur la carte, 120 km avant Santa Cruz, le nom d’un village avait attiré notre regard : Buena Vista ! Parenthèse personnelle : c’est en assistant à la projection du film de Wim Wenders, "Buena Vista Social Club", le lendemain de notre rencontre voici cinq ans et quelques jours, dans une salle de Perpignan, qu’est née notre complicité. C’est joliment dit, non ? Complicité amoureuse certes, musicale bien sûr, mais cinématographique aussi, car nous passerons de belles heures à décortiquer quelques unes des prouesses du montage de ce film. Fermons la parenthèse. En écoutant la bande originale (nous l’avons emportée avec nous !), nous décidons de pousser jusque là pour y faire une halte et finir la route demain.
Et l’escale nous offre mieux que ce que nous espérions… Alors que les villages précédents ne présentaient aucun charme particulier et pas d’hôtels, Buena Vista nous séduit de suite. Fondé en 1694 par des jésuites, le petit bourg est construit autour de sa place principale et a gardé quelques maisons coloniales. La proximité de la réserve d’Amboro lui permet de vivre d’un peu de tourisme.
Et là, en buvant un café sur sa terrasse, nous rencontrons Raúl, un drôle de bonhomme. Quasi septuagénaire, mine enjoué, il nous raconte brièvement sa vie. Révolutionnaire, il était des compagnons du Che à Santo Domingo. Le Che est un personnage mythique aussi en Bolivie, d’autant qu’il est mort et enterré dans le pays (pas très loin d’ici, d’ailleurs). Par la suite, Raúl a été trafiquant en tout genre et a plongé dans bien des dépendances avant de se débarrasser de tous ses démons et de se considérer comme un homme libre et heureux, dit-il. Aujourd'hui, il tient un restaurant, La Tranquera (la barrière), qui a des allures de boui-boui et dans lequel, pourtant, il fait des merveilles. Quelle table ! Extraits de notre dîner : deux viandes (du "jochi", lièvre des montagnes et du "tsitatu", sanglier de la selva, dans des sauces somptueuses) et une multitude d’accompagnements, parmi lesquels des choux de Bruxelles (!), de la confiture d’oignons au miel d’abeilles avec écorces d’oranges («c’est pour donner un léger goût d’amertume»), une sauce au soja, un aïoli à damner un restaurateur barcelonais… Le festin de Babeth, en quelque sorte (takaetrecinéphile).


Du coup, nous nous offrons une étape de luxe avec piscine et vue sur des kilomètres de forêt. Ce luxe nous coûte 20 dollars la nuit…

vendredi 22 octobre 2004

Halte rapide à Cochabamba

Nous y restons à peine 36 heures et préparons des projections pour le mois de décembre. D’emblée, la ville nous plaît : déjà, son climat nous sied bien plus que celui de La Paz, son rythme de vie aussi. Cette ville de province de 500.000 habitants s’annonce «Corazón de Bolivia», parce qu’elle est au "cœur" du pays. Et puis c’est une façon de se définir dans la "concurrence" que se livrent toutes les villes boliviennes ! Au centre d’une vallée très fertile, elle est le grenier de la Bolivie. De nombreuses rivières déferlent des montagnes qui l’entourent. Son passé lui a laissé de nombreux jardins et parcs, de belles rues, avenues et places à l’architecture coloniale qu’elle arbore fièrement. Les cafés, restaurants et leurs terrasses pullulent. Les passants sont souriants et l’ambiance aimable.
Nos rapides contacts se passent au mieux. La fondation Simon I. Patiño (du nom d’un bolivien modeste devenu richissime au début du siècle dernier grâce à ses mines d’étain) accueillera une première projection. Dans son parc superbe, la grande maison du maître abrite des expositions, et un théâtre en plein air a été installé sur l’une des terrasses. Nous imaginons déjà avec émotion la projection des Héritiers de l’Amazonie dans cet environnement.
Marie-José Leduc, chaleureuse directrice de l’Alliance française, hébergera une ou deux autres projections. Nous recevons aussi, pour l’organisation et la promotion, la promesse de l’aide de "La Fabrica", une jeune école de cinéma, ainsi que de "Defensor del Pueblo". Cette dernière organisation de défense des droits des citoyens est séduite par les "valeurs" que véhicule notre film.
Mais tous ses organismes ne financeront pas. Aussi rencontrons-nous Sergio Villanueva, directeur de l’hôtel Antéus, qui accepte de suite de nous inviter pour notre prochain séjour dans la ville, en échange de publicité pour son établissement.
Nous quittons Cochabamba, très heureux de la perspective d’y revenir…

jeudi 21 octobre 2004

C’est reparti

Voilà près d’un mois et demi que nous sommes à La Paz, la bien nommée, car nous avons commencé à y retrouver un peu de "paix" intérieure.
La tournée est à peu près organisée et la "bourlingue" nous manquait. Nous sommes donc très excités à l’idée de repartir, cette fois pour un mois, et plus de 3.000 km à travers le pays. D’autant que les paysages de la Bolivie et leur variété sont réputés. Il fait frais ce matin et ce soir, nous serons dans la forêt amazonienne à plus de 30° ! Nous avons pu améliorer l’organisation du chargement du Patrol (avec l’expérience !) et tout est prêt. Tout… sauf la route.


Pas d'accès à Oruro et Cochabamba en raison des blocus

Depuis trois jours, l’accès vers le sud par l’Altiplano est fermé par une grève des mineurs. Un bloqueo de plus, car la situation n’est pas encore calmée. Nous avons changé notre programme hier soir et décidé d’éviter Cochabamba, notre première destination. Nous devions y prendre des contacts pour des projections à organiser en décembre. Nous allons donc rejoindre Santa Cruz, notre seconde destination, par une piste plus à l’est, via Trinidad, à travers la forêt. Un léger détour de 700 km !
Au moment de partir, nous saluons Santos, le gardien de notre immeuble. Nous échangeons quelques mots, prenons rendez-vous pour notre retour et lui confirmons notre détour par Trinidad. «Mais pourquoi passez-vous par là ? C’est beaucoup plus rapide par Cochabamba…» «Oui, mais, la route est coupée par des bloqueos !» «Ah mais non, ils ont été levés cette nuit, je l’ai entendu tout à l’heure à la radio ».
Nous partons donc sur Cochabamba…

Nous quittons La Paz par une longue route rectiligne impeccablement asphaltée. Pendant 200 km, nous parcourons ainsi l’Altiplano. Ce haut plateau andin, langue de terre d’une dizaine de kilomètres de large, est bordé de montagnes arides et de quelques sommets enneigés, parmi les plus hauts d’Amérique du Sud. Le décor est dans un état sauvage, même si des sacs plastiques ici aussi font leurs ravages. A quelques rares cultures, on devine que peu de communautés et villages sont encore habités. Nous rencontrons une franche pauvreté : une bergère garde une quinzaine de moutons, un paysan cultive sa petite parcelle… Nous en verrons un seul qui aura pu remplacer son âne ou son boeuf par un tracteur…
Puis la vallée se rétrécit, bien plus accidentée. Nous roulons droit sur la montagne, avant que le bitume ne glisse entre les sommets. Nouveau décor, autre beauté : nous croisons ici ou là des oasis, même si le lit de la rivière en contrebas est asséché. Les champs se font moins secs, délimités par des murets, construits avec les mêmes blocs de terre que les maisons. Un couple de paysans marche le long de la route, la maman portant son bébé accroché d’un long châle dans le dos ("l’aguayo"). Les villages aux toits de chaume sont plus grands, du linge sèche dans une cour, la vie a l’air plus tranquille. Nous sommes heureux d’être repartis…


Nous passons un col à 4.500 m d’altitude et il fait 12°. Les nuages bas dessinent des figures d’ombres sur les flancs ocres des montagnes. Et sur une centaine de kilomètres, nous nous laissons glisser vers Cochabamba, 2.000 m plus bas !
Quand nous y arrivons, il est 15 heures et il fait 23°…

lundi 18 octobre 2004

Et deux sponsors, deux

Cela commence par une entorse à nos habitudes : nous avons mangé dans un restaurant français.
C’est notre deuxième expérience en quatre mois. Le premier à Quito avait deux excuses : le propriétaire était catalan et, qui plus est, souscripteur au financement des Héritiers de l’Amazonie ! Celui-là en a une : il nous sponsorise…
Car depuis que nous sommes revenus de France, si les institutions culturelles publiques (Conacine, Cinémathèque bolivienne, Office de la Culture de la mairie de La Paz…) ont confirmé leur soutien (massif et chaleureux !), aucune ne disposent du moindre budget pour financer nos projections. Les premiers contacts avec les institutions de province donnent le même résultat. Le service culturel de l’Ambassade de France et l’Alliance française sont dans la même situation pour cette fin d’année. Après la traversée du Pérou sans projections, nous décidons d’organiser tout de même notre tournée dans cette Bolivie qui nous séduit tant. Nous courrons donc les financements privés…
Nous avons rencontré Bernard autour d’un café. Le bonhomme est tout sourire et débordant d’énergie. Après de longues années à Madagascar, il a vendu son restaurant pour venir s’installer ici. D’une vieille maison en forme de poupe de bateau, il a créé voici un an "La Comédie" qui ne désemplie pas.
En moins de dix minutes, l’affaire est conclue. Séduit par notre projet, il participe au financement et nous projetterons son logo au début de chaque séance. Tiens, nous en rajoutons une couche ici en vous mettant la photo ci-dessous, avec d’autant plus de plaisir que nous y avons donc mangé et que l’on s’est régalé. Si vos pas vous mènent à La Paz et si vous avez la nostalgie du pays, venez dîner là : la carte y est très belle et les prix très raisonnables…


L’autre sponsor, c’est Nissan Bolivie. Comme celui d’Equateur, l’importateur nous offre l’assistance technique pour le Chano, en commençant par une révision complète. C’est qu’on le bichonne, le «troisième personnage de l’expédition». Il faut qu’il tienne 200.000 km !


Et du coup, nous nous lançons dans la réalisation d’un petit clip d’une minute qui entamera nos projections : sur une musique très sympa, genre Nino Rota, défilent les logos d’une dizaine de soutiens ou sponsors : ceux d’ici, et les structures françaises (Nissan France, Accor hôtels, France Secours International, l’Union Latine…).

vendredi 15 octobre 2004

Le petit commerce tue la grande distribution

Voilà qu’on va vous raconter comment nous faisons nos courses ! C’est parce que ça n’est pas comme chez nous. Nous avons fait quelques intrusions dans des supermarchés d’ici : proprets, plutôt bien achalandés et… déserts. Il faut dire qu’ils vendent les mêmes produits que dans les petites boutiques avec des prix systématiquement 15 à 20 % plus chers. Un copain bolivien nous disait l’autre jour en riant : « Ici, les gens "s’habillent" pour aller au supermarché !». Eh bien, ils ne doivent pas être nombreux à avoir de beaux vêtements… Ce n’est pas le petit commerce qui tue la grande distribution, ce sont les clients. (Oui, enfin, comme chez nous, ce n’est pas la grande distribution qui tue le petit commerce, ce sont les clients. Mais bon, en France, ils ont l’excuse du prix…). Donc en fait, c’est comme chez nous : vaut mieux faire ses courses au marché du coin, c’est plus sympa.
Et tout particulièrement à Sopocachi. Il fait doux y être, le rythme de vie y est tranquille et les habitants savent y vivre le présent. C’est un vrai bonheur de parcourir ces rues emplies de petits commerces de toutes sortes et d’une flopée d’étals. Le tout est haut en couleurs, en mouvements, en bruits et en cris. Ici et là, des plombiers, électriciens, serruriers ou peintres proposent leurs services, le sac d’outils posé sur le trottoir. Au coin de la rue, un vieil Indien souffreteux joue quelques notes de flûte, puis s’assoupit. A notre approche, mécaniquement, il s’éveille et une courte mélodie monte, tremblotante. Nous le gratifions d’une pièce de monnaie et le vieil homme, après deux mots de remerciement, s’assoupit à nouveau…
Un peu plus loin, les étals des indigènes s’alignent. Les journées sont longues. Elles commencent à 7 h et se terminent à 20 h. Les enfants s’endorment, près de leur mère, couchés sur un carton et emmaillotés d’une couverture. Certains marchands vont pousser jusqu’à 22 h, espérant gagner quelques bolivianos supplémentaires. Et cela, sept jours sur sept pour beaucoup. Si l’on fait des multiplications, cela fait des horaires hebdomadaires impressionnants. En échangeant sur la situation sociale comparée de nos pays avec le même copain bolivien, nous avons eu l’occasion d’évoquer le "droit" aux 35 heures. On ne le fera plus, nous avons eu confirmation que c’était un peu indécent…!
A part quelques petits bazars, le marché de Sopocachi est essentiellement alimentaire : des monceaux de fruits, légumes, pâtes, riz, de la viande et du poisson. Ce sont surtout des indiennes qui tiennent les rayons et les produits sont superbes, dans l’ensemble au-dessus de ce que l’on a pu trouver en Equateur ou au Pérou. Au fond des halles, quelques tables où l’on sert, dans des écuelles de fer ou de plastique, une soupe de quinua (plante des hauts plateaux andins, "quinoa" en français) ou de pâtes, un churrasco (grillade) ou une côte de mouton accompagnée de patates et de riz.
En parcourant les lieux, nous achetons 4 mandarines à l'une, 3 poivrons à l'autre, des chorizos ici, du poulet là ou deux filets de bœufs plus loin. A en juger par l’organisation sommaire du lieu, nous nous disons qu’ils ne doivent pas toujours respecter la chaîne du froid…! Et pourtant, tous les produits sont très frais. L’altitude et le climat doivent y contribuer ! Cela dit, depuis le début du voyage, nous sommes (autant que possible !) attentifs à un minimum de prudence en matière d’hygiène, et pour l’instant, tout se passe à merveille…
Finissons par un coup de foudre, un parfait régal : le pain et en particulier des petits pains, tendres et croustillants à souhait, comme bon nombre de boulangers français ne sont plus capables de les faire… (Décidemment, on se fait des copains, aujourd’hui !).
Et nous finissons par nous prendre d’affection (réciproque !) pour quelques-unes de ces marchandes que nous côtoyons chaque jour, comme cette maman et sa fille du coin de la rue à qui nous achetons notre pain…

mardi 12 octobre 2004

Ambiance de guérilla

Depuis le «bloqueo» de notre arrivée, nous avons connu quelques manifestations. Mais cette fois, les choses prennent une autre ampleur. Nous quittons une réunion à la Casa de la Cultura, en plein cœur historique de La Paz. Beaucoup de bruit remontait de la rue. Avant de sortir de l’immeuble, nous passons sur la terrasse et restons en arrêt devant le spectacle qui défile sous nos yeux…
Des dizaines de milliers de manifestants descendent d’El Alto derrière leurs drapeaux et leurs banderoles. Ils utilisent non seulement de gros pétards ou fusées d’alarme, mais aussi des bâtons de dynamite. Certes, ils sont petits, partiellement désamorcés nous dit-on, et leur déclenchement protégé par un cordon de sécurité de quelques manifestants, mais cela crée tout de même une furieuse ambiance d’insurrection !
La pression monte fortement en ce moment et cette manifestation est un avant-goût. Dans deux jours, c’est un anniversaire tragique, celui des manifestations sanglantes d’octobre 2003 qui ont fait 80 morts. Et actuellement, d’autres milliers d’indigènes marchent depuis les provinces voisines pour venir gonfler le flot des rues ces prochains jours. Parmi eux, les plus redoutés par l’armée, les mineurs et leur dynamite !
A lire les banderoles, les sujets de revendications ne manquent pas :
- ils veulent une nouvelle loi sur les hydrocarbures (aujourd’hui aux mains de multinationales),
- ils maintiennent la pression sur le gouvernement pour qu’il renégocie un accès à la mer, territoire perdu à l’issue de la guerre de 1879 contre le Chili (décidemment, les limites territoriales sont un sujet toujours chaud en Amérique du sud !),
- ils réclament un procès contre l’ex-président (et quelques-uns de ses ministres) qui a filé aux Etats-Unis suite aux émeutes de l’année dernière, en emportant la caisse (de l’ordre de 20 millions d’euros, d’après la presse)…
- et l’on trouve aussi parmi les banderoles quelques messages bien sentis sur leur fierté d’être d’El Alto et de débouler sur La Paz…

Personne ne sait trop la tournure que vont prendre les événements.

Le lendemain, l’assemblée vote "opportunément" la poursuite, par un tribunal compétent, de l’ex-président et de ses ministres… Voilà qui va calmer les esprits. Pour combien de temps ?

vendredi 8 octobre 2004

Chroniques de notre vie quotidienne

Mais que faisons-nous de nos journées de nomades sédentaires ? Et nous sentons bien que certains d’entre vous se le demandent.
Eh bien, on n’arrête pas ! Bon, donc, en arrivant dans un pays, nous commençons par nous poser à la capitale (même si La Paz n’en est pas tout à fait une, nous voyons que certains suivent) afin d’organiser notre tournée. D’abord prendre des rendez-vous avec des institutions susceptibles d’accueillir le film, des sponsors qui pourraient financer la tournée en échange de pub, des médias ayant envie de nous interviewer, tout en commençant à contacter le(s) pays suivant(s). Et tout ça en espagnol…
En France, pour appeler, il suffit de décrocher son téléphone. Ici, il faut d’abord trouver une cabine. Cela dit, il y en a partout en ville et ça marche plutôt bien. Mais, comme en France, l’interlocuteur est absent ou en réunion, et l'on est prié de le rappeler dans une heure. Sans que celui ou celle qui a répondu ça n’ait en général la moindre idée du délai réel de l’absence. Une heure après, on trouve une nouvelle cabine, et l’interlocuteur n’est pas encore revenu, ou déjà reparti, ou dans une nouvelle réunion…
Pour imprimer, il nous suffit de sortir l’imprimante de sa malle, l’installer sur la table qui était celle du repas et pouvoir ainsi éditer courriers, dossiers de présentation ou cartes de visite.
Pour envoyer le courrier, pas de boîte aux lettres à chaque coin de rue et des délais d’acheminement aléatoires. Donc, trois solutions : pour l’international, déposer le pli à l’unique poste centrale ou à une messagerie privée ; pour le national, trouver une compagnie au Terminal de bus qui fait le trajet dans la nuit (le destinataire, à prévenir par téléphone, il n'y a qu’à trouver une cabine, va chercher son courrier au terminal de bus de sa ville le lendemain) ; et pour le local, déposer le pli au bureau du destinataire directement. Voilà comment envoyer trois courriers peut occuper une bonne demi-journée ! Mais c’est aussi une belle façon d’arpenter la ville et de saisir quelques plans, si nous avons la bonne idée d’avoir avec nous la caméra et/ou l’appareil photo…
Sinon, nous communiquons beaucoup par mail (avec coup(s) de téléphone pour s’assurer de la réception…!) : les éliminations sauvages de messages pour cause de spams, les changements fréquents d’adresses et la nonchalance sud-américaine rendent ce merveilleux moyen de communication finalement peu efficace. Par chance pour notre emploi du temps, nous n’avons pas besoin de pratiquer la course aux cybercafés, les abonnements internet que nous signons dans chaque pays nous permettent de rédiger hors-ligne et d’envoyer et recevoir nos messages en nous connectant à un numéro local depuis notre appartement.
Nos ordinateurs portables sont donc deux outils majeurs de notre vie de bourlingueurs. Nous y consacrons pas mal de temps à la rédaction de notre périple, qu’on écrit à quatre mains et deux voix… Chacun prend des notes de son côté, sur l’ordinateur, sur un carnet de voyage ou sur un dictaphone dans la voiture, puis nous remettons en commun au moment de l’éditer sur le forum.
Nous utilisons aussi l’ordinateur pour monter les petits films d’introduction aux projections qui changent dans chaque ville, pour capturer les séquences de tournage et même pour la comptabilité… Si, si, nous essayons de rester en contact avec la réalité…
Nous avons également un scanner, mais on vous racontera ça plus tard, car c’est pendant les phases d’itinérance que c’est le plus drôle…
Là-dessus, vous ajoutez que tout ce matériel s’entretient ou simplement se recharge. Tiens, en Bolivie, c’est tout en 220 ; en Equateur c’était tout en 110 (ou presque tout !) ; au Pérou, c’était soit en 110, soit en 220, dans le même appartement ou la même chambre d’hôtel (!), mais en principe inscrit sur chaque prise. En principe… Pour l’instant, seul notre transformateur - régulateur a fait les frais de cette carence de normes internationales lors de la projection à l’école de cinéma ! Nous attendons le prochain pays à 110 pour savoir si le fusible a bien rempli sa fonction…
Et bien sûr, il y a aussi les tournages (nous devrions bien réaliser un film de notre périple au retour…), l’entretien du Patrol, les interviews et la préparation technique des projections, la salle, la connexion au matériel local, etc.
On n’en rajoute pas sur notre emploi du temps avec les lessives ou la poubelle à sortir, sinon nous allons flinguer définitivement notre image d’aventuriers…
On vous le dit, c’est pas des vacances ! Mais non, on se régale de notre vie. Vous ne voudriez pas que l’on se plaigne, en plus ! C’était le désir de vous raconter aussi notre quotidien de nomades - sédentaires…
Avec un paradoxe qui nous troublait au début : nous qui sommes partis pour "découvrir" étions frustrés de ne pas pouvoir prendre suffisamment de temps pour "faire du tourisme", comme un parisien qui ne connaît pas ses monuments et musées. Et puis finalement, nous savons que nous pénétrons mieux les pays ainsi. Après tout, ça n’est sans doute pas en visitant la tour Eiffel ou le musée du Louvre que l’on découvre le mieux Paris…

mardi 5 octobre 2004

Nous voilà profs de cinéma

Pour le remercier de toute son aide, nous avons proposé à Gustavo de projeter notre film à la quinzaine d’étudiants de son école de ciné, suivi d’une séance de travail sur la réalisation. Pas un cours (nous sommes encore jeunes réalisateurs !), mais un témoignage.
A la fin de la projection, c’est l’ordinateur que nous branchons sur le vidéo-projecteur et leur présentons les différents outils que nous avons utilisés : scénario, derushage, story-board, etc. Ils nous bombardent de questions. Eux qui "apprennent" le cinéma sont sidérés (et nous donc ! en re-évoquant tout cela) de découvrir comment nous avons abordé toutes ces techniques de réalisation. Nous leur racontons par exemple que, le jour où nous avons décidé d’être scénaristes du film, nous avons filé dans une librairie et acheté trois livres, du genre "Ecrire un scénario en dix leçons" ! Nous les avons épluchés et trois jours plus tard, en suivant scrupuleusement leurs conseils, le film était bâti (3 actes et 14 séquences !), les personnages définis, toute la trame dramatique élaborée, un an avant même d’entamer le tournage…
Notre expérience d’«auto-production» leur plaît bien aussi : il y a encore des moments où nous nous disons que nous avons été totalement fous de financer tout cela nous-mêmes !
Et puis nous partageons avec eux ce que nous avons appris en travaillant avec des professionnels : Thierry Masdéu pour la réalisation ou Bernard Arnauld pour le montage. Quant à Jean-Alexis Auffrey, il a droit à deux mentions : une pour le mixage-son et l’autre pour la merveille de musique qu’il a composée pour le film présentant notre Itinérance et qui introduit nos séances. Si, si ! Quasiment à chaque projection, on nous en félicite… Nous en profitons pour leur redire à tous trois un très grand merci. Evidemment, sans le travail réalisé avec eux, nous ne vivrions pas aujourd’hui notre cinéma itinérant…