retour a l'accueil

Pas de carnet de voyage "in vivo" en ce moment,
puisque nous sommes en France !

Mais vous pouvez retrouver ici l’intégrale des textes
que nous avons rédigés depuis mai 2004.

Des rencontres, des découvertes, du rire ou des larmes :
les émotions et les réflexions de notre vie de nomades…


mardi 30 novembre 2004

Coca bis

Depuis quelques jours, et pour la première fois depuis six mois que nous fréquentons les hauteurs de la cordillère, Babeth ressent quelques méfaits de l’altitude, devant chercher bien profondément sa respiration. Elle avait soigneusement conservé dans une poche ses feuilles de coca d’Oruro (!). Elle s’en fait une infusion qu’elle avale. Devinez ce qu’il advient ? Les méfaits de l’altitude ont disparu…

vendredi 26 novembre 2004

Six mois d’Itinérance

Six mois jour pour jour que nous avons posé le pied sur le continent sud-américain. Moment émouvant pour nous, que nous fêtons, hasard, par une projection à l’Alliance française. Le directeur, Bertrand Dufieux, personnage sympathique, a pris le poste depuis peu et les budgets étaient déjà bouclés pour cette fin d’année. Nous lui avons donc proposé d’organiser la projection sous forme de "Première à La Paz" (après la tournée en province), avec entrées gratuites sur invitation. Il a accepté l’idée et offre un pot en fin de soirée à la vingtaine de spectateurs présents.

mardi 23 novembre 2004

Retour à La Paz

Nous avons retrouvé avec plaisir La Paz, un nouvel appartement dans "notre" maison de Sopocachi et nos chères commerçantes ! Et surtout nous goûtons ces quelques jours de répit après les 4.000 km que nous venons de parcourir, en tout juste un mois…


Nous reprenons contact avec les services culturels de la municipalité de La Paz pour préparer les projections de notre film dans la capitale. Et nous comprenons le silence entretenu par eux ces dernières semaines : des six projections prévues, il n’en reste plus que deux au programme ! Ils nous disent que la période n’est guère favorable : les élections municipales ont lieu le 5 décembre. En clair, les services des quartiers de la ville (et le public !) ont d’autres chats à fouetter et les fonds municipaux sont gelés (tu m’étonnes !).
D’ailleurs, en circulant dans La Paz, tout comme c’était le cas déjà en province depuis quelques temps, nous croisons d’euphoriques défilés politiques. A chaque fois, des dizaines de voitures et centaines de supporters avancent au pas avec pancartes, affiches et hauts parleurs hurlant la chanson composée à la gloire du candidat ! (Les foules qui défilent se défoulent…)

samedi 20 novembre 2004

Nous goûtons la coca

Nous sommes revenus à Oruro en fin de matinée pour y projeter "Les héritiers de l’Amazonie" comme prévu à 15 h et 18 h. Nous n’avons pas les 200 spectateurs imaginés (!) mais tout de même 75. Et une ambiance très sympas pendant les échanges. Les étudiants en cinéma sont très excités par notre travail et nous bombardent de questions sur la réalisation du film. Le directeur de la chaîne locale de télévision est là aussi, séduit quant à lui par notre travail d’enquête et la reconstitution historique… Nous, on se régale !
Et en direct, Juan Carlos nous invite à être membre du jury du festival de vidéo qu’il organise dans un hôtel de la ville dans trois semaines. Le public applaudit chaleureusement l’idée. Evidemment, nous acceptons. A peine cinéastes, nous allons déjà nous retrouver jurés…!

Et puis, après un dîner de superbes grillades (bien arrosé de vin bolivien !), Juan Carlos veut nous faire vivre une "Velada", littéralement une "veillée". Il nous emmène dans un ancien hangar, trop grand (attendent-ils des foules ?), au centre duquel sont perdues, alignées, une centaine de chaises. Au fond trône la "Vierge de Socavón", statue naïve d’un mètre de haut. Les fidèles se réunissent ici chaque samedi durant les préliminaires du carnaval, implorent la bénédiction de la Patronne de la ville et mènent entre eux des discussions qui vont bon train.
Nous sommes chaleureusement accueillis, et une fois assis, chacun de nous reçoit une cigarette (!?), un "té con té" (infusion de feuilles de coca avec de l’eau-de-vie !) et… une poignée de feuilles de coca ! Le rituel de la mastication s’appelle la "Pijchada". Babeth y va de quelques feuilles qui ne lui feront guère d’effet. Après la semaine que nous venons de vivre, nous sommes crevés ce soir et Geo, quant à lui, se souvenant des récits de l’effet de la coca sur l’épuisement des mineurs, se lance… Il mâche méthodiquement tout ce qui lui a été remis, puis stocke la bouillie ainsi réalisée dans le creux de sa joue, comme il faut, pour faire durer l’action. De goût, ça n’est vraiment pas attrayant, mais comme par miracle, la fatigue disparaît et Babeth le trouve même en état de béatitude…
Nous devons partir demain matin tôt pour la Paz. Nous regagnons la maison de Juan Carlos et nous couchons une demi-heure après. Geo s’endort immédiatement et la nuit sera délicieuse, même pas troublée par l’installation du marché au pied de nos fenêtres.


Mystère de cette plante consommée par les indiens depuis des lustres et que les nord-américains veulent faire interdire, alors qu’elle n’est dangereuse que transformée chimiquement en cocaïne… Geo se jure de retenter l’expérience si elle se représente !!!

Fortune colossale et misère ancestrale

Sur les conseils pressants de Juan Carlos, nous prenons le temps d’aller visiter la fierté locale, le centre Simon Patiño, du nom de ce personnage déjà croisé à Cochabamba (takalireau22octobre). Tout le monde raconte son histoire comme un conte de fée. On vous en fait profiter : «Métis bolivien nain et difforme, Simon Patiño (1860 - 1947), fils d'un savetier, devient par hasard propriétaire d'une mine d'étain». Et quel hasard ! Commis chez un épicier, il avait accordé un crédit à un chercheur d'or. Incapable de rembourser, celui-ci lui offre, en échange de sa dette, la concession d'une mine. Son patron, furieux, vire le Simon en lui laissant "sa" mine pour solde de compte. Il n’y trouvera jamais d’or… mais de l’étain, d’une teneur exceptionnelle en minerai. 40 ans plus tard, il était surnommé "le Roi de l’étain", maître de près de la moitié de la production mondiale !
Le centre Simon Patiño est à Uncia, un village voisin. Nous y découvrons l’ancienne maison du magnat, retapée à grands frais tout comme quelques autres maisons de cadres et anciennes installations. Tout cela, aménagé entre autres en musée, se visite en horaires limités et il faut retourner demander la clef à la mairie. Nous nous en dispensons et restons songeurs devant ce "centre touristique" si loin de tout ! Le lieu nous laisse surtout un goût étrange… Il est entouré des anciens logements - ouvriers demeurés en l’état, dont quelques uns sont habités.


Les restes d’un théâtre cinéma, des installations sportives, tout ceci fleure bon le classique paternalisme : Simon Patiño, l’ancien pauvre, offrait les loisirs à ses mineurs, avec les miettes de la colossale fortune accumulée en les exploitant dans les conditions les plus terrifiantes. Mais il était bolivien et sa "réussite" en fait une gloire nationale, même si la Fondation culturelle qui porte son nom a son siège en Suisse, gérée par des descendants (qui vivent eux aussi là-bas). Et les descendants des mineurs, aujourd’hui, raclent dans les mêmes conditions que leurs ancêtres les miettes de l’incroyable fromage, tandis que sont organisées des visites de ce lieu dont ils semblent si fiers… Enfin, après tout, si cela ramène dans le village quelques dollars de touristes…

Et puis Juan Carlos nous en remet une couche ! Il veut à tout prix nous faire visiter l’une des mines de Siglo XX. Nous, pas du tout. Nous avons tous deux le même point de vue là-dessus : ce genre de "balade touristique" nous paraît relever d’un voyeurisme manquant franchement de respect. Mais comment résister à Juan Carlos ? Et nous voilà garés devant l’entrée de la mine…
Nous regardons tout cela avec un mélange de gêne et de révolte. Car nous trouvons bien ce que nous craignions : un musée vivant de la misère humaine… Comment tout ceci peut-il encore exister ? Au milieu des chariots, des rails et de quelques baraquements, les mineurs s’engouffrent dans un dédale de kilomètres de galeries qui perforent le relief. Ils disparaissent progressivement dans la pénombre pour huit heures de travail, casqués et équipés de leur sac à dos, d’une lampe torche et d’une réserve de feuilles de coca… comme leurs ancêtres, pour rendre le froid et la fatigue plus supportables. Et pour quel revenu… Inutile de vous raconter leurs têtes, contemplant au passage notre Patrol décoré cinéma !


Et soudain, Juan Carlos nous laisse sans voix… Il sort son appareil photo et tente d’arrêter un premier groupe qui l’envoie bouler. Mais le deuxième accepte et nous nous retrouvons posés au milieu d’eux pour un cliché souvenir. Tiens, au point où l’on en est, nous vous montrons ce moment exceptionnel ! Si vous trouvez que nous avons l’air coincés, c’est normal, c’est que nous sommes vraiment coincés…


Pendant la descente de l’Amazone, nous disions en riant que nous étions rentrés dans un album de Tintin. Cette fois, nous sommes rentrés dans un bouquin de Zola…

vendredi 19 novembre 2004

L’université du 20ème siècle

Siglo XX reste, encore plus que ces voisines, une commune indépendante, fière de son passé de labeur et de ses luttes pour un sort meilleur. L’université qui porte ce nom est leur université, "l’université pour les pauvres". Les cours sont organisés pour qu’ils puissent y assister après une nuit ou une journée de travail. La faculté, ce sont huit à dix bâtiments abritant chacun 3 salles de cours plus ou moins délabrées par le temps, avec pour seul mobilier une vingtaine de chaises-écritoire. Mais les "étudiants" sont enthousiastes, espérant trouver ici le tremplin vers une vie meilleure.

C’est dans une des salles de cours que nous projetons ce vendredi deux fois "Les héritiers de l’Amazonie"… Pour la première, il fait encore jour. Qu’à cela ne tienne, les vitres sont recouvertes de quelques banderoles de la récente campagne électorale pour l’élection des représentants des étudiants au conseil d’administration. Des chaises supplémentaires sont installées à la va-vite et nous accueillons une quarantaine de spectateurs. Viennent-ils de la mine ou s’y rendront-ils juste après ? Nous n’en repérons que deux ou trois dont la tête dandine, glissant par instants doucement dans le sommeil. Nous étions prévenus et ne sommes pas mortifiés dans notre fierté d’auteurs, d’autant que la discussion qui s’ensuit est passionnée, consacrée à la colonisation, bien sûr, mais aussi à la réalisation et à la production du film. Les spectateurs sont dans leur majorité des étudiants en audiovisuel. Et nous avons droit à la remise d’un diplôme attestant de notre intervention ici.


jeudi 18 novembre 2004

Llallagua, les cités minières

Et nous ne sommes pas au bout de nos ahurissements. Ce matin, nous filons tous les trois à Llallagua…


Une heure et demie de piste nous emmène dans ce lieu perdu, semble-t-il oublié de tous, en particulier des gouvernants du pays. Trois ou quatre villages de mineurs sont groupés là, et Llallagua est le plus important d’entre eux.


Un crochet rapide par l’hôtel Santa Rosa permet à Juan Carlos de nous trouver un lit gratuit pour deux nuits, en échange d’un peu de pub. Et il nous conduit à l’université "Siglo XX" où il enseigne ici aussi le cinéma. Nous y rencontrons le directeur qui nous offre une salle pour les projections.
En sortant du bureau, nous sommes attendus par la chaîne de télévision locale : l’interview, réalisée dans la cour de l’université, sera diffusée le jour même et le lendemain… Et encore des affiches, et encore une interview radio ! d’ailleurs particulièrement longue, évidemment centrée sur la colonisation. Mais pas de presse écrite, il n’y a qu’un hebdomadaire ici.
En marchant dans la ville, Juan Carlos nous arrête soudain à un coin de rue. «A partir d’ici, nous dit-il en montrant un changement dans les pavés, c’est Siglo XX.» "Le 20ème siècle" ! Qui a bien pu donner un nom pareil à cet endroit, sans doute au début du siècle dernier ? Les mineurs étaient logés là, et aujourd’hui, il reste toujours les mêmes baraquements plus ou moins bien entretenus et où vivent toujours les descendants, toujours mineurs. Nous en croisons bon nombre qui quittent ou rejoignent les galeries proches… Ça n’est industriellement plus rentable, alors ils en retirent à la main des kilos de roches, dont ils vont extraire les dernières poussières d’étain en balançant inlassablement dessus de massives et ancestrales bascules…


Comme leurs pères, ils ont commencé à descendre dans les tréfonds de la terre vers 13 ou 14 ans et la plupart n’atteindront pas la cinquantaine.

mercredi 17 novembre 2004

Oruro, patrimoine de l’humanité

Habitée par 200.000 âmes à 3.700 m d’altitude, la ville était un noyau majeur à l’apogée de l’activité minière du pays (argent et métaux précieux). Elle comptait déjà 75.000 habitants au 17ème siècle, 2ème plus grande ville des Amériques. A part sa place d’Armes et son centre où persistent quelques restes coloniaux mal entretenus, autant le dire, la ville ne présente guère d’intérêt esthétique. Mais par contre, elle est considérée comme la "capitale folklorique" de la Bolivie. Ses très riches traditions, et surtout son carnaval, lui ont valu d’être déclarée par l'Unesco "Patrimoine Culturel Intangible de l'Humanité".

Hier, nous avons rencontré Juan Carlos, professeur de cinéma à "l’Universidad Técnica de Oruro". Tout de suite, il se démène pour organiser nos projections. Mais ni la municipalité, ni la région ne semblent décidées à bouger. Il propose de nous héberger et d’organiser deux projections le samedi suivant dans son université ici, et deux autres la veille dans celle de Llallagua, une cité minière voisine que nous avons très envie de découvrir. Nous acceptons, bien sûr, et débutent alors cinq jours de pure folie :
- des affiches et des tracts : nous les avons sur l’ordinateur, ajoutons dessus les lieux et dates de projection et en imprimons un exemplaire qu’il ne reste plus qu’à faire photocopier à la boutique du coin ;
- la promotion : il nous emmène voir le directeur d’une chaîne de télé et celui-ci accepte d’assurer la diffusion d’un clip "bande-annonce", puis nous enchaînons une interview au journal local et deux radios (au cours d’une des émissions, la musique de fond est la bande-son d’Indiana Jones !). Nous allons même nous offrir cinq minis conférences dans des salles de cours pour inviter les étudiants à venir voir le film. A en juger par la chaleur de l’accueil, nous devrions avoir 200 spectateurs…
- la réalisation du clip avec Juan Carlos et quelques uns de ses étudiants, sur le banc de montage de l’Université avec extraits tirés d’une copie VHS de notre film (ils n’utilisent pas encore le numérique) et deux voix off, celle de Geo pour présenter le film et celle d’un étudiant pour annoncer les dates et heures de projections : 4 heures de travail pour ce clip de 1’30 !


Et Juan Carlos profite des repas pour nous faire goûter les spécialités locales. Mention spéciale pour le "Charquekan" : servie sur du mote (grains de maïs cuits), des pommes de terre et des œufs durs, c’est de la viande de lama, effilée et déshydratée, à laquelle une sauce, dont nous ignorons tout, redonne vie… C’est absolument délicieux ! Et tout au long de ces jours, notre "guide" nous raconte les légendes, traditions et histoires de la région. Personnage lunaire (plein d’humour, tout à coup passionné, l’instant d’après totalement absent, dans quelle pensée ?), il est intarissable, en particulier sur le carnaval qui attire chaque année, nous dit-il, des centaines de milliers de personnes. Il nous en a même offert une photo à mettre sur le site… La voilà !


D’origine païenne et aujourd’hui de forte influence chrétienne, il s’y joue une fusion de rites sacrificiels ou d’adoration à "Tío de la mina" (l’oncle de la mine, le dieu des profondeurs propriétaire des richesses minérales et vénéré par les mineurs) ou à la Vierge de "Socavón", la patronne d’Oruro. Chaque troupe développe son thème : celui de la colonisation espagnole et de la chute de l’empire Inca, ou des satires des bals de la cour royale rappelant au passage la condition des esclaves noirs…
Ce matin, nous croisons dans la ville quelques groupes de danseurs répétant pour le carnaval. Les festivités débutent ici le 1er novembre pour se prolonger jusqu’en février ou mars. Avec ferveur, les habitants vivent cette fête baptisée sur les publicités de la ville «la plus grande et fascinante expression folklorique d’Amérique» !

lundi 15 novembre 2004

Une piste folle

Nous parcourrons la route la plus pourrie que nous ayons trouvé depuis longtemps : une bonne tôle ondulée sur laquelle il est fou de rouler à moins de 80 km/h, mais dont surgit soudain, au détour d’un virage ou caché par un monticule, quelques gigantesques trous cassants, une rivière ou un virage en angle serré. Comme toujours, nous nous relayons au volant et, cette fois, nous nous ferons une très grosse frayeur chacun notre tour. Mais apparemment, nous commençons à bien maîtriser la conduite sur piste… et surtout le Chano continue de parfaitement répondre…


Du coup, nous avons du mal à profiter du paysage ! (Mais comment font-ils pendant le Paris-Dakar ?). Pourtant, le décor de pampa de cette partie de l’Altiplano est somptueux : se déploie à l’infini une terre brûlée où le regard ne croise aucune culture, aucun arbre. Quelques oasis donnent vie à ce tableau qui présente alors toutes les variations de vert, marron ou ocre. Les villages se confondent avec le paysage. L’habitat y est construit en briques de terre séchée, les toitures faites de tuiles ou de chaume… Devant les maisons délabrées, assis à même le sol, l’on discute tandis que des enfants jouent au cerceau avec de vielles roues.
Km 190 : nous arrivons à Huari. Depuis Uyuni, nous avons croisé deux camions (dont un citerne, il devait aller livrer les deux pompes de là-bas !) et une jeep, nous n’avons doublé personne et été doublés par personne… Ah si ! nous avons aussi rencontré un tracteur isolé qui travaillait la route. Nous n’avons pas pu distinguer s’il ajoutait des cailloux ou s’il en retirait, mais apparemment, il en déplaçait. Le gars qui nous avait prévenu hier que la route était "accidentée" pendant les 20 premiers km n’a jamais dû aller au delà. Quant à celui qui a eu l’idée de placer deux "gendarmes couchés" au travers de la piste, en plein milieu de rien, il court toujours ?


dimanche 14 novembre 2004

Une journée qui ne manque pas de sel

En ce dimanche, nous allons visiter ce décor impressionnant qu’il est vivement déconseillé de pénétrer seul, les histoires de touristes qui s’y sont perdus ne sont pas rares… Nous nous y rendrons avec José, un guide dont nous avons eu les coordonnées par Eric, un français qui a monté voici quelques années "Terra Andina", son agence de tourisme à La Paz. Tiens, on vous file leur adresse www.terra-andina.com. Si vous venez en Bolivie, adressez-vous à eux, ils connaissent à fond les trésors du pays et sont en plus très sympas.

Quant au Salar, nous attendions impatiemment de le découvrir et ne sommes pas déçus ! José nous raconte que, voici quelques millions d’années (approximativement !), la cordillère des Andes, en surgissant, a "enfermé" une mer intérieure sur des centaines de Km2 ! Et depuis, elle continue de générer une couche de sel sur sa surface, comme un marais salant. A la différence près, qu’ici, la couche fait plusieurs dizaines de mètres d’épaisseur et que vous roulez dessus ! Pour n’en visiter qu’une partie, nous parcourons plus de 300 km dans la journée… Quel endroit ! Le Salar se présente comme un désert de sel entouré de montagnes, dont le Tunupa, volcan au sommet enneigé. Quelques hameaux sont posés en bordure : une dizaine de maisons rudimentaires seulement animées par un berger et son troupeau de lamas ou quelques flamants roses. Le rayonnement du soleil se reflète sur la surface blanche qui transpire. Le paysage moiré paraît spectral (on ne vous avait pas dit qu’on a emporté un dictionnaire français ?). Ici ou là, on trouve une île, promontoire sec planté de cactus, qui de loin semblait flotter à la surface. C’est sur l’une d’entre elles que nous avalons un sandwich, subjugués par le spectacle qui nous entoure, un des plus impressionnants depuis notre départ.


En rentrant le soir à Uyuni, nous découvrons un cimetière de locomotives et wagons, des dizaines rangés là en plein air. La plus ancienne machine doit bien remonter au début du siècle dernier ! Et tout cela paraît à l’abandon.

Nous devons partir tôt demain et sommes un peu à court d’essence, d’autant que personne ne sait nous dire si la prochaine pompe sera à 200 ou 300 km. La formalité du plein se transforme en quête de l’or noir ! Les deux pompes de la bourgade n’ont plus de diesel. Alors José nous en vend un jerrican de 20 litres (provenance : Chili) et nous dégotte 20 autres litres chez une habitante qui en stocke dans la cour de sa maison (du bolivien, celui-là). Nous en apprécions la différence de couleur et sans doute de qualité. Le Patrol va jouer les shakers demain jusqu’à la prochaine pompe…

samedi 13 novembre 2004

vers Uyuni

Nous voici sur une nouvelle piste splendide, qui traverse la cordillère de Chicas, les cerros colorados, ces montagnes aux tons variés. Nous avançons dans une vallée gigantesque, roulant à bon train sur du sable et des pierres, parmi des arbustes épineux et des cactus, entre rochers et oasis, territoire des lamas et des vigognes…


Soudain, nous apercevons, des bras qui s’agitent sur le bord de la piste. Ils sont là depuis un moment, à côté de leur camion. espérant le passage d’un véhicule. Les routiers ici se déplacent souvent en famille, avec femme et enfants. Celui-là avec frères et neveux. Ils sont en panne d’huile, les garages plutôt rares dans le coin (!) et, nous disent-ils, les attaques la nuit plutôt fréquentes ! Alors, nous embarquons le plus jeune d’entre eux, muni d’un jerrycan vide, jusqu’à notre destination à une heure de route. Pendant le trajet, Camillo raconte fièrement aux "gringos" sa vie d’adolescent : des allers-retours infinis depuis le village familial (Yacuiba, à la frontière argentine) jusqu’à La Paz, 1.300 km plus au nord. Il sera routier, comme son grand frère…

Et nous voilà à Uyuni, surpris par l’ambiance de ce petit bourg, isolé et froid, posé à 3.700 m sur un plateau aride. Il est constitué de quelques larges rues balayées par les vents, de maisons et bâtisses couvertes de poussière de sable et sans charme particulier, sinon son vieux cinéma à la façade typique des années 50, apparemment à l’abandon. Nous découvrons Uyuni quasi désert en ce milieu d’après-midi.


Une ligne aérienne relie pourtant Uyuni à La Paz, et des lignes de chemin de fer transitent ici vers le Chili et l’Argentine. D’ailleurs, les rues s’animent le soir. Elles sont fréquentées par les touristes avant ou après leurs expéditions : des profils plutôt routards, car il faut une certaine dose d’énergie pour arriver jusqu’ici. C’est en fait l’escale obligée de tous ceux qui veulent visiter quelques très belles lagunas plus au sud et surtout le "Salar", le phare du tourisme bolivien.

Projection à la Monedad

Sur la place principale, au fronton d’une grande et vieille église, une banderole annonce "cafe Museo Belén". Nous en poussons la porte par curiosité et découvrons une étonnante architecture : dans le chœur, des fresques et sculptures entourent une salle de spectacle, construite en amphithéâtre. Et dessous, se niche un petit café restaurant.
C’est là que nous faisons la connaissance des gérants du lieu, Coca et Arturo, un couple de descendants de colons européens. Leurs deux arbres généalogiques comptent des italiens, des français, des anglais, des espagnols et des portugais…
Après quelques échanges, ils nous invitent à dîner pour goûter les pâtes "al dente" de Coca (tour de main hérité des ancêtres italiens !). Ils sont aussi viticulteurs et produisent un vin délicieux (héritage anglais cette fois…), le "Leyton" qu’ils nous font goûter. Si vous passez par là, offrez-vous en un verre (ou plusieurs), c’est un petit bonheur…

Ils auraient aimé organiser une projection des héritiers de l'Amazonie, mais hélas, leur programmation est déjà bouclée et nous-mêmes sommes attendus à la Casa de Monedad. C’est là que nous vivons l’une des projections les plus agitées de notre voyage ! Dans une salle décorée de peintures religieuses (ancienne chapelle ?), nous voyons défiler quelques dizaines de personnes, passant par là en attendant la prochaine visite guidée de la Casa. Mais nous réussissons tout de même à fixer une quinzaine de spectateurs.
S’en suit une discussion bouleversante, à laquelle participent entre autres Coca et Arturo, dont certains des ancêtres exploitaient la mine. Une jeune indienne nous dit avec grande émotion toute l’humanité qu’elle a ressentie à la vue de notre film et en particulier de la relation de Julien Fabre avec les indiens Shuars, dont il venait occuper le territoire. Elle est elle-même descendante d’indigènes victimes de l’exploitation des gisements de Potosí. Dans un premier temps, Coca, Arturo et elle se regardent étrangement, puis conversent et conviennent que bien qu’héritiers de destins antagoniques, ils partagent cette histoire qui leur est commune.
Dans ce pays, la colonisation n’en finit pas d’être un thème central des discussions qui suivent nos projections. Et nous avons envie que ce soit toujours avec ce même respect…

jeudi 11 novembre 2004

Potosí, le coffre-fort pillé

Nous prenons un vrai plaisir à contempler le décor sur une route asphaltée bien confortable.


Deux heures plus tard, nous voilà à Potosí qui s’annonce la ville la plus haute du monde : 150.000 habitants à 4.070 m d’altitude. Et nous en avons une première belle impression dans ses ruelles coloniales où le Chano a du mal à se frayer un chemin.
Potosí est au pied du "Cerro Rico", le "Mont riche", un véritable coffre-fort ! Il recelait une extraordinaire mine d’argent qui a inondé la ville et enrichi l’Europe pendant plus de deux cents ans. Au milieu du 16ème siècle, Potosí aurait été la cité la plus riche du monde… au prix de la vie de milliers d’indiens morts d’épuisement. Il n’en reste rien, sinon une ville aujourd’hui pauvre, une montagne gruyère et des édifices de l’époque coloniale, dont une très belle "Casa Real de la Moneda", construite par les espagnols. Elle se visite et révèle, entre autres, ses vieilles machineries en bois avec lesquelles était frappée la monnaie : de gigantesques engrenages tractés par des chevaux, des chaînes et entraves pour maintenir les esclaves noirs, frappés eux aussi…

mercredi 10 novembre 2004

Sucre "la ciudad blanca", capitale constitutionnelle

Nous voilà à Sucre, capitale inscrite dans la Constitution de la Bolivie ; le gouvernement siège à La Paz, considérée comme la capitale administrative. La ville compte un peu plus de 200.000 habitants, installée à 2.800 m d’altitude dans une paisible vallée au climat tempéré.
Et autant le dire de suite, c’est notre ville préférée, bien que pas très riche (la mendicité y est fréquente, sans doute encouragée par la présence de touristes). Elle a été fondée au milieu du 16ème siècle par les espagnols et reste surnommée la ville blanche, en raison de la couleur de ses édifices coloniaux. Un ensemble très séduisant d’églises, de belles places, de bâtisses et maisons avec balcons, patios et fontaines lui a donné droit au titre de patrimoine culturel de l’humanité en 1991.


En plus, la ville est très hospitalière et nous sommes d’ailleurs invités par Carmen y Lourdes dans leur hôtel Colonial.
Nous projetons "Les héritiers de l’Amazonie" dans la salle toute neuve de la Bibliothèque Nationale, propriété de la Fondation du Banco Central bolivien, une première pour eux. En quatre jours, nous réalisons 10 interviews. Une autre ambiance qu’à Santa Cruz : du temps d’échange, de la belle musique, de l’humour… Nous retrouvons le même intérêt avec la quarantaine de spectateurs venus découvrir cette histoire qui les amuse et les étonne : une très belle soirée !
Et nous quittons Sucre en ayant gagné un ami, Joaquín Loaiza, sous directeur du lieu, musicien érudit, qui nous a appris mille choses sur son pays et en particulier sa musique traditionnelle…

jeudi 4 novembre 2004

Take the long way home

Après deux heures de bitume, nous arrivons à un péage (on ne vous l’avait pas encore dit, mais il y en a plein le pays, pour financer la route récemment asphaltée… ou plus souvent la piste à asphalter !). Là, un fléchage nous propose une autre option sur le trajet. Le policier présent nous confirme que, par ce "raccourci" (qui nous paraît plutôt un détour sur la carte), nous allons gagner 100 km et 2 heures de trajet (?). Nous décidons tout de même de suivre son conseil…
Merci monsieur l’agent, nous ne saurons jamais ce que nous avons manqué, mais vous nous avez offert un parcours absolument splendide : 5 heures d’une piste de sable et cailloux très confortable, dans un décor à couper le souffle : longeant une rivière aux rives cultivées, au pied de montagnes pelées, nous roulons dans un nuage de poussière au son de Supertramp.
L’harmonica raisonne encore dans la vallée… Inoubliable !

mercredi 3 novembre 2004

Stars des médias

La première projection du 28 octobre avait été annulée faute de temps pour la promotion, après remboursement de l’unique spectateur venu !

En attendant les deux autres, nous avons donc imprimé tracts et affiches avec la Fundav et multiplions les interviews pour remplir les salles (nous devons être payés avec la billetterie). Et en quatre jours, nous avons droit à 2 journaux, 5 radios et 3 télés : on s’arrache les sympathiques aventuriers cinéastes français ! Sur une chaîne de télé, nous passons dans une émission du matin intitulée "Elle et Lui" : un couple d’animateurs nous reçoit quatre minutes entre une recette de cuisine et une candidate Miss Carnaval qui a droit, elle, à 12 minutes, dont un final dansant en maillot deux pièces. Pour l’audience, nous ne pouvons pas lutter !

La seconde projection a compté une quinzaine de spectateurs… Mais cela dit, ce fut un vrai plaisir ! L’un des acteurs de cinéma fétiche du pays a créé, il y a quelques années, une salle de théâtre, "La Divina Comedia" (on vous traduit pas). Le maître est dans la salle et à l’issu, une belle discussion s’ensuit sur le destin de l’ancêtre, bien sûr, mais surtout sur la "folie" de notre cinéma itinérant comme de celle de vouloir faire du théâtre ou du cinéma à Santa Cruz. Au cours de notre séjour, la plus vieille salle de la ville a fermé ses portes avec 30 spectateurs pour sa dernière séance…

Mais notre promotion a fini par payer : dans le "Paraninfo Universitario" (ancien cinéma de 200 places en plein cœur de la ville, confié aux étudiants), nous réunissons ce soir 70 personnes, sous les yeux étonnés des organisateurs qui semblent ne pas avoir vu autant de monde depuis longtemps. Et là encore, la discussion qui s’ensuit est un régal. "Les héritiers de l’Amazonie" continue de bien plaire…

Si vous multipliez notre public par 10 pesos boliviens (1 €) l’entrée (dont une entrée pour deux étudiants), vous imaginez notre bonheur d’avoir touché 200 US $ d’Air France Bolivie et trois nuits d’invitation de l’Excelsior, hôtel très sympa du centre ville. Nous les avons remerciés en incluant leurs logos dans notre clip écran publicitaire de début de projections.

mardi 2 novembre 2004

Réélection de George W. Bush

Tiens, un petit mot là-dessus, car nous nous tenons informés de la vie du monde, tout de même ! Faut dire qu’un événement comme ça ne passe pas inaperçu, en particulier par ici. On sait que l’Amérique du Sud est une des chasses gardées des yankees (si tant est qu’il y ait des endroits dans le monde qu’ils ne considèrent pas comme leur chasse gardée). Ils ont cessé d’y imposer leurs dictateurs, mais à la place, ils y imposent leurs films, leurs télés, leurs entreprises, leurs intérêts, leur monnaie carrément comme en Equateur, leur mode de vie, etc. (On ne va pas parler de leur cuisine, parce que sur ce sujet, les européens ne sont pas en reste. Sur la planète, il doit bien y avoir davantage de pizzerias que de fast-food à hamburgers, plus de bière que de coca… et pas une ville dans le monde sans au moins un restaurant estampillé "français"…).
Bon, en plus, nous dînons dans un petit restaurant cubain quand la nouvelle s’avère irrémédiable : les patrons, avec lesquels nous avons sympathisé et qui ont accueilli une affiche de notre film sur les murs de leur restau, viennent nous l’annoncer l’air dépité. «Bush réélu !». C’est manifestement vécu comme une catastrophe par la majorité des gens. C’est pas que nous soyons des "artistes engagés" (ça se saurait !), mais, après six mois sur ce continent et au vu de ce qu’y font les nord-américains, nous comprenons…

Après ces quelques lignes, nous allons devoir éviter de passer par chez eux l’année prochaine. De toute façon, nous n’avions déjà guère de chance de pouvoir séjourner par là : 1/ nous ne croyons pas en Dieu - 2/ nous fumons - 3/ nous sommes de nationalité française - et en plus nous arriverons de Cuba !

lundi 1 novembre 2004

Week-end à Samaipata

Lorena Suggier nous a interviewé vendredi dernier dans son émission de télévision : une demi-heure de petit-déjeuner en direct ! (Nous n’avons pas trempé notre croissant dans le café). A l’issu, nous continuons la discussion. Par ailleurs comédienne, elle a aussi une petite pension à Samaipata, bourgade à une centaine de kilomètres de Santa Cruz. Sous le charme de notre Itinérance, elle nous invite à y passer trois jours et appelle sur le champ Vladimir, un de ses amis guide et animateur pour qu’il nous organise une projection ! Nous y avons filé samedi.
La route est sinueuse et demande un peu de prudence : des animaux s’y promènent, des trous dans le bitume aussi, quelques boliviens y conduisent comme des allumés, tandis que des familles s’y baladent le nez en l’air pour aller se baigner dans une des rivières du coin.
Par contre, Samaipata est paisible. "El fuerte", vestige d’une forteresse inca toute proche, lui attire quelques touristes. Des allemands ont repéré le coin et y ont ouvert une poignée d’auberges. Des dizaines de babas-cool (de passage ?) y vendent les bijoux de leur fabrication sur la place principale. On y trouve même un centre culturel et touristique.
Nous consacrons une partie de notre dimanche à imprimer et coller des affiches dans le village. Et nouveauté dans notre publicité : Vladimir a l’idée de promouvoir la projection via les élèves. Le lundi matin, nous voilà donc dans le lycée, accompagné de la directrice, pour annoncer notre film de classe en classe…
Le soir, dans le centre culturel diocésain, ils seront 25, mais pas un seul baba-cool.