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Pas de carnet de voyage "in vivo" en ce moment,
puisque nous sommes en France !

Mais vous pouvez retrouver ici l’intégrale des textes
que nous avons rédigés depuis mai 2004.

Des rencontres, des découvertes, du rire ou des larmes :
les émotions et les réflexions de notre vie de nomades…


vendredi 24 décembre 2004

Noël au balcon

Il fait 32° et nous sommes sur la terrasse de l’appartement de Raquel.
Depuis quelques temps, ce décalage avec notre Noël européen nous fait sourire. Le Père Noël croisé dans une rue piétonne accompagné de son lama (pardon, nous n’avions pas l’appareil photo avec nous) ou un sapin enguirlandé autour d’un palmier sur une place de village, ça chatouille l’exotisme !


Bon, on vous laisse : avant le barbecue prévu pour le réveillon de ce soir, nous allons piquer une tête dans la piscine…

mercredi 22 décembre 2004

Mais pourquoi en sont-ils fiers ?

Cela fait plusieurs fois que des chiliens nous poussent à aller découvrir Viña del Mar. La commune, limitrophe de Valparaíso, est l’un des repaires des santiaguinos qui y ont un appartement pour les week-ends et les vacances. D’ailleurs, elles approchent, car en hémisphère sud, les congés d’été sont en janvier et février.
Avant la fermeture annuelle de son établissement, nous avons un entretien avec le directeur du lycée français de Viña. Comme son collègue du lycée de Santiago rencontré hier, il est intéressé par une projection pour ses élèves. Rendez-vous fin février.
Et nous prenons le temps de découvrir Viña. Peu de temps ! Car, autant le dire tout de go, nous n’y avons trouvé aucun intérêt… Cette ville, qui se comporte en lieu huppé et branché du tourisme chilien, est en fait un pataquès, certes bien propre, de tours et immeubles construits avec autant de discernement que sur une bonne partie de la Côte d’Azur ou de la Costa Brava (Et hop, on s’est fait des amis…). Tiens, on vous en offre une photo. Et on y a soigné la lumière !


Nous retournons dans la foulée, et avec quel bonheur, à Valparaíso pour y apprendre que le Consejo Nacional de la Cultura nous offre son soutien pour notre tournée. Nous goûtons à nouveau cette ville qui a été classée au Patrimoine de l’humanité par l’Unesco… Nous avons même eu droit à un défilé de carnaval…
Tiens, "Paraíso", en espagnol, ça veut dire "Paradis". Et bien, c’est mérité !


mardi 21 décembre 2004

Comme des coqs en pâte

Depuis une semaine, nous avons pris nos quartiers à Algarrobo (70 km de Valparaiso, 100 km de Santiago). Carmen nous offre avec insistance toit et couvert pour le temps que l’on veut ! «Vous n’allez pas aller à l’hôtel, c’est beaucoup trop cher !» Que répondre…
Carmen est une amie de longue date de la famille de Babeth. Chilienne, elle travaille six mois par an en Californie et vit le reste du temps dans sa maison d’Algarrobo (parfaite gestion des saisons, l’été en haut, l’été en bas !) : la villa est située dans une urbanisation privée de cette station balnéaire, au milieu des bois, et surplombe toute la baie, grand ouverte sur cinq kilomètres…
Une chance, la vue surplombe suffisamment pour dominer la barrière de béton de deux cents mètres de long sur 15 étages, déféquée là depuis peu et ornée de quatre pyramides aussi hautes (une cinquième est en construction). A faire pâlir de jalousie les promoteurs de la Grande Motte ! Se prépare en plus ici la plus longue piscine du monde (1 km de long, nous dit-on, à même la plage)… Si l’Europe est le "Vieux continent", manifestement, l’expérience des vieux ne sert toujours pas aux jeunes…
Mais nous ne boudons pas notre plaisir : ces constructions ne sont pas visibles depuis le jacuzzi installé sur la terrasse… Cela nous a fait comme un choc de nous retrouver ainsi, après ces mois de bourlingue ! Vicissitudes de la vie d’aventuriers…


D’autant que Carmen, et toute sa famille nous accueillent comme des princes. Nous serons invités chez une de ses soeurs pour le Réveillon de Noël en famille… Et quand nous devons nous rendre à Santiago, c’est dans l’appartement de la maman, Raquel, que nous logeons !

Nous aurions pu titrer ce paragraphe : "Un peu de douceur dans ce monde de brutes !". Car le premier contact avec la capitale nous prend à la gorge ! La ville convulse d’activité, notamment dans le cœur commerçant, à quelques jours de Noël. Et puis la circulation !!! Nous nous croyions vaccinés après Quito, Lima et surtout La Paz, mais là, cela dépasse tout entendement. Ici aussi, les bus appartiennent à des compagnies privés, (mais pas des mini bus comme à La Paz), des gros, des vrais ! Et ils tentent donc de s’arracher les clients en se doublant à plus de 80 à l’heure, en pleine ville, sans respecter leur couloir. C’est simple : cette fois, Babeth renonce totalement à la conduite en ville et c’est Geo qui s’y colle.
Nous mettons à profit tous ces derniers jours avant les fêtes pour multiplier les rencontres. En particulier, nous obtenons le soutien du service culturel de l’Ambassade de France qui diffuse notre projet dans tout le réseau des Instituts franco-chiliens.
Nous ferons du tourisme dans Santiago plus tard, quand nous aurons le temps de déambuler en laissant le Patrol dans un parking…!

jeudi 16 décembre 2004

Hardi, les gars, vire au guindeau !

Jamais oublié ce chant marin, poussé à tue-tête aux coins des feux de camp de notre jeunesse, alors que s’éveillaient nos premiers désirs de bout du monde. Nous allons à Valparaíso, Goodbye Farewell, nous allons à Valparaíso ce matin même…
C’est ici que se trouve le siège du Conseil national de la culture et des arts chilien, quelque chose comme un Secrétariat d’Etat à la culture. Nous y avons rendez-vous pour obtenir le soutien de cet organisme.
Mais l’émotion est surtout grande à la découverte de ce port mythique des voyageurs. Et nous tombons immédiatement sous le charme : les collines sont là, les ascenseurs funiculaires aussi, les maisons en bois également. Des ruelles aux pentes excessives, des places tranquilles, des cafés et leurs terrasses, l’activité portuaire, tout cela donne à la ville un style très attachant : le premier lieu, depuis sept mois que nous voguons, où nous pourrions avoir envie de nous amarrer…


L’entretien avec le Conseil national de la culture se passe au mieux et nous y laissons une copie du film. Rendez-vous est pris pour la semaine prochaine. Nous reviendrons donc à Valparaíso, «ha l'matelot et ho-hisse et ho !»…

mercredi 15 décembre 2004

Changement d’univers

Depuis Arica, en 4 jours, nous venons d’avaler 2.200 km en nous relayant au volant. Record homologué, hier : 940 km dans la journée ! Tout ça pour être dans la région de Santiago et y prendre nos premiers contacts avant les fêtes de fin d’année.
C’est que le Chili a une géographie un peu particulière. Jetez un œil sur une carte : du nord au sud, plus de 4.000 km (sans compter ses territoires antarctiques), et d’est en ouest, en moyenne 150 ; ça dépasse rarement les 200 km ! Comme un long couloir coincé entre la cordillère à l’est et le Pacifique à l’ouest. (Philippe Geluck faisait dire à son chat : pour traverser le Chili du nord au sud… on prend le train. Et selon qu’on veut le traverser d’est en ouest ou d’ouest en est… on descend voie 1 ou voie 2)
Et tout le nord du pays que nous venons de franchir n’est qu’un interminable désert, entrecoupé parfois de vallées accidentées. Tout à coup, vous traversez sur dix kilomètres une forêt de tamarugos, en plein milieu, seule, perdue dans l’immensité du sable. (Vous vous demandez ce que sont les tamarugos ? Comme ce sont des arbres natifs, il n’y a de traductions nulle part. Un peu de mystère, ça ne fait pas de mal !). Par endroit, la route longe la plage, au pied d’une impressionnante montagne de sable qui semble vouloir vous dévaler dessus.


A des centaines de kilomètres les uns des autres, des ports de pêche ou des stations balnéaires ressemblent de plus en plus aux nôtres, avec leurs grandes avenues, des hôtels, des restaurants, tout cela bien propret. Et par moment, on a l’impression de longer les criques sauvages de la côte varoise…!
Car nous avons quand même eu le temps de les goûter, ces décors. Et avec quel plaisir, puisque nous retrouverons tout cela bientôt. Dans les deux principales villes-portuaires où nous nous sommes arrêtés, les Instituts franco-chiliens se sont déclarés intéressés par l’organisation de projection de notre film (même si les conditions financières nous ont un peu refroidis !). A la première, Antofagasta, nous ne reviendrons pas pour l’esthétique de la ville, plutôt tristounette. La Serena, par contre, a préservé ses anciennes maisons coloniales et semble plus agréable à vivre. Nous remonterons jusque là pour une tournée en fin de séjour au Chili. Et nous en profiterons surtout pour découvrir le désert d’Atacama, paraît-il le plus sec au monde.
Ah au fait, nous avons même franchi le Tropique du Capricorne. Bon, faut le savoir, parce qu’il est tracé d’un pointillé uniquement sur les cartes. Mais nous sommes des bourlingueurs avec boussoles et tout… (Nous tenions à signaler ce franchissement symbolique juste pour répondre à certains mauvais esprits qui glosaient sur le parcours de notre tour du monde presqu’exclusivement tropical. Eh bien non, nous sortons bel et bien de cette zone. Bon d’accord, pour nous aventurer si bas, nous avons visé l’été austral…).

samedi 11 décembre 2004

Nous avons quitté l’Amérique du Sud

Un ami bolivien, apprenant que nous partions vers le Chili, nous a dit voici quelques jours : «Ah ? Vous quittez l’Amérique du Sud ?». Ça n’était, semble-t-il, pas seulement une allusion aux différences de niveau de développement des deux pays - la Bolivie doit être le pays le plus pauvre du continent sud-américain et le Chili, le plus riche - mais aussi, et surtout (?), le premier est habité par 70% d’indigènes, le second n’en garderait plus que quelques poignées…
A 15h, nous arrivons à la frontière du Chili, par 5° et à plus de 4.000 m d’altitude, au pied du plus haut volcan de Bolivie, l’imposant El Sajama (6.520 m).


Les formalités prennent un temps minimum, sans fouille, et ne posent aucun problème. Les douaniers sont même très aimables, malgré leur très mauvaise réputation… (N’est-ce pas Philippe ? Tu n’as décidemment pas eu de chance avec les douanes, toi…!).

La route bolivienne jusqu’à la frontière était parfaite. Pendant 50 km, la chilienne est bien pourrie. Et puis elle devient asphaltée et très confortable. Tandis que nous descendons doucement vers la côte, le décor change du tout au tout. La région est accidentée et aride, les montagnes deviennent des collines de terres, puis de sable. Contrairement à la Bolivie, où dans les lieux mêmes les plus désertiques on trouvait toujours un berger ou quelques maisons, ici le pays paraît inhabité. Pendant 200 km, nous croisons quelques camions, une seule voiture, nous ne rencontrons quasiment personne ; à peine quelques baraques en ruines, un ou deux hameaux, une petite bourgade, trois restaurants pour routiers.
Et la lente descente se transforme en voyage au milieu des dunes. En contrebas, nous apercevons puis rejoignons la fertile vallée de Lluta, long ruban vert parsemé d’haciendas et enserré entre deux gigantesques montagnes de sable.


Trois heures que nous avons passé la frontière. Il est 19 h, il fait 20° (15 de plus que là haut !) et nous retrouvons l’humidité du bord de la mer. Un rond point : derrière nous, la Bolivie - à une poignée de kilomètres à droite, le Pérou - et à gauche, Arica. Cette ville est l’accès à l’océan que le Chili a conservé d’un conflit régional, la Guerre du Pacifique, en 1879. Et les tensions entre les trois pays sont toujours d’actualité : la Bolivie garde en travers de la gorge d’avoir perdu cet accès à la mer qui lui permettrait aujourd’hui, entre autres, d’exporter son gaz à moindre coût et surtout en restant plus indépendant.
Nous tournons donc à gauche, direction plein sud. Une belle 4 voies, agrémentée de palmiers sur son terre-plein central, longe la plage : des baigneurs, des coureurs avec casque musical… Nous entrons dans Arica, station balnéaire au centre très actif et commerçant : des rues piétonnes, des galeries. Si ça n’est pas le grand luxe, le niveau de vie est manifestement supérieur à celui de la Bolivie.
Le dépaysement en a pris un coup dans l’aile ! Le coin a quelque chose de l’Europe : peu de voitures américaines, mais surtout des japonaises (bien sûr), des françaises (en pagaille), voire des allemandes ; il y a même des italiennes, c’est dire). Pas de visage indien, un habitat sans grand exotisme fait de villas et de tours : nous avons effectivement quitté l’Amérique du Sud…!

Bolivia

Nous arrivons en Bolivie en plein conflits politiques et sociaux d’un pays qui se déchire. Mais les soutiens institutionnels à notre tournée s’annoncent unanimes, les interviews se multiplient et les projections confirment l’intérêt du public pour notre film. Dans des décors splendides, nous ressentons une grande affection pour la gentillesse de ce peuple. Même si nous commençons à percevoir les limites financières de notre projet, nous savons que nous avons trouvé la vie dont nous rêvions : nous étions partis "globe-trotters", nous devenons nomades…

En cliquant sur les dates de la colonne de gauche, vous trouverez la quarantaine de billets que nous avons rédigés durant les trois mois et demi de notre périple ici. Attention, ils sont archivés, pour chaque mois, en ordre inversement chronologique…

Si vous ne trouvez pas le temps de tout lire, nous vous recommandons particulièrement :
- "Chronique de notre vie quotidienne" (posté le 8 octobre)
- "Le petit commerce tue la grande distribution" (posté le 15 octobre)
- "Potosí, projection à la Moneda" (posté le 13 novembre)
- Oruro, Llallagua et l’Université du 20ème siècle (postés du 17 au 20 novembre) : une rencontre magnifique dans les cités minières
- "Populisme" (posté le 2 décembre)
- "Ville morte pour une démocratie vivante (posté le 5 décembre)

República de Bolivia
- Capitale : La Paz est le siège du gouvernement, considérée comme la capitale administrative. Sucre est la capitale constitutionnelle (et Santa Cruz de la Sierra est la plus grande ville du pays).
- Superficie : 1 100 000 km2 (plus de 2 fois la France)
- Population : environ 9 millions d’habitants
- Langues officielles : espagnol, aymara, quechua (à noter que la trentaine des autres langues amérindiennes parlées dans le pays sont reconnues)
- Monnaie : boliviano


(Source : Division Géographique de la Direction des Archives du Ministère des Affaires Etrangères)

Images, anecdotes et impressions furtives sur la Bolivie

Contrôle de police en pleine ville : le fonctionnaire regarde le document que nous lui remettons, le laissez-passer du Patrol délivré par la douane bolivienne. «Ah, malheureusement (l'incontournable "lamentablemente" !), avec ce papier, vous avez le droit de rentrer dans le pays et d’en sortir, mais pas d’y circuler…». Il a beau le répéter plusieurs fois, nous retenons nos fous rires et repartons quelques minutes plus tard sans lui avoir lâché le moindre peso…
Contrôle de police à un péage sur la route : le fonctionnaire nous réclame deux "bolivianos". En échange, on doit recevoir un ticket en bonne et due forme. Cette fois, il n’y a pas de ticket ! Geo tend la main et dit au policier : «Pas de ticket ? Pas de boliviano». Le policier, médusé, nous rend les deux pièces…
Nous n’aurons vécu que ces deux tentatives, plutôt cocasses : c’est hélas à un tout autre niveau que la corruption semble pourrir l’économie de la Bolivie. Sinon, comment expliquer tant de pauvreté dans ce pays doté, entre autres, de l’une des plus grandes réserves de gaz du monde ?

El Alto. La traversée de cette banlieue de La Paz est inévitable pour sortir de la ville : son artère principale, continuité de l’autoroute, est une très large avenue asphyxiée par les bus. Deux voies sur cinq leur sont normalement réservées, mais c’est sur les cinq files que ces minis et micros bus se taillent la bourre pour s’arracher les clients, sous les regards résignés des policiers présents à chaque carrefour. Leurs coups de sifflets impuissants se perdent dans les coups de klaxons et les cris : à la porte de chaque bus, un accompagnateur hurle destinations et tarifs. Les feux tricolores ne servent que de décor : changements sauvages de files, queues-de-poisson, tout est bon… Peu d’insultes entre chauffeurs toutefois, ils préfèrent jouer le mépris. Ils retrouveront la solidarité pour la prochaine grève…

Tiens, on a dit tellement de bien des Boliviens que l’on va en dire une fois du mal, en continuant à parler circulation. Un gros paquet d’entre eux, et pas seulement parmi les bus et les taxis, conduisent, autant le dire, comme de vrais chiens ! Sans doute veulent-ils compenser au volant leurs frustrations, leurs misères, leurs complexes. Sur le principe, le phénomène n’est pas une exclusivité de la Bolivie (!), mais ici, cela prend des proportions effrayantes. Et dans le mépris et l’agressivité, les femmes ne sont pas en reste. Nombres d’entre elles semblent penser que devenir les égales des hommes, c’est commencer par adopter leurs agissements les plus stupides. (Heu, cela non plus n’est peut-être pas une exclusivité bolivienne). Bref, piéton ou automobiliste, vous êtes en danger permanent ! Et pourtant, quasiment pas d’accidents ou d’accrochages en ville : il faut dire que ce genre de comportements collectifs a pour vertu de maintenir la vigilance !

Nous papotons avec une des commerçantes chez laquelle nous nous approvisionnons régulièrement, en particulier en beurre salé (Eh oui, il y a une bretonne parmi les membres de l’équipe !). Et l’épicière de nous dire avec un sourire : «Pour des Européens, vous n’avez pas peur du cholestérol ?» (Nous avons de drôles de réputations !). Nous plaisantons sur le sujet avec la dame et elle nous sort dans un éclat de rire : «Remarquez, mon docteur me fait des recommandations. Pourtant j’ai 76 ans et il cherche toujours mon cholestérol !». Ici, la vie se prend comme elle vient…

Les Boliviens sont globalement adorables, sensibles, incapables de faire de la peine… Résultat : ils sont infichus de dire non… et concrètement, vous trimballent des jours ou des semaines sans réponse… Fatigant, à la longue !

Les variations d'altitude et de climat ont été impressionnantes et fréquentes. Cela nous a parfois tiré franchement sur la couenne (comme dit Babeth). Pour compenser de formidables coups de pompe, c’est ici que nous aurons le plus épousé un morceau de la vie du pays, en l’occurrence la sieste… Et sans vergogne !

Bon, nous taquinons les Boliviens sur ces derniers paragraphes. Mais vous avez, nous l’espérons, ressenti au long de tout notre récit que la Bolivie restera une étape très forte de notre périple. Venez la découvrir. Ce pays est tellement attachant, ses paysages splendides, mais surtout son accueil magnifique. Et nous avons fait ici de très belles rencontres. Inoubliable !


Notre étape en Bolivie en quelques chiffres :
- projections : 16
- spectateurs : 396
- interviews : 37 ! (7 journaux, 18 radios et 12 télés)
- nos différentes adresses : 18
- parcourus : 4.988 km
- crevaison : toujours zéro !

Tiens, une anecdote qui n’a rien à voir avec la Bolivie, mais bon, cela s’est passé durant notre aller-retour en France, et nous ne résistons pas au plaisir de vous la raconter. Lors d’un des multiples contrôles, un douanier a découvert, au fond d’un de nos bagages à main, un coupe-ongles. Il en a sectionné la lime, qui devait bien mesurer 2 cm… Amis voyageurs, nous pouvons continuer à voler en toute quiétude, la sécurité est assurée de façon très stricte. Un petit détail supplémentaire toutefois : sur le vol qui a suivi (nous ne cafterons pas le nom de la compagnie) (européenne), les plateaux-repas nous ont été servis avec des fourchettes et couteaux en métal…

Sur le départ

C’est à 6h que nous regagnons la demeure familiale de Juan Carlos, croisant ses parents qui démarrent leur journée de travail. Nous partons plus tard que prévu pour le Chili !
Nous avalons un petit déjeuner vers 9h30 avec Juan Carlos qui a encore mille choses à nous raconter. Ce matin, ce sont ses multiples accidents de voitures… Impressionnant ! C’est sûr : il est protégé par la Vierge de Socavón…
A 10 heures, les abrazos d’adieux sont très émouvants. Sacré Juan Carlos ! Nous n’oublierons pas tous ces moments si fous partagés avec toi.


vendredi 10 décembre 2004

Nous voilà “producteurs français” !

Nous sommes de retour à Oruro. Arrivés à 16 heures, nous passons saluer Juan Carlos, surpris de le trouver avec quelques étudiants terminant le montage d’un documentaire qui doit être présenté ce soir ! Nous les laissons donc à leur travail et nous donnons rendez vous à 20h pour l’ouverture du festival Diablo de Oro (le diable d’Or…).
20h10 : nous pénétrons dans la grande salle, gênés de notre retard, pour constater que rien n’est prêt. C’est une fourmilière qui s’agite autour de l’installation de la vidéo, de l’éclairage et du son : "l’heure bolivienne", comme ils disent eux-mêmes avec un grand sourire !! Cela dit, le public est aussi plutôt rare et nous sommes les seuls membres du jury présents sur les cinq prévus… Nous sommes légèrement soucieux, tout de même, car nous comptons prendre la route demain à 6 heures pour franchir la frontière chilienne et arriver de jour à Arica, la première escale.
Nous découvrons les cartons nominatifs des autres membres du jury (le directeur des infos d’une chaîne nationale, un professeur de l’université de cinéma et Juan Carlos) et les nôtres où sont portés nos noms et nos titres "Productores franceses". Ça nous impressionne ! Et nous allons avoir le temps de goûter, puisque la soirée va débuter un peu après 22 heures… par les discours de bienvenue (listant à plusieurs reprises l’ensemble des partenaires et sponsors, le tout ponctué de quelques incidents techniques le temps de finir les réglages) et suivi d’un spectacle de danse. A 23 heures, débute notre "dernière séance" en Bolivie !

On résume, car nous allons visionner… 120 clips-vidéo, documentaires ou courts-métrages de fiction, alternés d’interludes de musiques, de chants ou de danses ! (Juan Carlos, tu nous avais caché tout ça !) Et la dernière projection s’achève à 4h30 du matin, heure à laquelle les jurés nous retirons après avoir cherché un salon au calme pour délibérer… Pendant ce temps, un orchestre s’est installé pour faire danser le public. Voilà même que l’on nous presse à plusieurs reprises car le public s’impatiente ! En guise de public, il ne reste que les auteurs des films et leurs familles et amis qui attendent les résultats, plus quelques spectateurs clairsemés qui commencent à manifester les effets de la bière et de l’aguardiente. Vous pouvez imaginer l’ambiance à chaque annonce de résultats…

lundi 6 décembre 2004

Cochabamba, Simon Patiño nous a trahis !

Nous avons quitté La Paz ce matin. Il y a un mois et demi, nous écrivions ceci (tapabesoindyretourner) : «Nos rapides contacts se passent au mieux. La fondation Simon Patiño, du nom d’un bolivien modeste devenu richissime au début du siècle dernier grâce à ses mines d’étain, accueillera une première projection. Dans son parc superbe, la grande maison du maître abrite des expositions, et un théâtre en plein air a été installé sur l’une des terrasses. Nous imaginons déjà avec émotion la projection des Héritiers de l’Amazonie dans ce lieu».
Mais le directeur du centre de Cochabamba nous a annoncé il y a quelques temps que la direction genevoise de la Fondation avait finalement dit non au projet. Pourquoi ? Nous ne le saurons jamais… Mais évidemment, on ne les aime plus du tout, les descendants du roi de l’étain !
Defensor del Pueblo, l’institution de défense des droits des citoyens organise un méga concert samedi prochain et la Fabrica (takalireau22octobre) est aux abonnés absents. Alors tout s’est rapidement re-organisé. C’est Marie-José Leduc qui accueillera deux projections mercredi et jeudi prochains dans son Alliance Française et Sergio Villanueva, de l’hôtel Anteus, a confirmé son invitation. D’ici là, nous nous installons dans une chambre en duplex (plus vaste que nos appartements de Quito ou La Paz !) avec un jardinet devant la fenêtre : un peu de luxe dans notre vie de bourlingue !


Au fait, on voulait vous dire à quoi nous sert le scan. Entre autres à ça : dans chaque ville où nous projetons, nous apposons sur les affiches ou tracts les logos des sponsors, ainsi que sur un film d’une minute de "remerciements" que nous diffusons en début de chaque projection…


Et bien, c’est avec le scan que nous digitalisons les logos, à partir de papier en-tête (ou parfois de cartes de visite !). Une fois chargés sur l’ordinateur, retravaillés, nous les intégrons aux affiches et dans le film que nous copions ensuite en début de la cassette de projection…!
Et le scan nous permet par ailleurs de copier les articles et les préserver pour notre revue de presse.
(On vous l’a déjà dit, c’est pas des vacances…)

dimanche 5 décembre 2004

Ville morte pour une démocratie vivante

(Qu’est-ce qu’on n'écrirait pas pour vous offrir des titres alléchants !).
Nous voulions quitter La Paz aujourd’hui. Mais avant hier, nous avons appris qu’il était interdit de rouler ce dimanche d’élections dans tout le pays. Ce n’est pas une opération "ville morte", mais une opération "pays mort". Et la presse a publié la liste des interdits (il y en a une pleine page), tous assortis de copieuses amendes ou jour(s) de prisons.
Extraits : De minuit à minuit, interdiction de se déplacer d’une zone électorale à une autre (ce qui veut dire dans les villes, d’un quartier à l’autre ; et donc ni bus, ni taxi, ni véhicule privé), sinon prison pour 24 heures ; interdiction de porter des armes à feu (ce serait donc autorisé le reste du temps ?), tout objet contondant et tout ce qui coupe ou se plante ; interdiction de tout spectacle public de quelque sorte, de tout rassemblement public ou attroupement (nous ignorons si les messes sont concernées) ; et le meilleur pour la fin : du vendredi minuit au lundi midi (oui, oui, vous avez bien lu), interdiction de vendre ou consommer de l’alcool en établissements publics ou privées, donc y compris à domicile !!
Cachés dans l’appartement, lumières éteintes, nous nous servons un apéro à la santé de la démocratie…

samedi 4 décembre 2004

Travail d’artiste

Incident sur le Patrol : nous avions installé avant de partir des protèges-phares en plastique, importés de Nouvelle-Zélande. Et voici deux semaines, nous en avons cassé un. Sans doute imaginez-vous déjà que c’est arrivé en roulant sur une piste défoncée ? Eh bien pas du tout : c’était sur un parking gardé et nous avons trouvé le protège-phare fracassé au petit matin ! Marcos Cordova nous offre le remplacement des deux. Ici, on n’importe pas, on fabrique.
Nous arrivons de bon matin au minuscule atelier de Marcelo, l’artisan "fibrero". Et là, médusés, nous le regardons faire. Avec les deux anciens protèges-phares servant de moules (dont le fracassé reconstitué et ressoudé comme un puzzle), avec un chalumeau pour chauffer une feuille de plastique et la modeler, avec un fil incandescent pour la découper, avec ses mains de maîtres et quelques outils désuets, il nous fabrique et installe en moins de trois heures deux copies conformes. L’artiste, tu nous as sidérés…


vendredi 3 décembre 2004

Et maintenant guest stars

L’équipe de foot de La Paz vient de recevoir une formidable ovation : elle a gagné hier soir et, pour la 1ère fois de son histoire, s’est donc qualifiée pour la finale de ce qui s’appelle en fait la "Copa Nissan" (sponsor de cette compétition).
La scène se passe sur le parvis en plein air de la toute neuve concession de l’importateur, où 300 personnes et quelques médias, dont une chaîne de télévision nationale en direct (!), sont invités pour la sortie du nouveau Patrol. Ça doit s’appeler un coup double…
Coup triple ? Au micro, Monica, du service marketing, lance : «Depuis la France, sont arrivés dans notre pays deux cinéastes aventuriers et bohèmes (sic). Ce soir, ils nous offrent quelques images de leur voyage…». Est alors projeté sur écran géant notre film de cinq minutes présentant notre tour du monde !
Et Monica enchaîne : «Les cinéastes d’Itinérance sont avec nous ce soir. Souhaitons-leur la bienvenue !». Et nous entrons au milieu de la foule, sous les applaudissements… au volant du Patrol !!! (En vingt ans de conseil auprès de constructeurs pour préparer leurs conventions, Geo n’avait jamais imaginé débouler un jour dans l’une d’entre elles en voiture !).
Puis nous rejoignons l’estrade pour quelques mots de remerciements, et offrons au public un clip de 2’30, sur un rythme endiablé, montrant le Chano sur les pistes et routes sud-américaines pendant nos six premiers mois d’expédition.
L’assistance a l’air bluffée, en particulier un représentant de Nissan Japon présent qui nous apprend qu’au cours d’une récente réunion marketing au siège mondial, il avait été question de nous, ce couple de français parcourant la planète à bord d’un Patrol.


Notre arrivée à cette convention était une idée de Marcos Cordova, le patron de Taiyo. Voici dix jours, il a ajouté à son assistance technique une participation financière à notre tournée. Nous lui avions dit être prêts, en remerciement, à participer à toute action promo qu’il souhaiterait. Plaisir partagé et complice.

jeudi 2 décembre 2004

Populisme

Afin de remplir les salles de ses deux projections, la municipalité de La Paz nous a organisé deux interviews.
Hier, pour la première, nous retrouvions un couple "Elle et Lui", dans le même genre que celui de Sucre (takalireau3novembre), avec cravate et décolleté, mais là en diffusion nationale. Cette fois, nous avons réussi à tenir 6 minutes, entre une chorale évangéliste et un Bingo…

Une heure plus tard, nous débarquions sur un plateau d’un tout autre style : un public populaire était installé sur les six gradins du studio. Il s’agissait d’une émission de témoignages en direct, très regardée dans le quartier où nous projetions ce soir, et au cours de laquelle chacun vient délivrer son annonce. Quand nous sommes arrivés, une animatrice en costume traditionnel recevait une femme en larmes, venant demander de l’aide parce que son mari la frappe. Ambiance…


Pause pub ! Changement de public, nous n’avons pas osé repartir en courant et avons pris place dans les gradins. Babeth a branché la caméra et Geo s’est demandée sur quel ton il allait inviter les téléspectateurs à venir voir "Les héritiers de l’Amazonie" !!!
Est alors arrivé un nouvel animateur, la star, bien propre sur lui, cravaté et gominé de frais. Le public se précipitait pour le saluer, à la limite du baisemain. «Antenne !». Une autre femme est restée près de lui, un enfant accroché dans le dos. Ça tourne ! Les yeux dans l’objectif, la star a offert à son cher public son sourire préféré. Cela a débuté par un témoignage aussi tragique que le précédent : il a offert son air compatissant préféré et, la femme rentrant dans le champ, a déclenché des larmes synchrones pour demander qu’on l’aide à payer le séjour à l’hôpital d’un autre de ses fils, pendant qu’apparaissait à l’écran le numéro de compte bancaire de la chaîne…
Sur un banc titre, notre animateur lit avec les vibrations basses préférées de ses cordes vocales, quelque chose comme «Plus tu donnes, plus tu reçois…». Fermez le banc ! Et l’émission a continué avec un nouveau témoignage tragique, téléphonique celui-là, auquel nous ne comprenions pas grand chose, d’autant que Geo, qui venait d’être invité par un assistant à rejoindre le plateau, était encore plus en train de se demander quel ton il allait adopter pour inviter à venir voir "Les héritiers de l’Amazonie" !!!
Notre star, après avoir lu une pensée du jour, reprit son sourire numéro un et accueillit d’une très chaleureuse poignée de main «ce cinéaste français qui nous fait l’honneur de visiter notre pays». Geo ne se souvient plus quel ton il a pris pour inviter à venir voir "Les héritiers de l’Amazonie". Ni de ce qu’il a dit… et encore moins de ce qu’a dit l’animateur, d’ailleurs… Ah si ! Il a conclu l’interview en l’invitant à plaider la cause de la Bolivie dans son conflit frontalier avec le Chili, le pays voisin où nous nous rendons bientôt…!
Nous ne savons pas non plus quel témoignage a suivi, nous sommes partis trop vite…

L’émission ne doit pas être tant regardée que cela ou bien Geo n’a pas trouvé le ton juste ! La projection d’hier soir à la Bibliothèque Municipale a compté 18 personnes et celle de ce soir, dans le quartier "populaire" : zéro !!! Il faut dire qu’à 500 mètres de là, le stade accueillait la demi-finale retour de la Coupe des clubs champions d’Amérique du Sud, dans laquelle jouait… La Paz !