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Pas de carnet de voyage "in vivo" en ce moment,
puisque nous sommes en France !

Mais vous pouvez retrouver ici l’intégrale des textes
que nous avons rédigés depuis mai 2004.

Des rencontres, des découvertes, du rire ou des larmes :
les émotions et les réflexions de notre vie de nomades…


lundi 31 janvier 2005

Vraiment pas déçus par Chiloé

Nous consacrons cette journée à découvrir l’île, ou du moins une partie, car elle fait tout de même une cinquantaine de km dans sa plus grande largeur et plus de 200 du nord au sud. Etrangement, c’est ici (et non pas plus au sud sur le continent) que prend fin la Panaméricaine qui arrive d’Alaska.
Depuis Ancud, la route descend vers Castro, la capitale provinciale. A l’ouest, on n’aperçoit que rarement le Pacifique caché par les collines, mais à l’est, nous pouvons contempler les petites îles qui forment l’archipel, au fond le continent, et à l’horizon la cordillère des Andes et ses sommets enneigés.


Et bien sûr, tout, ici, est resté très sauvage : quelques petites maisons posées ici ou là, une ferme au sommet d’une colline, cinq vaches dans un champ de ce décor ondoyant, un camion ramassant les bidons de lait déposés sur le bord de la route… Babeth ose : «Ça a quelque chose de Belle-île» (à se demander pourquoi nous avons fait autant de kilomètres !), avec même des roses trémières ! (Evidemment, ceux qui ne connaissent pas Belle-île, ça ne les avance pas beaucoup. Donc, au lieu de s’escrimer à décrire, on vous met des photos) (De Chiloé, pas de Belle-île !). La différence, tout de même, c’est qu’ici, tout est construit en bois (de mélèze, aujourd’hui interdit pour le protéger, et de cyprès), y compris les églises. Il y en aurait plus de 200 dans l’île, laissées ici par des Jésuites et dont certaines sont classées au Patrimoine de l’humanité.


Inutile de chercher quelques villas modernes ou grands hôtels. Le touriste, encore rare, vient à Chiloé pour se promener à pied ou en vélo, observer la nature et en particulier les oiseaux, pêcher, découvrir les îles en bateau… ou faire la connaissance des chilotes, dont le caractère, lui aussi, est resté très sauvage (!), souriant et accueillant.
Nous découvrons Castro, en flânant dans ce petit port de pêche aux barques colorées. Les "palafitos", maisons en bord de mer construites sur pilotis, lui donnent un cachet certain.


Son impressionnante église San Francisco, de style néogothique, est elle aussi en bois (couverte de tôle ondulée à l’extérieur). Sur les rives, des canots débarquent leurs passagers des îles voisines portant artisanats et produits locaux, tandis que les pêcheurs, de leurs gestes universels, réparent les filets sous le regard des enfants.


Puis nous remontons par la côte est. Chiloé nous offre notre première piste depuis longtemps : 60 km bien pourris, pas drôle à rouler. Mais dans un tel décor !

Nous traversons quelques petits ports et villages, tous aussi séduisants les uns que les autres (et dont beaucoup ont effectivement leur caserne de pompiers !). Comme Tenaún, par exemple, qui a en plus une particularité : c’est le village où les habitants déménagent avec leur maison ! Si, si, authentique ! Elles sont en bois, bien sûr, sans fondations, juste posées au sol. Et lorsqu’une famille veut changer d'adresse, on glisse de gros rondins sous la maison et tous les voisins viennent accompagner la traction des vaches ! C’est à chaque fois l’occasion d’une belle fête, puisque la tradition veut que l’on "rémunère" le coup de main en offrant un grand repas… Il y en a eu un la semaine dernière, mais aucun au programme ces jours-ci. Dommage, nous aurions bien volontiers aidé à pousser pour un Curanto…
Nous finirons par Quemchi, village de naissance de Coloane, tranquille avec ses maisons colorées, ses barques chilotes paressant sur la plage et la nonchalance de ses ruelles. A cette heure, Quemchi paraît gagné par la léthargie.


dimanche 30 janvier 2005

La riche histoire de Chiloé

Depuis Puerto Montt, une traversée en bac d’une trentaine de minutes permet de rejoindre l’île que Babeth brûlait de découvrir depuis ses lectures adolescentes des romans de Francisco Coloane et Luis Sepúlveda.
Nous roulons une trentaine de kilomètres jusqu’à Ancud où est organisé le festival "Muestra de cine y vídeo". Le temps de prendre nos quartiers à l’hôtel (une maison tout en bois installée sur la place principale de la ville) et nous sommes invités à déjeuner par Daniela, la directrice du festival, accompagnée de Jacqueline, une autre organisatrice. Aussitôt, la discussion est chaleureuse et animée. Toutes deux "chilotes" (habitantes de l’île), la trentaine joviale et enrobée "d’une strate de gourmandise" (!), elles portent à bout de bras le festival qui a maintenant 15 ans, pour contribuer à faire vivre leur ville.
«Mais d’abord, voulez-vous goûter l’une des spécialités culinaires de Chiloé ?». «Bien évidemment !». Et dix minutes après, la serveuse dépose un "Curanto" sur la table, un plat débordant de fruits de mer (en particulier des moules) mêlés à du poulet, de la viande de porc et des saucisses… Nous, sidérés : «Nous allons manger tout ça à quatre ?». «Non, à deux», répondent-elles en riant, alors qu’arrive la seconde montagne ! Et le tout est accompagné, bien sûr, d’un très bon vin chilien…
Cela nous laisse le temps de les écouter nous raconter leur Chiloé avec passion. C’est qu’elles en sont fières et en particulier Jacqueline, d’origine métisse…
L’histoire de leur île, comme pour beaucoup d’autres îles, est celle de l’isolement. Mais plus intense ici qu’ailleurs, car la résistance farouche des indiens mapuches à l’envahisseur espagnol, dans les forêts impénétrables de la côte chilienne, ont laissé pendant deux siècles les habitants de Chiloé à l’écart de tout contact avec le continent. Beaucoup d’entre eux sont partis coloniser la Terre de Feu plus au sud, tandis que les Indigènes et Espagnols qui s’étaient entêtés à demeurer ici se mélangeaient et survivaient avec les ressources de l’île. Et comme souvent dans les lieux restés longtemps isolés, pour cultiver le mystère sans doute, se sont racontés des mythes et légendes peuplés d’esprits malins, de monstres marins et de bateaux fantômes…
La discussion est interrompue par une sirène de pompier. Inquiétude : «Ici tout est en bois, alors les incendies se multiplient. Les destructions de maisons sont fréquentes. C’est un danger dans toute l’île et le moindre village a sa caserne de pompiers». Elles nous parlent aussi de ce projet de pont entre Chiloé et le continent, qui oppose les habitants. L’île va-t-elle trouver, dans une salutaire ouverture, un développement touristique et économique ? ou va-t-elle y perdre son âme ? Ça nous rappelle quelque chose !
Notre désir de découvrir l’île est décuplé. Mais pendant ces récits, ni Daniela, ni Jacqueline, ni nous deux d’ailleurs, n’avons oublié l’excellent Curanto ! Et les deux plats repartent quasiment vides en cuisine. Nous renonçons tout de même au dessert (!) et décidons de remettre à demain une première découverte de l’île que nous envisagions pour cet après-midi… Nous avons à nouveau rendez-vous avec elles deux pour le dîner et pensons plus judicieux de faire d’abord une bonne sieste !

samedi 29 janvier 2005

Brève halte à Frutillar

En quittant Lebu hier, la route serpentait à travers de très belles forêts d’eucalyptus et de pins, entourant un lac sur une vingtaine de kilomètres. Quelques hôtels et camping donnaient envie de rester ici goûter ce décor si calme… Mais 700 km nous attend jusqu’au prochain festival, sur l’île de Chiloé que nous voulons prendre du temps à découvrir.
En route, nous n’aurons eu que la soirée d’hier pour apprécier Valdivia, au bord de son estuaire. Un grand parc arboré et des maisons coloniales en bois bien entretenues donnent un réel charme à ce port.
Nous avons ce matin franchi le cap des 20.000 km parcourus depuis notre arrivée en Amérique du Sud… 10% du kilométrage prévisionnel de notre tour du monde !
Et nous prenons un peu de temps pour découvrir Frutillar, une curiosité qui rappelle qu’une très forte colonie allemande a débarqué dans ce sud du Chili au 19ème siècle. A n’en pas douter, leurs descendants sont toujours là, vu le nombre de blonds que nous croisons dans les rues ! Et leurs constructions sont toujours présentes également : nous avons l’impression d’être au bord d’un lac en Allemagne, impression renforcée par les noms des enseignes de la plupart des commerces et leur écriture en gothique…


jeudi 27 janvier 2005

Festival off

Danilo nous accompagne à travers la ville, au gré des lieux stratégiques où nous collons ensemble les affiches de notre projection de ce soir ! Nous nous sentons particulièrement bien ici : les habitants sont volontiers souriants et l’ambiance sympa. Lebu est construite surtout de maisons en bois, autour de sa Place d’armes plantée de palmiers et de très beaux arbres natifs. Et Danilo nous raconte comment les Espagnols furent repoussés ici par les indiens Mapuches ou bien l’âge d’or du charbon, avant que la ville (et toute sa Province) ne devienne l’une des plus pauvres du pays, ne vivant quasiment plus que de la pêche. Nous découvrons le musée de bateaux que le propriétaire, notaire d’ascendance française, M. Gillet, a installé dans son étude.
Après que le président de la Chambre du Tourisme (naissante !) nous ait invités à déjeuner dans son restaurant sur le port, Danilo nous présente à quelqu’un «qui connaît l’Amazonie et voulait vous rencontrer». Avec le Rodrigo en question, la cinquantaine, nous nous racontons des péripéties de nos voyages sur le fleuve. Sinon que lui y a réalisé la descente d’un des affluents, sur 500 km, seul et en kayak ! Et nous buvons ses récits, comme sa traversée du territoire des indiens Ashanninkas. Il se souvient encore de sa rencontre avec le chef de la tribu : «Ici, vous n’êtes pas au Pérou, vous êtes sur nos terres et personne n’y pénètre ou n’en sort…». Il a fini par obtenir l’autorisation puisqu’il est là pour nous le raconter… et garde un formidable souvenir de son séjour parmi eux. Babeth et lui partagent une même passion pour le kayak, qu’elle a pratiqué de longues années, y compris en mer. Alors, quand il annonce qu’il prépare une virée de plusieurs semaines dans les fjords de la Patagonie, elle le regarde avec envie ! (Mais, bon, on ne peut pas être partout !).
Le bonhomme est tout en sérénité et en écoute. Nous lui demandons pourquoi la ville n’a plus d’édifices de l’époque du charbon, alors il nous emmène dans un lieu désaffecté. Et là, nous découvrons le seul vestige : "la lavadora", une construction en poutres de bois de 50 m de long, comme une cathédrale avançant vers le port, C’est ici qu’était nettoyé le charbon avant d’être expédié chez les grossistes : aujourd’hui un morceau du patrimoine local en déchéance. Les indigents viennent s’y servir en bois, malgré la présence d’une grille et d’un gardien. Quant à la maison de maître installée à proximité, elle a peu de chance de recouvrer une seconde jeunesse, victime des désaccords entre l’entreprise publique propriétaire et les autorités locales…


Mais l’heure de la projection approche. Nos contacts avec les organisateurs avaient été trop tardifs pour que "Les héritiers de l’Amazonie" puisse être projeté dans la caverne. C’est donc dans une salle qui appartient à la "Province" que nous projetons ce soir. Notre séance n’y attire qu’une trentaine de personnes, mais quel accueil ! Le public est emballé et nous bombarde d’applaudissements, puis de questions. Tout particulièrement un spectateur qui la veille nous avait été présenté comme le "mécène" du festival et qui a tenu à venir. D’origine iranienne, il s’est posé au Chili voici 30 ans après un tour du monde d’une dizaine d’années… Alors, bien sûr, il voulait voir de près les deux Français et leur drôle de véhicule !!! Après la connivence des aventuriers de l’Amazonie, celle des globe-trotters !

A l’issue de la projection, nous nous retrouvons toute une tablée chez un couple de spectateurs. Le dîner s’improvise autour d’une "Pichanga" : une plâtrée de saucisses, poulet, frites, fromage, avocats, tomates (si, si, tout ça dans le même plat). Tout le monde pioche dedans : pour la convivialité, c’est une merveille. D’autant que nos hôtes sont membres d’un club d’œnologie… Cet accueil qui nous séduit tant depuis le début de notre séjour au Chili nous surprend à nouveau. Et nous repartons avec en cadeau souvenir, un livre des «modismos», ces idiotismes dont les Chiliens sont si friands et qui émaillent leur conversation quotidienne…

mercredi 26 janvier 2005

Lebu : le festival dans une caverne

Pour rejoindre Lebu, 150 km toujours plein sud, une belle petite route longe l’Océan, montant parfois pour laisser admirer ses plages de sable noir en contrebas. Puis on termine le parcours en taillant à travers une forêt très dense : mélèzes, sapins, eucalyptus, tout y passe…

Lebu est une petite ville tranquille, port de pêche sans infrastructure touristique. Danilo, président d’une association culturelle patronnée par la Mairie, nous accueille d’un large sourire, sur la place principale. Nous serons logés par l’organisation du festival, dans une petite cabane rudimentaire, mais impeccable. Elles sont au nombre de six, fraîchement construite un peu à l’extérieur du bourg, près de la rivière. Après y avoir déposé nos bagages, nous sommes passés au "bureau du festival" imprimer quelques affiches. Et puis, nous sommes partis découvrir la caverne Benavides pour la soirée d’inauguration…


Quel endroit ! Une grotte de 20 m de diamètre et 50 m de profondeur, traversant de part en part une presqu’île rocheuse entre deux plages… Inutile de préciser que le vent s’engouffre avec bonheur dans ce conduit et que l’on va se geler pendant toute la soirée ! L’écran est en plein travers et le lieu va accueillir plus de 500 personnes. C’est l’ambiance qui va servir de chauffage : pas pendant le spectacle de danse d’introduction (ils devaient se peler de froid, en collants !), ni pendant les premiers discours (il y a ici aussi un gros marché potentiel de formation à l’expression orale, se dit Geo !). Sauf à l’arrivée, en retard bien sûr, d’un bellâtre d’une trentaine d’année, vedette de la télévision, a-t-on compris, d’une série ou de la Star Académie locale… (Oui, oui, ils ont ça aussi : on va vraiment finir par le croire qu’on a quitté l’Amérique du Sud !).
Mais surtout, ça va être chaud pendant la projection. Au programme de cette soirée d’inauguration : «Diarios de motocicleta», le film de Walter Salles (c’est un brésilien) racontant le voyage à travers l’Amérique du Sud qui réveille l’âme révolutionnaire du jeune Che ("Carnets de voyage" en français). Le public adhère très bruyamment… : un paradoxe dans ce pays, qui par ailleurs, s’empresse de ne pas juger Pinochet !

Halte à Concepción

A 100 km de là, à Concepción, l’Alliance française accueillera notre film en mars aussi, et nous projetterons également au lycée français.
Hier soir, cherchant un toit, nous avons voulu répéter l’expérience motel. Nous en avons trouvé un, dont le nom nous a échappé : à l’entrée, une série de photos présente les décors des chambres au choix : du rose guimauve (pour les romantiques ?) au zébré noir et blanc (pour l’amour sauvage ?), et les prix affichés pour 8h, 4h ou 2h (entre deux réunions ?). Tous les motels n’ont pas encore évolué vers le tourisme classique. Nous avons trouvé un petit hôtel en ville…

lundi 24 janvier 2005

Nous reviendrons à Chillán

Depuis Rancagua, l’autoroute déroule son bitume à travers une large plaine agricole. L’autoroute déroule son bitume à travers une large plaine agricole. Nous croisons surtout de vastes vignobles : nombre de crus chiliens naissent ici. Avec une particularité : les pieds de vignes sont à hauteur d’homme. Elisabeth laisse tomber : «Feignants !», en rêvant à ce qu’auraient pu être ses vendanges catalanes sans avoir à se baisser…
A l’ouest, l’océan est trop loin pour être aperçu, mais à l’est, la cordillère dresse ses volcans aux sommets enneigés…

A Chillán, 300 km plus au sud, nous avons rendez-vous à l’Institut franco-chilien, une autre dénomination de certaines des Alliances françaises du pays. Arlette, sa directrice, nous accueille de façon aussi charmante qu’elle l’avait fait au téléphone. Elle nous a organisé un entretien avec le responsable culturel de la mairie et l’affaire est vite bouclée : la date (soirée d’inauguration de la Semaine de la francophonie en mars prochain !), l’hébergement (que prendra en charge la mairie) et le lieu : la rue piétonne du centre-ville. Va pour une projection en plein air, nous n’avons pas encore vécu ça !
D’autant qu’au premier coup d’œil, la ville nous plaît bien, reconstruite totalement dans les années 40, suite à un tremblement de terre : une vaste place centrale, de larges rues, des bâtiments pas très hauts et un rythme de vie très provincial…
«Pour ce soir, conclut Arlette, rien de terrible dans les hôtels de la ville, c’est plus simple que vous veniez à la maison…». A une vingtaine de kilomètres, nous pénétrons dans le nid que son mari Alejandro, chirurgien chilien, et elle-même se sont aménagés petit à petit depuis une vingtaine d’années : dans un foisonnement d’arbres et de fleurs de toutes espèces, ils ont construit leur maison en bois autour d’une roulotte… Un ami la leur avait confiée quand ils se sont installés au Chili.
Bonheur de ce périple qui nous occasionne tant de découvertes et de rencontres si diverses! La soirée est pleine de rires, tandis que nous nous contons des histoires chiliennes, bretonnes ou catalanes… Nous reviendrons vraiment avec grand plaisir à Chillán…

Rencontre au motel

Départ tardif de Santiago hier au soir : nous sommes arrivés de nuit 80 km plus au sud, à Rancagua. La ville ne présente guère d’intérêt, les hôtels sont hors de prix et les formules moins chères introuvables à cette heure-ci. Au bout d’une heure, nous nous rabattons donc, en périphérie, sur "le Colonial", un de ces motels qui fleurissent au long des nationales, toujours derrière des murs.
Les prix affichés sont raisonnables dans la catégorie la plus basse, nous passons donc le portail ouvert. Ce sont des bungalows alignés avec chacun un emplacement de voiture, mais surprise, doté d’un grand rideau : pour camoufler le véhicule. Mauvaise pensée de notre part : serait-ce un repère pour amours cachés ? Nous nous arrêtons, le tour quasiment terminé, hésitants : il n’y a pas de réception et pas de sortie ouverte ! Une femme approche qui s’avèrera être la patronne du lieu. Accorte, elle nous indique un bungalow dans nos prix. Rapide coup d’œil : belle chambre avec salle de bains, propre, une table, deux chaises, la clim, un téléviseur, un magnétoscope (tiens, plutôt rare, surtout dans cette catégorie de prix !) et… une seconde porte ! Ou pas exactement une porte : elle est condamnée et sa moitié supérieure est un passe-plat pivotant. Le téléphone sonne : «Vous souhaitez prendre quelque chose ?». Nous commandons deux boissons qui nous arrivent quelques minutes plus tard par le passe-plat. Nous n’avons vu personne jusqu’au matin…
Nous connaissons maintenant le fin mot de l’histoire. Rosa et son frère Yamil viennent nous parler avant le départ. Chiliens, ayant vécu 15 ans en Suisse, pleins d’humour, ils nous confirment que les motels sont, tradition chilienne, des lieux de rendez-vous discrets. On arrive là sans être vu par personne, des caméras permettent de surveiller les mouvements (pas dans les chambres !) et l’on repart tout aussi discrètement (le portail est commandé à distance). Cela dit, les motels évoluent, nous dit-elle, et s’ouvre de plus en plus au tourisme classique. Et puis elle nous invite à venir séjourner à notre retour. Nous acceptons volontiers. Il faudra qu’on lui arrache d’autres anecdotes du genre de celle de clients, qui pour ne pas être reconnus, entre cagoulés au volant de leur voiture…

dimanche 23 janvier 2005

Des fourmis dans le Chano

Nous venons de passer tout ce temps à courir le sponsor, tentant de joindre par courrier, mail et téléphone une cinquantaine d’entreprises chiliennes ou françaises implantées ici. Et toute cette débauche d’énergie quasiment pour rien : le résultat est plus maigre qu’en Bolivie…
Nous n’aurons même pas pris le temps de faire du tourisme à Santiago. Vous devrez attendre notre retour pour avoir droit à des photos !

Car, ça y est, nous reprenons la route ce soir. Le sud du sud nous attend : nous partons pour la Terre de Feu…

vendredi 21 janvier 2005

Deuxième festival de cinéma

C’est à Viña del Mar que se déroule celui-là. Changement de décor : la salle compte plus de 1.000 places (!),théâtre municipal sous forme d’une grosse masse ronde datant des années 50 et installé sur une ancienne grande place de la ville. Car Viña a tout de même conservé, en retrait de la plage, quelques édifices d’une splendeur passée. Et de nouveau, quelle ambiance ! Cette fois, le sponsor est un fabricant de "Pisco Sour"…
"Les héritiers de l’Amazonie" a été sélectionné par l’Association des Documentalistes chiliens et, trop long pour être en compétition, sera projeté à la fin de la soirée de clôture. L’idée nous a bien traversé l’esprit qu’après la remise des prix, les gens risquaient de partir, mais ils nous ont répondu que le programme était déjà publié…
Et effectivement, à la fin de la remise des prix, depuis la cabine de projection, nous voyons deux ou trois cent personnes qui se lèvent et quittent la salle, même après que l’animateur (flottement dans l’organisation et éclairage insuffisant du pupitre), ne se décide à annoncer la projection de "Los herederos de la manzanilla", ce qui doit se traduire par "Les héritiers de la camomille" !!! Là, on ne pouvait plus lutter : on vous l’a dit, le sponsor est un fabriquant de Pisco Sour…
Quoiqu’il en soit, notre film a réussi à scotcher plus d’une centaine de spectateurs et nous n’oublierons pas l’ovation finale, ni les abrazos qui s’en suivent…
Les organisateurs sont venus nous voir, après coup, un peu gênés : ils ne programmeront plus jamais de film après la remise des prix !

mercredi 12 janvier 2005

Notre premier festival de cinéma au Chili

Le Consejo Nacional de la Cultura nous a donné une liste des festivals du pays. Il y en a cinq durant notre séjour ici : nous les avons joints et les cinq nous ont programmés ! Et supplément de chance, ils ont la bonne idée de se succéder en direction du sud, le dernier étant en Patagonie, à la porte de la Terre de Feu. La première partie de notre séjour au Chili devient donc une tournée des festivals.

Le premier est organisé dans le Centre culturel municipal del Bosque, une commune populaire du sud de Santiago. La salle de 200 places, droite, façon hangar, était pas mal pleine hier soir pour la "cérémonie" d’ouverture… Belle ambiance ! Il faut dire que le jovial Patricio, qui porte ce festival à bout de bras, y était pour quelque chose. Et la bière artisanale (d’un allemand installé au Chili) aussi ! Chaque annonce était appuyée de hourras et le public, attentif et passionné, réagissait volontiers durant la projection de chacun des films primés l’année dernière. C’était de bonne augure pour ce soir ! D’autant que Geo avait été invité sur scène pour présenter notre film. Réactions chaudes et abrazos (embrassades) très sympas pour les deux "franchutes" durant le cocktail de fin de soirée. «C’est super ce que vous faites, nous serons là demain !»
Cet après-midi, nous étions les seuls spectateurs (!) dans la salle et ce soir, à 20h, pour "Les héritiers de l’Amazonie", ils ne sont qu’une quinzaine. Patricio nous dit avec un grand sourire : «C’est "l’heure chilienne"». 20 minutes plus tard, ils sont toujours le même nombre. Patricio nous dit cette fois, avec le même sourire : «On a toujours du mal à mobiliser le public…». Cela dit, la projection marche très fort, les présents ne boudent pas leur plaisir, et nous non plus ! La soirée se termine (à la bière…) au seul bar ouvert à proximité…

dimanche 2 janvier 2005

Le Pisco Sour

A chaque réception, à chaque fête, vous y avez droit : il faut donc que l’on vous parle de ce monument national. Il est d’ailleurs un sujet de discorde avec le Pérou voisin qui ose en revendiquer l’origine et organise une "Journée nationale du Pisco Sour" dans une ville proche de la frontière… Ça va mal finir, ces problèmes de souveraineté !
Ce Pisco Sour est un cocktail, mélange de Pisco (un alcool de canne à sucre), de citron et de sucre. Il se vend même tout fait en bouteille, mais évidemment «pas aussi bon que le vôtre, cher ami». Et lui aussi va laisser des traces, car «il faut faire goûter ça aux franchutes» (c’est le surnom donné aux français ici ; apparemment, ça semble plutôt affectueux…).
Il faut dire que c’est moins risqué pour nous que de nous faire goûter leur vin, autre monument national ! Pourtant, nous y avons droit régulièrement : «Vous préférez les vins chiliens ou les vins français ?». Nous nous en sortons toujours de la même façon (pas d’incident diplomatique) : «Ça dépend lesquels !».
Cela dit, ça n’est pas qu’une pirouette. Ils ont vraiment des vins superbes et on se régale…

samedi 1 janvier 2005

Le premier réveillon de notre Itinérance

Pantagruélique et gargantuesque ! Bon, c’est redondant, mais il faut bien deux adjectifs pour décrire le "barbecue" (c’est la tradition ici) de ce réveillon au Chili ("con carne" donc !) (oui, ho !), invités cette fois par une cousine de Carmen. Tout comme l’avait été celui de Noël chez sa sœur. Et le déjeuner de ce 1er de l’an est du même acabit (tout comme l’avait été le déjeuner du 25 décembre !!!). Le tout arrosé de vins d’ici, bien sûr ! Manifestement, les chiliens savent accueillir, toujours avec la même chaleur et la même gentillesse…
Cela dit, nous nous méfiions après trois semaines passées au Chili. Dans les restaurants comme sur les tables privées, les quantités sont toujours impressionnantes. Alors, évidemment, pour une occasion comme celle-là, c’est redoutable… Tout ceci va laisser des traces !!! Coqs en pâte, on vous disait !