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Pas de carnet de voyage "in vivo" en ce moment,
puisque nous sommes en France !

Mais vous pouvez retrouver ici l’intégrale des textes
que nous avons rédigés depuis mai 2004.

Des rencontres, des découvertes, du rire ou des larmes :
les émotions et les réflexions de notre vie de nomades…


dimanche 20 février 2005

Et maintenant croisiéristes !

Cet immense territoire de la Patagonie chilienne, nous n’avions pu le découvrir à l’aller. Inaccessible par la route car la "carretera austral" ne peut descendre jusqu’au sud, nous nous l’offrons donc en bateau ! Du moins, c’est la compagnie de croisière Navimag, qui nous l’offre. Ou plus exactement, c’est un échange de bons procédés. Le directeur général a tout de suite accepté notre proposition : en échange de nos traversées et de celle du Chano, nous offrons deux projections à bord aux touristes !
Cette Patagonie est une de ces dernières grandes étendues sauvages dans le monde, que nous allons remonter sur 1.500 km. Depuis deux jours, nous naviguons à travers le Parc National Bernardo O’Higgins, parmi les fjords, au pied des volcans, médusés par le spectacle qui nous entoure…
Serons-nous un jour blasés par tout ce que nous découvrons au fil de cette Itinérance ?


Nous embarquons ce jeudi à 21h sur le "Puerto Eden", un des plus anciens bateaux de la compagnie. Il est complet avec à son bord quelque 250 passagers de tous horizons. Au départ, vendredi à 6h30, le largage des amarres se fait sous un ciel bas. Des bourrasques de vent renforcées par la marche du bateau nous flagelle sous une pluie fine. Nous traversons ainsi le golfe Almirante Montt et voguons à 14 nœuds vers le N – W ; latitude 51° 42’ 08" S (ça c’est un récit de voyage documenté). Les rives du fjord sont à peine visibles dans l’épais brouillard. Telles des barques fantômes, de petites îles grisées surgissent de la brume. Quelques grands glaciers demeurent encore et le bateau fait un crochet pour nous permettre d’en contempler un. Puis le temps se lève et nous nous trouvons au cœur de ce labyrinthe naturel de canaux qui serpentent entre d’innombrables archipels couverts de bosquets. Malgré le nombre de passagers, le silence règne ; les yeux sont rivés sur le décor qui défile au rythme d’une balade.


Et le bonheur continue bien tard : la nuit pure s’écoule sous les innombrables étoiles, suspendues comme un nuage de poussières lumineuses, dominées par la Croix du Sud resplendissante.

Ce samedi, le ciel est dégagé. En début de matinée, escale à Puerto Eden, l’unique village croisé pendant le parcours. Ils sont 200 à vivre sur cette île Wellington. Leurs ancêtres étaient venus de l’île de Chiloé, derniers membres de l’ethnie Kaweshar, sur le point de s’éteindre. Cette information nous convainc de rester à bord : comme quelques dizaines d’autres, nous nous dispensons de cette "attraction touristique". Plusieurs barques viennent chercher la majorité des passagers pour la visite clic-clac aux bons sauvages. Pendant une heure, la population du village double…


L’après-midi, après avoir laissé par bâbord l’archipel Guayaneco, nous quittons les eaux tranquilles des détroits et canaux et pénétrons dans le Pacifique pour quelques heures redoutées. Car l’océan, ses vents violents et ses courants inquiétants peuvent transformer cette partie du voyage en une expérience dantesque ! Le navire avance à 13 nœuds et nous pénétrons par 47°38’41" (toujours repéré par-dessus l’épaule du capitaine) dans ce "Golfo de Penas" (golfe des peines) qui porte si bien son nom. Pour trouver… un océan d’huile ! Le calme plat… A peine une légère houle se forme-t-elle, soulevant délicatement le cœur de certains passagers.
Peut-être fait-il exactement le même temps que le 1er novembre 1520, lorsque Fernand de Magellan y pénétra lui-même. Notre prédécesseur dans ces lieux décida ainsi de baptiser cet océan "Pacifique"…


Ce matin, nous réalisons les deux projections promises : l’une en version espagnole et la seconde en français sous-titrée en anglais (Si l’arrière-grand-père de Geo voyait jusqu’où nous racontons sa vie !). Nous faisons salles combles. Plus d’une centaine des touristes est venue assister à cette projection surprise : chiliens, argentins, français, irlandais ou italiens pour les plus nombreux… au total, une vingtaine de nationalités. Et nous nous régalons des échanges qui suivent, dans un invraisemblable enchevêtrement de langues. Le cerveau de Geo se fait des nœuds en animant les débats : des phrases débutées en anglais se terminent en espagnol, ils se retrouvent même à répondre en français avec l’accent chilien ! Mais il en reste surtout que ces touristes, capables de s’organiser des vacances avec une croisière aussi lointaine, sont particulièrement séduits par l’histoire de cet aventurier européen en forêt amazonienne au début du siècle dernier et par le tour du monde des descendants…
Comme Cristián, avocat international quadragénaire, qui offre la croisière à ses fils en vacances : il est descendant de basques arrivés au Chili à la fin du 16ème siècle. Séquence "tradition et modernité" : nous prolongeons ensuite la conversation avec lui et finissons par échanger de Mac à Mac (il fait partie de la minorité culturelle) fichiers et tuyaux. Il nous a d’ailleurs parlé de possibles connexions Wi-Fi dans le pays que nous allons tester dès que nous serons à terre demain…


Les heures maintenant continuent de s’écouler doucement entre prises de vues, discussions et écriture… le regard inlassablement tourné vers le décor qui nous entoure. Comme lu dans un dépliant touristique : "La Patagonie, relique d’une ère passée, conservant une nature intacte".

mercredi 16 février 2005

Torres del Paine

Le Parc national de Torres del Paine est à 150 km au nord de Puerto Natales. Cette "Réserve Mondiale de la Biosphère" est incontournable, alors nous nous offrons une journée de tourisme… d’autant que les organisateurs du festival, ne sachant plus que faire pour nous être aimables, ont négocié auprès des autorités notre entrée gratuite. (Beau cadeau, cela dit, car les tarifs douillent ! La réserve ne risque pas, pour l’instant, une dégradation par la pollution des touristes, les visites massives ne sont pas encore pour demain… Et d’ailleurs, les chiliens, pour leur plus grand nombre, ne connaissent pas l’endroit, inaccessible même aux revenus moyens).
La route (ou plutôt la piste) pour s’y rendre est très belle, vallonnée et parsemée de forêts. Et autant vous le dire de suite : le décor de ce parc national de Torres del Paine est majestueux. C’est un territoire, avec montagnes, vallées, lacs, glaciers, qui s’étend sur plus de 200.000 ha (comme un petit département français). En fait, le nom "Torres del Paine" est celui d’une de ses structures géologiques ("formation rocheuse monolithique", on précise, c’est pour le mexicain géologue, il doit être fier qu’on ait retenu des mots comme ça), les "tours" de plus de 1.000 m de haut auxquelles nous ne nous attaquerons pas à pied (au grand dam de Babeth) !
La proximité du "campo de hielo" (champ de glace) et du Pacifique font qu’en quelques heures les 4 saisons peuvent se succéder. Les vents prédominent au printemps et en été, dépassant régulièrement les 100 km/h. Pour notre bonheur, en cette journée de découverte, nous ne connaîtrons que le plaisir des rayons du soleil. Ou presque : le vent, brusque et violent, ne se lèvera qu’une vingtaine de minutes, mais les images que nous avons tournées à ce moment-là ont gardé le souvenir des tremblements de la caméra…
Tout au long de la balade, nous croisons des guanacos (une espèce proche des lamas), des zorros (les renards, pas les vengeurs masqués ; d’ailleurs ceux-la sont cendrés) et des nandues (cousins de l’autruche, en plus petits). Il y aurait aussi des pumas, mais nous n’en rencontrons aucun (konestcontan !).
Et puis on ne vous parle pas de la lumière et des couleurs des lacs (aigue-marine, émeraude, saphir, on ne vous en parle pas, donc), puisque ça doit se voir sur les photos ci-dessous. Vous êtes gâtés, on vous en met quatre… Avec un petit bonjour. On y était donc ! ça n’est pas une photo montage.


Une des perles du parc, c’est le "Lago Grey" (le "lac gris"). Après un pique-nique dans les futaies, nous flânons sur ses berges où les petits icebergs, tombés du glacier au fond, dérivent comme des voiliers sur les eaux. Ils épousent des formes capricieuses et des tonalités chantantes. Les plages de galets et le vert des bosquets vierges qui s’accrochent aux ravins jusqu’à toucher les vagues contrastent avec le turquoise du glacier qui se répand dans le lac. On resterait des heures à regarder ce spectacle. D’ailleurs, on reste plus de deux heures à regarder ce spectacle…
Et sans pouvoir célébrer le rituel local : il y a les glaçons, mais on a oublié le pisco sour.


mardi 15 février 2005

La cordillère meurt ici. Et quelle belle mort !

Après un salut amical (et un café) au passage chez Ricardo et Gabriela (takalireau8février), nous sommes arrivés tout à l’heure à Puerto Natales. Avec ses 15.000 habitants, cette petite ville du bout du monde est le terminal des ferries qui font l’aller-retour depuis Puerto Montt. Elle nous avait séduite au cours du festival, avec ses multiples maisons en bois et surtout le paysage qui l’entoure… La ville est aussi le point de départ de randonnées, de promenades à cheval, de virées en kayac ou en rafting et de croisières autour des glaciers.


Cette région chilienne de Patagonie s’appelle "Magallanes" ("Magellan" en espagnol) en hommage au navigateur. On y voit les vastes étendues de pampa se mêler aux cimes enneigés des Andes. La cordillère disparaît ici dans la mer. La plupart des anciens glaciers sont devenus des fjords, et d’anciens sommets de montagnes sont aujourd’hui des îles.

dimanche 13 février 2005

Terre de migrants

Quand nous nous réveillons de bon matin, il fait 8° (à l’extérieur !). Par la fenêtre de notre chambre, nous admirons le spectacle du lac, bouillonnant sous l’effet du vent qui souffle à 90-100 km/h. De nombreux "moutons" se forment à la surface de l’eau. Elizabeth (avec un z) nous apprend que de là vient son nom : "Lago Blanco", le lac blanc.

Nous quittons l’hosteria, mais restons encore un moment à flâner dans les environs pour goûter tout notre soûl ce décor majestueux. Nous nous sentons “loin de tout”.
(L’occasion de placer cette belle réponse de Jean d’Ormesson : «C’est quoi “tout” ?». Tiens, l’instant pousse à la philosophie : qui a dit «Plus on est loin de tout, plus on est près de la vie…» ?).


Nous reprenons la direction du nord, vers Cerro Sombrero où une projection nous attend ce soir. L’heure du déjeuner approche et nous nous mettons en quête de pain pour notre pique-nique. À l’invitation d’un panneau annonçant un magasin, nous pénétrons dans l’Estancia "Stuttgart".
Nous nous présentons à une première maison, somme toute sommaire, au centre de laquelle trône un poêle. Un homme, qui selon toute apparence doit être un des bouviers de l’exploitation, nous oriente vers la belle maison en bois voisine, la plus grande du hameau. La porte nous est ouverte par la "nana" des lieux (c’est ainsi que l’on nomme les employées de maison) et nous lui demandons s’ils ont du pain. Assis à la table du séjour, le patron interrompt son déjeuner, en invitant Olinda à nous faire entrer… Et il nous convie tout de go à sa table ! «Il faut que vous goûtiez nos empanadas». On en mange dans toute l’Amérique du Sud ; ce sont des chaussons farcis de toutes sortes d’ingrédients ; celles-là sont typiquement chiliennes, mélange de viandes, d’oeufs durs, d’oignons et d’olives. «Elles sont faites par Olinda et sont les meilleurs du pays !!!». C’est vrai qu’elles sont succulentes ! «Et pas d’empanadas sans vin rouge», annonce-t-il en nous servant un verre de sa réserve. Nous passons un moment avec Estero, ce descendant de pionniers croates du côté de sa mère et allemands du côté de son père, installés ici voilà 70 ans. Puis nous repartons avec quatre gros pains ronds (!) pour nos sandwiches, sans pouvoir payer quoi que ce soit : «Cela m’a fait plaisir de recevoir de grands voyageurs…! ». Mais où était donc le magasin annoncé ?

Plus tard, nous nous arrêtons en croisant Oscar, un jeune colombien sur son vélo. Il est parti de son pays depuis plus de 9 mois et voyage en solitaire. Nous échangeons nos adresses email en espérant nous retrouver au Brésil où nous serons peut-être à la même époque…

Et nous arrivons en milieu d’après-midi à Cerro Sombrero, un autre centre de l’Enap : cette fois, il s’agit d’un village d’un millier d’âmes, où nous projetons ce soir. Nous retrouvons Santiago, du service des ressources humaines, à qui nous avions déposé quelques affiches du film, avant-hier en passant.
Il nous conduit à notre appartement (un peu plus petit que la villa de Posesión, mais bon, pas vraiment de quoi se plaindre !). Un tour à la grande salle de cinéma pour tester le matériel, puis Santiago nous guide à travers le village pour nous montrer les infrastructures mises à disposition des habitants : en plus du cinéma, une piscine, un solarium, une salle de sport, etc., équipements que peuvent également utiliser tous les villageois qui ne représentent que 40% de la population d’ici ; les autres sont tous salariés de l’Enap et vivent pour la plupart à Punta Arenas. À 21h : projection dans la grande salle !


Demain, nous ferons réparer notre roue de secours, consacrerons une bonne partie de la journée à sous-titrer la version anglaise du film, et nous offrirons surtout une balade dans les environs pour savourer nos dernières heures en Terre de Feu…

samedi 12 février 2005

Enfin on a crevé

En rejoignant le Patrol, nous découvrons qu’une des roues est à plat.
(Enfin ! Voilà qui doit ravir notre lecteur mexicain qui faisait remarquer, voici quelque temps, que ce genre d’événement manquait. C’est en effet notre première crevaison depuis près de 25.000 km que nous roulons sur les routes et pistes sud-américaines… On vous ne dit pas la marque de nos pneus, le fabricant n’a pas voulu être sponsor).
Et là, nous attend une surprise : avant notre départ de France (en ayant demandé conseil à quelques professionnels et amateurs avertis, spécialistes des rallyes), vous pouvez imaginer combien de temps nous avons consacré à constituer la liste idéale (pointée et repointée) des pièces détachées et outils indispensables à notre expédition ! Pour découvrir aujourd’hui, après examen du manuel technique du Patrol, qu’une clef spéciale est nécessaire pour tourner la longue manivelle du cric ! Et qu’elle ne se trouve nulle part dans le véhicule, ni même dans notre malle pièces détachées… Nous devons donc lever la voiture à la force du poignet, armés d’une malheureuse clef de 8…
Apparaît la propriétaire des lieux. Présentations, puis «Désolés, nous ne faisions que passer…!», «Mais soyez les bienvenus», «Quel endroit merveilleux !», «Bravo pour ce tour du monde», «Et juste par curiosité, quel est le prix de vos chambres», «60.000 pesos par personne (environ 100 €)», «Nous finissons de réparer la roue et ne vous dérangeons pas davantage !»…
«Ah, c’est l’anniversaire de Madame ?». Bref, nous ne vous dirons pas le pourcentage de remise indécent que nous a offert Elizabeth (y’a un z dans le prénom, ça c’est la propriétaire) pour l’anniversaire de Babeth… Nous avons craqué !
Adieu Lago Fagnano, Pico Francés et canal de Beagle, adieu nuit à la belle étoile sur un matelas gonflable ou dans une tente de l’armée sous bonne garde pour franchissement illégal d’une barrière militaire, nous nous offrons une nuit à la Hosteria Las Lengas face au lago Blanco ! Vous n’êtes pas trop déçus ? Parce que nous pas du tout ! La vie d’aventurier reprendra demain…
Nous commençons donc par changer la roue, dans de jolis tourbillons de poussière soulevée par les rafales de vent. (Oui, c’est Babeth qui répare, mais comment lui refuser un tel cadeau d’anniversaire…?)


Après une bonne douche et un moment de détente, c’est au bord du lac et bien sûr avec un Pisco Sour, que nous célébrons l’événement. Tiens, nous vous offrons une photo pour immortaliser ces instants d’un romantisme échevelé (forcément), que rien ni personne n’est venu troubler…


Qu’on vous cite le nom du vin chilien qui a accompagné notre repas : "Herencia", qui signifie "héritage !" Ça ne s’invente pas…
Nous resterons les seuls clients de la soirée. Et Elizabeth passera un moment en notre compagnie, nous racontant sa vie et celle de son mari Alfonso, descendant d’un "pionnier" croate. Son grand père était venu monter un commerce à Punta Arenas au moment de la guerre de 14. Puis son père, qui avait acheté des terres à bas prix, s’est retrouvé paralysé à la suite d’un accident de voiture. Alfonso, alors âgé de 13 ans, a tout appris en l’accompagnant : de l’exploitation du bois à l’élevage de guanacos. Aujourd’hui maire de Camerón, il vient donc de bâtir l’hosteria à cet emplacement magique, au bord du lac, un «investissement pour l’avenir». Il croit au développement touristique de la Terre de Feu chilienne. Il vient d’ailleurs de négocier l’utilisation de la piste d’atterrissage militaire toute proche pour acheminer les clients…

Anniversaire en Terre de feu

Nous visions depuis quelques jours d’être en Terre de feu pour l’anniversaire de Babeth.
Et l'on y est ! Cette île mythique, une des destinations-phares de notre périple, est là sous nos yeux.
Pour y accéder, il nous faut d’abord traverser le Détroit de Magellan… du nom de ce navigateur portugais qui l’a "découvert", en 1520, pour le compte de la couronne d’Espagne. Nous empruntons le bac aménagé au passage le plus étroit, la Punta Delgada, et après vingt minutes, nous foulons donc la "Terre de Feu", ainsi baptisée par Magellan parce que, dit-on, il distinguait sur les rives des foyers allumés par les autochtones.


Et bien figurez-vous que d’arriver là nous émeut !!!
Pourtant, nous avons regardé sur un planisphère : nous sommes autour du 55ème parallèle, ce qui, symétriquement au nord, correspond seulement au Danemark ! Mais, bon, un mythe est un mythe, et il n’en demeure pas moins que nous venons de poser le pied sur la terre habitée la plus australe du globe, à deux pas (et demi) du cap Horn…
L’île est coupée en deux, partagée entre Chili et Argentine. Côté argentin, notre carte annonce une route franche qui mène à Ushuaia. Mais le parfum marketing de la ville est un peu trop fort à notre goût, pour cette première découverte de la Terre de Feu. D’ailleurs, toutes les voitures qui quittent le bac partent dans cette direction. (Oui, enfin, ça n’est tout de même pas l’autoroute du sud un 31 juillet !). Et puis notre tournée argentine nous y mènera sans doute…

Nous décidons donc de jouer davantage les pionniers (!) en restant côté chilien, avec un souhait : nous rendre au Pico Francés ("le pic français" !) à l’extrême bout de l’île. De ce dernier petit monticule, nous aurons une vue imprenable sur le canal de Beagle et ses dernières îles et îlots qui parachèvent le continent. Nous n’aurons plus qu’à rouler une poignée de kilomètres pour toucher le bout. Cela dit, les pistes sont incertaines sur notre carte et les avis partagés sur l’accessibilité. Nous verrons bien : en route pour l’aventure.

Le premier décor que nous découvrons ici nous est déjà connu : la même steppe qu’en Patagonie, sur plus de 100 km. Il semble que nous ayons de la chance, compte tenu de la réputation climatique de la région, même en plein été austral : le temps est magnifique, le ciel complètement dégagé et la température à 21°.


Nous roulons vers le sud, sur une piste confortable, bien tassée. Nous sommes maintenant sur un plateau d’une centaine de mètres d’altitude. La balade est belle, le décor est devenu plus vert que la steppe. Le relief ondule, des animaux sont au pâturage et des bosquets apparaissent. Tout ici, malgré la (très rare !) présence humaine, est à l’état sauvage. De ce spectacle se dégage une force indicible. Un sentiment d’immensité et de plénitude, troublé par le vent puissant qui s’est levé, s’empare de nous. Le souffle de Zéphyr fouette les feuillus (Babeth adore cette expression) et les plus anciens se courbent et se couchent. De plus, les castors sont nombreux par ici (même si nous ne parviendrons pas à en voir) et sont aussi acteurs de ce spectacle : inlassables constructeurs, ils sont grands consommateurs de bois et… donc inlassables destructeurs ! Certains tertres sont désolés, cimetières d’arbres ancestraux et défeuillés.

La carte routière n’indique que deux bourgades côté chilien. Les autres noms sont des hameaux, en fait les grandes propriétés agricoles. Nous sommes ici sur le territoire des éleveurs. Les terres ont été attribuées par parcelles de 5.000 ha environ et les têtes de bétails se comptent à chaque fois par milliers…


Nous nous arrêtons quelques instants à Camerón, au "café du coin", une humble demeure privée en bois, au décor désuet, qui ouvre sa porte aux passants ! La femme qui nous sert deux mokas dans son séjour est riante et généreuse de ses formes. Originaire de Chiloé, elle vit ici depuis 40 ans. Elle tient également l’unique supermarché qui jouxte l’endroit, un local qui doit bien faire ses 8 m2…

Il est 13h quand nous arrivons au km 210, point de contrôle des "carabineros". Nous espérons pouvoir y examiner une carte plus détaillée «Oui, nous en avons une au mur» et des informations plus sûres : «Vous ne pourrez pas aller au-delà du Lago Fagnano à 40 km d’ici. La piste est coupée par les militaires qui la refont» et «Vous devrez rebrousser chemin avant la nuit car la seule auberge existante par là-bas est actuellement fermée» «Il y en a juste une (chère !) près d’ici». Nous : «Grand merci, Messieurs !». Bref, circonstancié et précis…

Conciliabule dans le Chano (après une question restée sans réponse : Mais pourquoi le Chili délaisse-t-il à ce point son tourisme en Terre de Feu ?). Nous décidons tout de même de tenter le coup. Après tout, nous sommes samedi et avec un peu de chance, il n’y a pas de travaux (et pas de sentinelles armées !). Nous avancerons jusqu’au plus au sud du sud tant que c’est carrossable, et en mesurant le temps pour rebrousser chemin avant la nuit. On n’est pas tous les jours en Terre de Feu et notre bonne étoile fera le reste…

Mais dans un premier temps, nous allons assurer le toit pour ce soir. Nos amis de l’Enap nous ont dit posséder un refuge en bordure d’un lac, à une quinzaine de kilomètres d’ici, et qui devrait pouvoir nous héberger. Nous pénétrons donc dans la Pampa Guanaco et suivons la piste à travers la forêt de lengas (arbres natifs au nom intraduisible - takavenirvoir) et tombons sur un décor à couper le souffle : le lac, d’un pur bleu marine, est entouré de massifs boisés avec, pour fond de décor, la cordillère Darwin et ses sommets enneigés…


Nous trouvons le refuge de l’Enap, ensemble de baraques en dur, mais patatras ! un groupe de retraités de l’entreprise est là pour le week-end et c’est complet. Notre bonne étoile nous aurait-elle lâchés ?
Allez, filons à 20 km d’ici où se trouve la “Hosteria Las Lengas” dont nous ont parlé les carabineros. Et nous tombons sous le charme : une construction en bois surplombant le lac, et face à tous les vents. L’endroit est désert. Sur le perron, seul un veau et un jeune guanaco nous accueillent. Nous poussons une porte vitrée et découvrons les lieux : une vaste salle à manger, d’une dizaine de tables, et six grandes chambres, le tout élégamment meublé de bois, et semble-t-il tout neuf.


Moment de rêve délicieux, mais hélas inaccessible (!), nous décidons de reprendre la route pour le plan prédéfini. Pour la nuit, si nous ne trouvons rien d’autre, nous avons un matelas gonflable à l’arrière… Nous l’étrennerons donc peut-être en Terre de Feu !

vendredi 11 février 2005

English subtitles

Tiens, l’occasion de vous causer d’une de nos bidouilles informatico - cinématographiques. Prochainement, nous devons projeter notre film en anglais pour la première fois. C’est l’ultime version que nous avons réalisée, juste avant notre départ de France.
Nous voulons profiter de ces moments de grand confort pour en faire une copie sur cassette, à partir de notre ordinateur et du disque dur externe sur lequel elle est chargée. Tiens, les voix sont absentes !? Qu’à cela ne tienne, nous sortons du coffre le disque dur externe de sauvegarde. Organisés, hein ? Oui, mais pas tant que ça… car les fichiers audio de la version anglaise sont vides !!
Pas vraiment d’explication sur cette étrange disparition… et surtout pas le temps de demander à Thierry Masdéu, notre co-réalisateur, de nous les faire parvenir ! Par contre, nous retrouvons bien le texte intégral, traduit en anglais : il nous reste donc une semaine pour réaliser une version sous-titrée !!!
Voilà qui va occuper nos longues soirées (d’été !) à venir dans la mythique Terre de Feu, vers laquelle nous partons demain matin…

jeudi 10 février 2005

Projection à Posesión

Instant d’émotion en arrivant à Punta Arenas avant hier : sous notre regard, le détroit de Magellan !
Avec un peu plus de 100.000 habitants, et son redoutable climat en hiver, Punta Arenas est la dernière grande ville chilienne au sud. Il lui reste de son passé de beaux bâtiments coloniaux et la ville est aujourd’hui tranquille. Elle reste le principal point de départ des croisières et vols vers la Terre de Feu, le canal de Beagle, le Cap Horn et l'Antarctique.
Nous avons trouvé une chambre d’hôtes dans une petite maison de bois, accueillis par une charmante dame, et venons de passer deux jours à découvrir la ville. Oscar, le patron du "Puerto café”, nous a raconté quelques pages de l’histoire et des légendes du lieu. Il paraît que la région aurait pu appartenir à la France, à 24 heures près ! Ce sont des chilotes (habitants de l’île de Chiloe) qui sont arrivés ici les premiers (on vous raconte ça, c’était il y a bien longtemps). Un bateau de colons français est passé le lendemain et, voyant qu’un drapeau y flottait déjà, a poursuivi son chemin… Franchement moins souriant l’épisode de ces indigènes qui refusaient de se défaire de leur arc, signe de leur vaillance et de leur virilité. Alors on leur coupait la main pour le leur subtiliser… Les "touristes" de l’époque repartaient fièrement vers l’Europe avec ces trophées aux mains figées !

Et ce matin, nous avons continué notre route le long du détroit de Magellan, pendant 250 km vers l’est, en direction de Posesión. C’est même indiqué sur la carte : dans l’angle formé par le détroit de Magellan et l’Atlantique. Le décor, c’est la steppe patagonienne.
Nous sommes attendus dans un "campement" de l’Enap, la compagnie nationale qui raffine ici le pétrole extrait par eux-mêmes ou par les argentins dans les eaux avoisinantes. Le directeur d’exploitation nous héberge deux nuits en échange d’une projection de notre film…! (Mais jusqu’où irons-nous ?!!)
Nous arrivons à 15 h et le lieu est désert. Quelques dizaines de baraquements plutôt soignés constituent le village. Plus de 300 bonhommes vivent dans le campement, 7 jours ici pour 4 jours chez eux (en général à Punta Arenas). Mais à cette heure, ils vaquent à leurs occupations sur les plateformes de forage ou dans la raffinerie.


Nous rencontrons l’intendant Moisés. Il est en nage : le thermomètre indique 20° et il soupire «Quelle chaleur !». Il nous présente les lieux et le projectionniste, Juan, qui officie dans une salle de cinéma de 250 places (!), style années 50. Il nous prévient qu’en dehors des diffusions des matchs de foot, le lieu est peu fréquenté, car les hommes ont derrière eux, le soir, une journée de 10 heures de travail.
Le temps de faire les essais et il est 17 heures. Accompagnés des deux hommes, nous gagnons le réfectoire. «C’est le "Once" !» (onze, en espagnol). Ce terme, nous expliquent-ils, trouve son origine dans les campagnes. C’était la pause de l’après-midi, les journaliers mangeaient un morceau traditionnellement accompagné d’arguadiente (eau de vie !) et pour ne pas avoir à prononcer ce mot devant leurs femmes, ils l’annonçaient avec son nombre de lettres…
Puis nous découvrons notre gîte, une villa (!) de celles mises à la disposition des dirigeants de l’entreprise en visite sur le site. Nous n’avons, depuis le début du voyage, jamais eu autant d’espace pour nous loger : un immense salon, 4 chambres, deux salles de bain et une cuisine… C’est bon, la vie d’aventuriers !
Le soir, les décors "exotiques" des "Héritiers de l’Amazonie" n’attirent qu’une douzaine de spectateurs, mais évidemment, à en juger par la discussion qui s’ensuit, les aventures du "pionnier" Julien Fabre séduisent…

mardi 8 février 2005

Les amoureux du bout du monde

Nous roulons ce matin en direction de Punta Arenas, 240 km toujours vers le sud. Le décor est toujours celui de la steppe patagonienne ; sinon qu’est apparue, depuis quelques kilomètres, une étrange colline, le "Morro Chico" (le petit mont), posée là par une bizarrerie de la nature : “Monument historique naturel, peintures rupestres sur ses versants, vue panoramique”. A son pied, se blottit un hameau d’une dizaine de maisons. Nous nous arrêtons un peu avant pour une pause café, dans une petite auberge toute simple sur le bord de la route.
L’accueil est chaleureux. Puis, les propriétaires, âgés d’une cinquantaine d’années tous les deux, nous regardent étrangement en nous servant le café, jusqu’à ce qu’ils osent : «C’est bien vous qui êtes passés à la télé avant hier ?» (l’interview réalisée dans la grotte et dont nous ignorions ce qu’elle était devenue). Réponse affirmative et nous leur montrons l’article del Mercurio qui traînait sur la table et qu’ils n’avaient pas encore lu.
Le lieu est désert et nous restons un moment à bavarder avec eux. Ricardo, né ici, est le maire de la commune et Gabriela vient de Santiago. Il nous parle de sa région, des oiseaux et des renards, de l’élevage et en particulier des nandous (sortes de petites autruches) qui peuplent abondamment la pampa. Et des pumas qui les mangent ! Elle nous raconte leur amour de jeunesse qui n’avait pas résisté à la distance, leurs retrouvailles par hasard 30 ans après, et, dans un éclat de rire, comment elle a découvert ce "trou" depuis l’avion, la première fois qu’elle est venue. «Fallait que je l’aime !». Elle est restée ici avec lui.
Petits moments de bonheur comme nous les aimons…

lundi 7 février 2005

Après une caverne, une grotte

Depuis les hauteurs du relief, la petite ville de Puerto Natales nous est apparue sur les bords du golfe Almirante Montt, avec en toile de fond les cimes du parc "Torres del Paine". Après avoir déposé nos bagages au petit hôtel où nous sommes invités par les organisateurs, nous étions présents samedi soir à l’inauguration. Nous ne voulions pas manquer cela, car c’est le seul moment du festival qui se déroule dans… une grotte : la "Cueva del Milodón", du nom d’une belle bête de l’antiquité aujourd’hui disparue et dont une sculpture trône à l’entrée. Mais cette "cueva" a une autre dimension que celle de Lebu : de l’ordre de 200 m de profondeur sur 80 de large, et une cinquantaine de mètres de hauteur par endroit !
Comme à Ancud, le film d’inauguration est "Machuca" (visiblement le succès chilien du moment), mais ici, la soirée s’est déroulée en présence du ministre de la culture… et donc de tous les élus locaux. Cette visite politique nationale est une première pour eux, tout le monde est au petit soin. Quant à nous, nous décrochons une interview par l’antenne locale d’une télévision nationale.
Ce soir, le froid est supportable, alors nous restons voir le film… Nous tentons de l’apprécier, mais les idiotismes trop nombreux font que nous n’y comprenons pas grand chose !


Et hier dimanche, un joli coup pour nous en plein festival : la publication d’une interview réalisée voici un mois à Santiago. Le supplément week-end d’un des plus gros tirages chiliens ("El Mercurio - Domingo en viaje") raconte notre Itinérance sur quatre pages…
Alors, depuis ce matin, Julia, Carlos et toute l’équipe d’organisation du festival, après s’être excusés de ne pas avoir pu nous accueillir mieux, redoublent d’attention à notre égard !! D’autant que le ministre est déjà reparti, ils ont en plus récupéré du temps libre…
Ils nous organisent une interview sur la radio locale et pensent que ce serait une bonne idée d’imprimer quelques affiches. Notre chambre minuscule ne nous permet pas de sortir notre imprimante ; à peine y avons-nous la place de caser notre sac de voyage. Julia nous propose donc de nous rendre à la mairie où nous attend León, le responsable culturel. Un régal que ces moments passés avec lui ! Les planchers qui craquent, les bois qui transpirent une période révolue, les sourires des personnes qui croisent notre regard dans l’attente du résultat craché par la photocopieuse du lieu. León, au bout d’un quart d’heure nous présente 10 exemplaires, format A4 : sur les 5 premiers, d’un rose délavé, n’apparaît que la moitié du titre en haut. Et sur les suivants, le lieu de projection est illisible en bas. Nous suggérons donc de les tirer en noir et blanc. «Bonne idée, le photocopieur est meilleur». Une demi-heure plus tard, Babeth ne peut retenir un fou rire. Geo réussit à remercier León, sincèrement d’ailleurs, parce qu’il y mettait plein de bonne volonté, aussi désespéré que nous du résultat. Nous en gardons quelques unes pour notre album souvenir…
Notre projection de ce soir n’est donc annoncée que par deux affiches, complétées à la main (celles que nous avons toujours avec nous au cas où !).
Tout cela fait rentrer, dans la salle du Lion’s club local, une soixantaine de personnes dont le critique de cinéma du Mercurio et un professeur d’université ayant vécu 30 ans à Paris. Eux, comme tout le public, nous bombardent de questions. Et les organisateurs du festival nous invitent à dîner dans le restaurant le plus chic de la ville !
La soirée est très cordiale… Julia qui était assez distante depuis le début se fait maintenant accorte et nous avoue même, avec une pointe d’étonnement, «Mais vous êtes sympas !». Nous apprenons ainsi qu’au Chili, les français ont la réputation d’être plutôt arrogants !!!
«Vous revenez ici dans une semaine ?». Ils promettent de tout faire pour nous faciliter le séjour. En commençant par nous obtenir des conditions particulières dans un hôtel meilleur que celui où nous sommes installés depuis samedi…

samedi 5 février 2005

Incursion argentine

Nous voici au pied de la cordillère et venons de terminer trois jours très fous, comme cette Itinérance nous en offre de temps en temps : nous sommes attendus ce samedi, au fin fond de la Patagonie, pour l’inauguration du festival de Puerto Natales (notre film doit y être projeté après-demain). Mais le Chili ne peut pas accéder jusqu’à son sud par la route, nous venons donc de nous offrir 2.400 km en trois jours, dont plus de 2.000 en Argentine. Et avec quel bonheur !
Pour passer d’un pays à l’autre, nous avons dû traverser la cordillère que nous avions délaissée depuis la Bolivie. Etroite, bien moins élevée ici (nous franchissons la frontière à 1.080 m d’altitude), elle garde tout de même une grande beauté avec ses forêts et ses lacs, au milieu des sommets enneigés.


Soudain, en roulant sud-ouest, après Bariloche aux allures de station alpine, le décor a changé du tout au tout. Plus d’arbre, plus de forêt : depuis avant-hier, nous avons roulé à travers la pampa de la Patagonie argentine. Ici, on peut parler d’immensité et de solitude : pendant des centaines et des centaines de kilomètres, la route, rectiligne, avance dans un décor de steppe, sec et planté d’arbustes épineux ou de "coíron", le pâturage d’ici. Car bien sûr, nous avons traversé d’immenses, d’infinies terres d’élevage. Seul le vent rompt le silence.

Une halte à Esquel, petite ville sympa et accueillante, les kilomètres continuent de défiler. A l'ouest, la cordillère est envahie des nuages qu’elle retient, protégeant la pampa de la pluie. Quelques rivières ont installé leur lit ici ou là. Un village est annoncé à quelques km, "paradis des pêcheurs".

Les éleveurs ont commencé à arriver d’Europe vers 1880-1890 et y ont construit quelques villes comme Sarmiento, dessinées avec deux grandes avenues en croix, de larges rues s’entrecoupant toutes en angles droits et des maisons en bois.
Une maison de maître, petit château colonial isolé au milieu d’une poignée d’arbres, nous a rappelé les belles fortunes qui se sont construites grâce à l’élevage.

Et des haciendas, des haciendas, des haciendas… Ou du moins leurs panneaux indicateurs, car elles sont aussi absentes au regard que leurs cheptels. A notre grand étonnement, nous aurons vu peu d’animaux, sinon un troupeau de moutons au nombre de têtes impressionnant ; avant de comprendre qu’une même barrière, qui se prolonge pendant des dizaines et des dizaines de kilomètres et délimite une seule "parcelle" (!), annonçait un pâturage de plusieurs milliers d’hectares ! Le troupeau devait être disséminé et les habitations en retrait de la route !!
Là, deux cavaliers isolés avançaient au pas, en levant la poussière. Et ici, un lac surgit de derrière une colline.


Au km 1.320, nous touchions l’Atlantique. Auparavant, le décor était redevenu désertique comme dans le nord du Pérou, écrasé sous le soleil par 30°, avec ses puits de pétrole à bascule et ses énormes cuves de stockage.
Puis nous avons roulé plein sud, jusqu’à San Julian, qui s‘annonçait avec "Ses pingouins, ses dauphins, son art rupestre et sa réserve naturelle, à l’origine du mythe patagonien, là où fut dite la première messe sur le territoire argentin" ! Tiens, du coup, nous y avons passé la nuit, après avoir battu deux records en une seule journée : 1.018 km parcourus… et une bonne vingtaine de camping-cars, side-cars ou vélos croisés ou doublés : c’est la belle saison pour se rendre en Terre de Feu ! (D’ailleurs, ça n’est pas un hasard si nous nous y rendons en ce moment…)

Et depuis ce matin, nous avons repris la route plein ouest, droit sur la cordillère, à travers la même immensité, les mêmes barrières, les mêmes rares moutons, quelques vigognes et un vent à décorner les bœufs !
Nous avons franchi la frontière chilienne à 30 km d’ici, à Rio Turbio, une ville minière vouée au charbon (et son décor de terrils bien surprenant en ces lieux !), pour enfin arriver à Puerto Natales.
Nous sommes fatigués, mais tellement heureux d’avoir découvert cette Patagonie dont Geo rêvait tant, celle de ces étendues gigantesques. Nous attendons impatiemment d’y revenir durant notre tournée argentine…

jeudi 3 février 2005

La Patagonie

D’abord un peu d’histoire.
C’est Magellan qui a donné son nom à cette région, sur laquelle il découvrit de grandes empreintes laissées par ses habitants, les indiens Tehuelches. Il appela donc ce territoire du bout du monde Patagonia, littéralement la "Terre des grands pieds" (on en apprend des choses, sur notre blog, hein ?). De ses premiers occupants considérés comme des géants, migrants d’un autre bout du monde et aujourd’hui disparus, de ses premiers européens arrivés au 16ème siècle et de leurs querelles meurtrières, est né le mythe de cette terre de légendes. Entretenu par les écrivains voyageurs…
Et sa géographie fera le reste. La Patagonie couvre tout ce sud du continent, “porte d’accès” à l’Antartique, et s’étend donc de l’océan Pacifique à l’océan Atlantique. A l’est, la cordillère des Andes se dresse en frontière naturelle qui sépare le Chili et l’Argentine.

mercredi 2 février 2005

Rencontre de deux arrière-petits-fils !

Trois affiches des "Héritiers de l’Amazonie" apposées sur les panneaux du festival et deux interviews radios attirent 70 personnes à 18h dans le théâtre municipal. Et une nouvelle fois, le public réagit chaudement (décidemment, depuis le début de notre Itinérance, c’est au Chili que notre film reçoit le meilleur accueil). Les organisateurs doivent interrompre les échanges, nous débordons sur l’horaire et un autre film doit être projeté après nous.
En sortant de la salle, une jeune femme vient nous offrir un livre sur l’histoire d’Ancud ! Puis un homme et son épouse nous abordent en français : «Je suis moi aussi un descendant de votre histoire… Votre arrière-grand-père surveillait de près la construction du canal de Panama. Le mien était Ferdinand de Lesseps !». L’émotion est évidente : en venant voir notre film, intrigué qu’un documentaire français soit présenté ici, il ne s’attendait pas à entendre parler de son ancêtre. Nous partageons avec Françoise et Marc quelques instants autour d’un verre : ils nous racontent comment ils ont tout lâché (ah, l‘hérédité !) pour venir s’installer il y a une quinzaine d’années à Santiago, puis leurs déboires avec leur bateau de pêche, mais aussi leur nouvelle aventure avec ce gîte, construit de leurs mains tout près d’ici, et qu’ils vont ouvrir dans quelques jours (l’hérédité encore !). L’échange sera trop court, mais les abrazos chaleureux, accompagnés de vœux réciproques de bonne chance…!
Nous sommes attendus pour le dîner d’adieux par Daniela et toute la bande du festival car nous partons demain tôt, C’est une dernière soirée de fête et d’amitié, qui parachève notre séjour à Chiloé. Un seul regret tout de même : nous n’avons pas vu de bateaux fantômes…

mardi 1 février 2005

Cinéma sur la place

L’écran a été dressé ce matin sur un côté de la place principale d’Ancud. Il est 22 heures. Une formidable ovation accueille deux animateurs. Ce sont deux acteurs de séries télés manifestement très connus. Ils annoncent le programme du festival qui va durer trois jours : des fictions projetées ici même, en plein air, et des documentaires projetés dans le théâtre municipal (dommage !). Geo est invité sur scène pour improviser quelques mots et présenter notre film. Les deux animateurs en font des tonnes, mais bien inutilement, car l’ambiance est déjà bien chaude.
Le film de ce soir est "Machuca", une fiction chilienne racontant l’amitié de deux enfants, un pauvre et un riche, pendant le coup d’état de Pinochet. L’annonce du film déclenche une acclamation… Puis le silence se fait et le film débute. Animateurs, organisateurs et invités nous retirons pour aller dîner tous ensemble. Nous félicitons Daniela pour ce démarrage. «C’est ça ma récompense !», répond-elle, émue en regardant le public. Il doit y avoir plus de 1.500 personnes face à l’écran, dans une commune de 20.000 habitants…