Comment ne pas évoquer ce sujet : on n’entend parler que de ça depuis deux semaines que nous sommes en Belgique.
Juste quelque réflexions sur cette étrange situation identitaire, à laquelle nous sommes particulièrement sensibles, nous bretonne et catalan français (!), et qui venons de passer plus de deux ans en Amérique du Sud, territoire encore régulièrement déchiré par des querelles et conflits de frontières et d’identités culturelles.
Le conflit ici est d’autant plus déroutant que la Belgique accueille sur son territoire parmi les plus importantes instances de l’Europe en construction. On aimerait qu’elle soit un vrai patchwork symbole de co-existence pacifique entre diverses cultures, elle qui compte trois langues officielles (le français, le hollandais et l’allemand).
Seulement voilà, un individu se définit en (grande) partie au travers des groupes auxquels il appartient : nation, continent, famille, entreprise, catégorie socioprofessionnelle, etc. (Tiens, le consultant Geo se lâche - note de Babeth). Et tout groupe se construit avec une histoire, des traditions, des signes et/ou des objectifs communs. Les identités nationales n’échappent pas à ces règles. Cette crise, ici et maintenant, semble montrer que les objectifs européens sont moins rassembleurs que les histoires des nations peuvent être diviseuses. Cela dit, ne vous attendez évidemment pas à ce que nous tranchions sur le sujet, ni même que nous évaluions les conséquences politiques ou économiques d’une éventuelle scission, encore moins que nous prenions le moindre parti. D’autant que nous n’avons évoqué le sujet qu’avec des Wallons et que les arguments sur un tel thème sont parfois irrationnels. Nous avons compris que la scission est voulue par les (des) Flamands et n’avons d’ailleurs pas encore rencontré un seul Wallon qui y soit favorable. Ce que nous entendons le plus est que la Belgique, indépendante depuis 1830, s’est construite avec le français dominant, langue parlée par l’aristocratie et la bourgeoisie. La Flandre, qui était plus pauvre (et plus peuplée), a subi cette domination culturelle et économique pendant des décennies. Or, aujourd’hui, elle est plus riche et cette volonté de scission relèverait donc de la revanche. Certains corrigent en disant qu’il y avait aussi une bourgeoisie flamande et des pauvres wallons exploités. Mais ceci ne change guère la dimension irrationnelle de vengeance que semble porter cette volonté de scission.

En Belgique, actuellement, la vengeance est un plat pays qui se mange froid…